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" La présence musulmane qui ne cesse d’augmenter en Europe met clairement la vie des Juifs en danger "
Ariel Sharon, Premier ministre israélien
Article mis en ligne le 25 novembre 2003

M. le Premier ministre, dans un entretien qu’il a donnée au site EUpolitix.com , le Premier Ministre palestinien, Abu Alla (Ahmed Qureih) vous a décrit comme étant quelqu’un de plaisant mais d’un caractère très idéologique. Il a déclaré douter de votre engagement àpermettre l’établissement d’un État palestinien. Vous même, comment décririez vous le Premier ministre Abu Alla ?

Ariel Sharon : D’une manière générale je n’établis pas de jugements sur les personnes. Cela fait quelques années maintenant que je connais Abu Alla. Je l’ai rencontré àdifférentes occasions : àla résidence du Premier ministre ; en tant que ministre des Affaires étrangères, je l’ai rencontré àJérusalem mais aussi en privé dans mon ranch ; je l’ai également rencontré àWashington.

C’est un homme chevronné, un homme politique blanchi sous le harnais ; en tant qu’individu il ne fait aucun doute que sa principale motivation est d’ordre politique. Et bien sà»r, il ne fait pas partie du mouvement sioniste !

Enfin c’est un proche d’Arafat. Je l’apprécie en tant qu’homme qui croit que la solution du conflit ne viendra pas par des actions guerrières et je serais heureux d’entamer des négociations avec lui. Toutefois, dans la foulée, je précise qu’Abu Alla ne sera pas jugé sur ses déclarations et discours, mais clairement sur les démarches qu’il entreprendra pour faire cesser le terrorisme palestinien.

Aussi longtemps que le terrorisme perdurera nous n’avancerons pas sur le chemin vers la création de l’État palestinien. Il est important de clarifier ce point. Israë l soutient de tout cÅ“ur la " Feuille de route ", qui prévoit clairement l’arrêt de la terreur et de son incitation comme préalable àl’établissement d’un État palestinien, et c’est ce que nous exigeons.

Quelle est votre réaction sur le récent sondage qui a mis en évidence que 59 % des Européens sont d’avis qu’Israë l constitue un danger pour la sécurité dans le monde ou encore que 17 % des Italiens pensent que, sans l’existence d’Israë l, les conflits au Moyen-Orient seraient résolus ? À quel point ce sondage vous inquiète-t-il ? Comment Israë l compte-t-il réagir contre ce phénomène et changer cette manière de penser ?

Ariel Sharon : Ce àquoi nous avons affaire en Europe est un antisémitisme qui a toujours existé et il ne s’agit vraiment pas d’un phénomène nouveau. Cet antisémitisme existe et ce qui le fait avancer est un " antisémitisme collectif " qui fait entrer Israë l en ligne de compte.

Il y a bien sà»r des antisémites qui exploitent les événements qui ont eu lieu en Israë l ainsi que l’argument selon lequel Israë l fait usage de la force dans des proportions excessives. Ils cherchent àcompromettre le droit àl’autodéfense d’Israë l. Il existe donc un danger pour les Juifs. La présence musulmane qui ne cesse d’augmenter en Europe met clairement la vie des Juifs en danger. Cette tentative de nous priver de notre droit àl’autodéfense témoigne de l’antisémitisme qui règne.

Monsieur le Premier ministre, en Europe on essaye de distinguer d’un côté un antisémitisme que l’on doit condamner et d’un autre côté des critiques légitimes contre la politique d’Israë l. De plus, certains pensent qu’Israë l se sert de l’antisémitisme comme d’un bouclier contre les critiques qui lui sont adressées.

Ariel Sharon : Aujourd’hui il n’y a aucune distinction. Nous parlons d’un antisémitisme collectif. L’État d’Israë l est un État Juif, ce qui explique l’attitude d’Israë l. Cet antisémitisme est fondamental et, aujourd’hui, pour l’encourager et pour ébranler le droit des Juifs àl’autodéfense, on en reparle. De nos jours les politiques antisémites ne sont pas populaires, les antisémites mettent donc dans le même paquet leurs politiques et le conflit israélo-palestinien.

