Nous sommes attentifs aux discussions en cours entre Israéliens et Palestiniens sur la situation dans la région et sur la reprise du Processus de paix. Un certain nombre de contacts ont été pris tout au long de l’été et nous soutenons ce dialogue entre les différents interlocuteurs, en étant attentifs à ce qu’il n’y ait pas de signaux négatifs qui soient donnés, ni du côté palestinien, ni du côté israélien, afin de préserver ce canal de discussions.
PROCHE-ORIENT
Avez-vous des détails sur l’accord européen concernant l’électricité de Gaza ?
Sur ce sujet, vous avez vu que la Commission européenne avait décidé de suspendre le financement de la compagnie assurant le ravitaillement en électricité de Gaza. Très rapidement, la Commission européenne a cherché à obtenir un certain nombre de garanties sur les flux financiers liés à ce financement. L’approvisionnement en électricité a donc pu être rétabli. C’est important, parce que tout le monde était bien conscient des conséquences humanitaires de cette interruption de financement et, par conséquent, d’alimentation en électricité.
Maintenant, ce que nous espérons, c’est qu’il y aura la plus grande clarté sur les différents circuits de financement afin d’éviter qu’il y ait des détournements. Nous en sommes là . C’est un sujet sur lequel nous sommes évidemment vigilants.
Est-ce que l’Union européenne a été poussée par d’autres mouvements palestiniens ou est-ce que c’est l’Union européenne qui a pris la décision concernant cette enquête ?
A ma connaissance, il y a une enquête qui est en cours. Nous sommes en train d’évaluer tous les éléments pour éviter qu’il y ait d’éventuels détournements. Il faut rappeler qu’en 2006, nous avons versé plus de 700 millions d’euros à l’Autorité palestinienne, y compris sur ces aspects concernant les ressources énergétiques. Evidemment, le contribuable européen, le Parlement européen, la Commission européenne souhaitent un contrôle très étroit de ce financement, comme dans tous les cas d’aide de l’Union européenne. La Commission européenne avait un certain nombre de craintes, c’est la raison pour laquelle elle a pris un acte fort en suspendant le financement et, par conséquent, l’alimentation en électricité par la compagnie qui n’était plus payée.
Autrement dit, l’Union européenne n’a pas gelé l’argent sur l’ordre de l’Autorité palestinienne ?
S’agissant des circonstances précises dans lesquelles cela s’est produit, je vous invite à vous retourner vers la Commission européenne. C’est elle qui a décidé de suspendre puis de reprendre les versements à la société. A ma connaissance, encore une fois, il y a une enquête qui est en cours pour vérifier les circuits financiers.
Le président palestinien a demandé aux Nations unies et à l’Union européenne qu’ils fassent pression sur Israë l pour qu’ils arrêtent les attaques injustifiées contre les Palestiniens de Gaza en disant que cela nuit aux négociations pour le statut final et pour la paix. Quelle est votre réaction à sa demande ?
Nous sommes attentifs aux discussions en cours entre Israéliens et Palestiniens sur la situation dans la région et sur la reprise du Processus de paix.
Un certain nombre de contacts ont été pris tout au long de l’été et nous soutenons ce dialogue entre les différents interlocuteurs, en étant attentifs à ce qu’il n’y ait pas de signaux négatifs qui soient donnés, ni du côté palestinien, ni du côté israélien, afin de préserver ce canal de discussions.
LIBAN
Au moment où on a voté l’extension du mandat de la FINUL et que l’on se focalise sur l’application de la résolution 1701, il y a encore de nombreuses incursions de l’aviation israélienne au sud-Liban. On en compte parfois 18 ou 19 par jour. Avez-vous une réaction ? Y-a-t-il un moyen pour la communauté internationale d’exercer une pression sur Israë l d’arrêter ces incursions qui provoquent des risques de riposte ?
Il y a eu, d’abord, une déclaration présidentielle sur la résolution 1701 au début du mois d’aoà »t qui indiquait un certain nombre de choses essentielles sur tous les aspects de cette résolution. Nous avons une discussion qui est sur le point d’aboutir à New York sur la prolongation du mandat de la FINUL qui arrive à échéance le 31 aoà »t prochain.
Ce que nous avons constaté, c’est que cette résolution 1701 a permis, d’une part de mettre fin aux hostilités l’été dernier et, d’autre part, de progresser sur un certain nombre d’éléments qui figuraient dans la partie opérationnelle de cette résolution.
