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ONU : que d’argent gaspillé
par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international
Article mis en ligne le 26 octobre 2007

La presse française a fait état, ces derniers jours, des inquiétudes, nées àl’ONU, face àla situation militaire au Liban. De façon curieuse, bien que puisant aux mêmes sources, Le Figaro et Le Monde n’ont pas une vision identique des choses.
Le quotidien du matin titre, le jeudi 25 octobre 2007 : « La Finul lève le pied face àla menace au Liban  », tandis que pour le quotidien du même jour, « Le réarmement des milices libanaises alarme l’ONU  ».

De fait, Le Figaro met nettement en lumière la confirmation, prévisible, de l’échec de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), qui, sur place, depuis 1978, avait, pourtant vu, sa mission « renforcée  » en 2006.

Si l’on se reporte aux textes, d’après les résolutions 425 (1978) et 426 (1978) du Conseil de sécurité en date du 19 mars 1978, la FINUL avait été établie pour : confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban ; rétablir la paix et la sécurité internationales et pour aider le Gouvernement libanais àassurer le rétablissement de son autorité effective dans la région.

En réalité, la FINUL, dont les effectifs initiaux dépassaient 6 000 hommes n’a jamais été en mesure de remplir sa mission, ce qui amena Israë l a intervenir, une nouvelle fois, en 1982, en territoire libanais et às’y maintenir, plus ou moins directement, jusqu’àson retrait total àl’été 2 000.

Malheureusement, la situation ne s’améliora pas, bien au contraire - les effectifs étant d’ailleurs ramenés à3 600 hommes - et ce fut la « guerre du Liban-sud  », àl’été 2006, àla suite de l’intensification des tirs de roquettes sur la Galilée et surtout de l’attaque meurtrière d’une patrouille, àl’intérieur d’Israë l, et l’enlèvement de deux soldats « au nez et àla barbe  » des casques bleus onusiens.

C’est alors que l’Organisation mondiale, consciente des faiblesses (pour ne pas parler de la lâcheté) de la FINUL qui avait, manifestement, voulu ignorer les bases militaires du Hezbollah, construites sous ses yeux, décida, par sa résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité en date du 11 aoà»t 2006, de renforcer la mission de cette force.

En plus de l’exécution de son mandat au titre des résolutions 425 et 426 (1978), la Force était censée « contrôler la cessation des hostilités ; accompagner et appuyer les forces armées libanaises àmesure de leur déploiement dans tout le Sud, y compris le long de la Ligne bleue, pendant qu’Israë l retire ses forces armées du Liban ; coordonner ses activités relatives àl’exécution du paragraphe ci-dessus avec les gouvernements libanais et israélien ; fournir son assistance pour aider àassurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité ; aider les forces armées libanaises àprendre des mesures en vue de l’établissement de la zone mentionnée d’un dispositif de sécurité qui empêche la reprise des hostilités, notamment établissement, entre la Ligne bleue et le Litani, d’une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux du Gouvernement libanais et des forces de la FINUL, déployés dans la zone, aider, sur sa demande, le Gouvernement libanais àsécuriser ses frontières et les autres points d’entrée de manière àempêcher l’entrée au Liban sans son consentement d’armes ou de matériel connexe  ».

Par cette résolution, le Conseil « autorisait la FINUL àprendre toutes les mesures nécessaires dans les secteurs où ses forces sont déployées et, quand elle le juge possible dans les limites de ses capacités, de veiller àce que son théâtre d’opération ne soit pas utilisé pour des activités hostiles de quelque nature que ce soit, de résister aux tentatives visant àl’empêcher par la force de s’acquitter de ses obligations dans le cadre du mandat que lui a confié le Conseil de sécurité, et de protéger le personnel, les locaux, les installations et le matériel des Nations Unies, d’assurer la sécurité et la liberté de mouvement du personnel des Nations Unies et des travailleurs humanitaires et, sans préjudice de la responsabilité du Gouvernement libanais, de protéger les civils exposés àune menace imminente de violences physiques  ».

Nous avons, déjà, souligné ici même, l’ambiguïté de la résolution 1701 qui n’a pas fondé la mission de la FINUL sur le Chapitre VII de la Charte, qui l’eut autorisé àutiliser la force, de sa propre initiative, pour faire face àune situation menaçant, pourtant, manifestement la paix et la sécurité internationales.

Aussi, au vu des « résultats  » après un an d’exercice de ces missions, on serait tenté de résumer la portée de la résolution 1701, par cette formule, politiquement peu correcte, mais correspondant bien àla réalité : bla-bla, bla-bla....

Le Hezbollah est revenu, se réarme et continue àrecevoir, par ailleurs, des rames depuis la Syrie.

Le gouvernement libanais n’a pratiquement rien fait (autant parce qu’il ne le voulait pas que parce qu’il ne le pouvait pas) et n’a surtout pas fait appel àla FINUL pour l’assister.

Et pourtant celle-ci est « forte  » (sic) de près de 14 000 soldats, personnel civil international et local, qui, pour la période du 1er juillet 2007 au 30 juin 2008, émargent pour près de 750 millions de dollars au budget des Nations Unies (qui consacrent, pour l’instant, un peu plus de 5 milliards de dollars aux 14 opérations de maintien de la paix, effectivement engagées sur le terrain).

Que d’argent gaspillé....

Les 27 pays, dont la France, qui contribuent àla mise sur pied de la FINUL pourraient d’ailleurs, également, faire l’économie des sommes que leur coà»tent leurs contingents, car il faut savoir que les Etats contributeurs ne sont, en principe, remboursés par l’ONU que du surcoà»t provoqué par la mise de leurs forces àla disposition de l’ONU.

Périodiquement le Secrétaire général des Nations Unies s’inquiète de la situation, qui devient de plus en plus explosive, surtout du fait de la paralysie du gouvernement libanais en butte àune opposition, principalement animée par le Hezbollah, soutenu par la Syrie.

Mais, pour faire bonne mesure, tout aussi périodiquement, les instances de l’ONU condamnent le survol du territoire libanais, par l’aviation israélienne, sans vouloir admettre, du moins officiellement, que cette « surveillance  » est de nature àempêcher que la remilitarisation de ce que Le Monde appelle pudiquement les « milices libanaises  » ne prenne une proportion intolérable pour l’Etat d’Israë l.

On serait tenté, àpropos de la situation au Liban, comme dans d’autres régions du globe, tel le Darfour, de citer - de mémoire - ce que disait de l’Organisation mondiale, Jane Kirkpatrick, représentante américaine àl’ONU, au début des années 80 : « L’ONU mérite toutes les critiques, mais c’est comme pour la mort et les impôts, il faut savoir vivre avec  ».

En tout état de cause, Israë l, quel que soit le gouvernement au pouvoir, a toujours été bien inspiré de ne pas compter, pour assurer sa survie, sur l’Organisation mondiale, qui l’avait, pourtant, si l’on peut dire, porté sur « les fonts baptismaux  ».

Des paroles (lisez : résolutions) aussi bonnes soient-elles ne peuvent rien, àelles seules, contre des forces du mal.

L’amère expérience au Liban justifie pleinement l’hostilité àla présence d’une force onusienne dans les Territoires.