La déclaration présidentielle qui a été adoptée le 3 aoà »t a repris tous ces éléments en indiquant que nous étions attentifs à la pleine application de la résolution et que nous souhaitions qu’il y ait, si nécessaire, une prolongation du mandat de la FINUL, ce qui devrait être le cas assez rapidement maintenant.
Sur le sujet que vous évoquez très précisément, c’est l’un des points opérationnels de cette résolution 1701 sur lesquels le Conseil de sécurité, par une déclaration présidentielle, donc adoptée à l’unanimité, s’est exprimé début aoà »t, en marquant sa préoccupation. A notre avis, il n’y a pas lieu, dans la résolution qui prolonge le mandat de la FINUL, de reprendre tous les éléments qui ont été évoqués dans la déclaration présidentielle.
C’est la raison pour laquelle nous avons privilégié une résolution de nature technique prolongeant le mandat de la FINUL dans les mêmes conditions. L’ensemble du mandat qui avait été donné durant l’été 2006 à la FINUL a été repris dans la résolution qui devrait être adoptée rapidement. On reste donc dans le même cadre, avec les mêmes préoccupations, y compris celle-ci, évoquée l’an dernier.
Cette résolution reste partiellement appliquée et dans les mêmes conditions. Si on repart avec la même résolution et dans les mêmes termes, elle sera toujours partiellement appliquée, que ce soit l’importation des armes au Liban ou les incursions israéliennes.
Comme je l’ai dit, la résolution 1701 a permis d’abord la cessation des hostilités. C’était sa première priorité. Ensuite, il y avait un certain nombre de dispositions précises sur lesquelles nous avons constaté des progrès plus ou moins encourageants selon les sujets.
Il est nécessaire que l’armée libanaise puisse rétablir sa pleine autorité sur l’ensemble du territoire. Il est nécessaire que les parties progressent sur la voie d’un cessez-le-feu durable et sur la solution à long terme qui était proposée dans le cadre de la résolution 1701.
Dans la résolution que nous allons adopter maintenant, vous aurez ces mêmes termes indiquant qu’il faut que les parties progressent sur les sujets sur lesquels les avancées sont insuffisantes. Cela ne se fait pas en un jour. La résolution 1701 avait un programme ambitieux, reprenait le plan en sept points du Premier ministre Siniora. Tout cela est très ambitieux. C’était notre souhait, à l’époque, d’avoir une résolution ambitieuse prévoyant des progrès sur l’avenir. Nous sommes bien conscients que ce n’est pas en un jour ou même en 365 jours que tout cela peut s’appliquer. Nous poursuivons donc nos efforts sur les sujets qui le nécessitent.
Mais les survols continuent toujours...
Il y a plusieurs éléments dans la résolution qui demandent une meilleure application.
Il y a aujourd’hui une polémique sur la question de savoir s’il faut ou non amender la constitution libanaise pour permettre à certains candidats de se présenter le cas échéant, comme le commandant de l’armée libanaise, par exemple ou quelqu’un d’autre. Les Américains se sont vaguement prononcés positivement. Quelle est la position de la France ? Pensez-vous que cela peut faciliter la tenue des élections présidentielles à partir du 25 septembre ou bien faut-il rester sur la situation actuelle ?
Nous avons engagé vis-à -vis du Liban une mission de facilitation pour que le dialogue entre toutes les parties reprenne. C’est l’engagement du ministre lui-même qui a nommé l’ambassadeur Cousseran comme son émissaire pour progresser dans cette mission de facilitation.
L’ambassadeur Cousseran est reparti à Beyrouth. Il s’y trouve en ce moment même pour vérifier un certain nombre d’éléments et ce sujet figure parmi les éléments de discussion, puisque c’est une échéance importante qui se présente, sur le plan politique, au Liban.
S’agissant des élections présidentielles, nous souhaitons qu’il y ait un président élu dans le calendrier prévu et conformément aux règles posées par la constitution libanaise. Mais évidemment, il appartient aux Libanais et à eux seuls de choisir leur président. Ce n’est pas la France qui va choisir le président du Liban.
C’est un élément important de discussion aujourd’hui entre les différentes parties. Si nous pouvons, dans notre mission de facilitation, aider à l’émergence d’un consensus entre les différentes parties pour résoudre cette question, nous le ferons bien volontiers.
M. Kouchner ira-t-il prochainement au Liban ?
Il est possible que M. Kouchner aille bientôt au Liban. En tout état de cause, nous attendrons le retour de M. Cousseran pour évaluer la situation et voir si un déplacement de M. Kouchner peut être utile.
Quand M. Cousseran revient-il ?
Il devrait revenir dans les jours prochains.
Au début de la semaine, le Secrétaire d’Etat américain pour les questions du Moyen-Orient, David Welch, est resté quelques jours à Paris avant d’aller à Tripoli. La question libanaise a certainement été évoquée, surtout la coordination des échéances pour le Liban. Quel était le point de vue exprimé par M. Welch et quelle fut la réponse française ?
En effet, M. Welch était de passage à Paris. Il a vu un certain nombre de responsables, je ne vous le cache pas, et plusieurs sujets ont été évoqués, y compris le Liban.
Nous avons un dialogue avec plusieurs pays s’agissant du Liban en particulier. Comme vous le savez, l’ambassadeur Cousseran s’était rendu lui-même dans plusieurs pays et nous avons ce dialogue régulier, par son intermédiaire, mais aussi par nos ambassades et par des contacts téléphoniques directs avec un certain nombre de pays, dont les Etats-Unis.
Nous partageons un certain nombre d’objectifs communs avec les Etats-Unis sur la région et il n’y a en tout cas aucun doute sur le fait que nous travaillons à un Liban, indépendant, souverain, dont l’intégrité territoriale doit être respectée, dans la pleine mise en oeuvre des résolutions adoptées, en particulier la résolution 1701 dont nous venons de parler.
Nous n’avons donc pas de relations exclusives avec le partenaire américain, c’est un des partenaires importants avec lequel nous travaillons sur la question libanaise.
Pourquoi avez-vous abandonné l’idée d’une conférence régionale sur le Liban ?
Nous sommes dans un exercice de nature différente. Avec la réunion de La Celle Saint-Coud qui, je le rappelle n’était pas une conférence, nous avons proposé à toutes les parties libanaises, une sorte de mission de facilitation, afin d’aider à résoudre un certain nombre de problèmes pour restaurer le plein fonctionnement des institutions libanaises. Nous sommes toujours dans ce cadre.
Des idées ont été présentées à La Celle Saint-Cloud. Elles ont été reprises ensuite par le ministre lorsqu’il s’est rendu à Beyrouth à la fin du mois de juillet. Par ailleurs, d’autres idées ont pu émerger durant l’été. Il s’agit maintenant de faire le point pour savoir où nous en sommes, évaluer ce qui permettrait de débloquer la situation à quelques semaines de l’échéance présidentielle.
Je vous posais la question car c’est M. Kouchner qui a émis cette idée le 29 juillet au Caire, devant les ministres des Affaires étrangères arabes où il avait alors évoqué l’idée d’une conférence régionale sur le Liban.
Je n’ai pas le souvenir d’une proposition de cette nature. Mais plusieurs idées circulent il est vrai et pour ce qui nous concerne, nous sommes vraiment impliqués dans un exercice que vous connaissez bien et qui est la suite de La Celle Saint-Coud, espérant effectivement que cela pourra être utile. Mais il revient aux différentes parties de décider de l’avenir du pays.
Et La Celle Saint-Cloud II, est-ce possible ?
Nous verrons, et si cela peut être utile, pourquoi pas.
S’agissant de la probable visite de M. Kouchner à Beyrouth, j’ai entendu hier votre ambassadeur M. Cousseran parler d’une visite pour très bientôt. Il semblait plus affirmatif que vous à présent. Y aurait-il une différence d’appréciation entre le Quai d’Orsay et Beyrouth ? Par ailleurs, j’ai entendu qu’une probable visite de M. Kouchner serait conditionnée par le fait qu’il y ait une opportunité pour réaliser quelque chose, pour dégager une avancée. Est-ce en vue pour que le ministre ait décidé de se rendre bientôt à Beyrouth ?
Vos deux questions sont évidemment liées. Comme je l’ai indiqué, d’une part, le ministre a dit lui-même qu’il reviendrait à Beyrouth, il y reviendra donc. Il le fera à une date qui n’est pas encore fixée et il ne le fera que si son voyage peut être utile. L’emploi du temps d’un ministre des Affaires étrangères est très chargé. S’il va à Beyrouth, il faut que ce soit utile. C’est donc l’appréciation qu’il portera, à l’issue du voyage de M. Jean-Claude Cousseran.
Et ira-t-il à Damas par la suite ?
Je n’ai pas connaissance d’un déplacement du ministre à Damas, ni de M. Cousseran d’ailleurs.
M. Cousseran rentre-t-il directement à Paris ou visitera-t-il d’autres pays avant son retour ?
Pour le moment, à ma connaissance, il rentre directement de Beyrouth à Paris.