L’antisémitisme doit être combattu. Il est excessivement dangereux. Cependant nous pouvons trouver les bonnes réponses pour le combattre. Ce que nous demandons aux pays d’Europe c’est de lutter contre l’antisémitisme de toutes les manières possibles et de manière très vigoureuse. Bien sà»r le simple fait que les Musulmans soient en grand nombre, approximativement 17 millions àtravers l’Union européenne, en a fait un problème politique. Selon moi, les gouvernements européens n’agissent pas assez pour lutter contre l’antisémitisme. Cependant certains pays incluent ce sujet dans leurs programmes éducatifs et c’est exactement ce qu’il faut faire.

Il est nécessaire d’enseigner, d’expliquer, de rappeler ce que l’antisémitisme a causé par le passé et l’on doit réaliser que le mal causé par l’antisémitisme n’a pas uniquement touché le peuple Juif mais aussi les pays où l’antisémitisme sévit. Ces pays doivent le combattre. On ne peut établir aucune distinction, Israë l est considérée comme un État Juif.

Les relations israélo-européennes traversent une crise, la pire que l’on ait jamais connue. Quelle est la cause de ce manque de compréhension entre Israë l et l’Europe ?

Ariel Sharon : Il est important de mettre les choses au clair : dans de nombreux domaines, Israë l a eu des intérêts importants dans ses relations avec l’Europe. Dans l’économie, les sciences, la culture et pour la construction de ses infrastructures. Étant donné que l’Europe représente un fournisseur d’envergure pour Israë l, l’Europe constitue pour elle un marché naturel et nous avons des intérêts clairs àavoir de bonnes relations avec l’Europe.

Dans le domaine politique, j’ai clairement dit aux Européens que l’Europe aurait pu jouer un rôle plus fort et même central si sa politique avait été plus équilibrée au Moyen-Orient. La politique européenne n’est pas équilibrée pour le moment.

L’État d’Israë l ne peut se permettre de mettre son destin entre les mains des Européens, connus pour mener une politique non équilibrée. Il est bien entendu toujours dangereux de généraliser, mais il est possible de dire que la majorité des pays européens ne disposent pas d’une politique équilibrée. Sous la présidence italienne actuelle, on peut dire que la politique européenne est équilibrée. La majorité de ses membres ne veulent pas l’accepter, mais l’Italie a contribué àéquilibrer les positions européennes.

Il semblerait que la clôture de sécurité - tel qu’Israë l la définit - soit perçue en Europe plutôt comme mur de séparation qui ne peut qu’intensifier les désaccords entre Israë l et l’Union européenne.

Ariel Sharon : Concernant la clôture, malheureusement, beaucoup d’Européens ne connaissent pas la réalité dans les Territoires. Une explication franche devrait permettre de clarifier les positions d’Israë l et de modifier l’attitude européenne. Il y a neuf kilomètres de mur construits du coté israélien de la ligne verte, un mur conçu pour protéger un axe central reliant le Nord d’Israë l au Sud. Sur cet axe, les Palestiniens ont pris l’habitude de tirer sur les voitures et sur les ouvriers qui travaillent àla voirie. La fonction première de ce mur physique est donc de protéger les personnes empruntant cet axe des attaques de tireurs isolés. Mais il ne s’agit que de neuf kilomètres de mur sur un système de clôtures qui s’étend sur des centaines de kilomètres.

La clôture est avant tout une mesure de sécurité, ce n’est pas une frontière politique. Il s’agit d’empêcher des terroristes de se rendre en Israë l et d’y commettre des attentats suicides dans les villes israéliennes.

Il s’agit d’une mesure conçue pour garantir la sécurité des citoyens israéliens. Je voudrais être bien clair sur ce point avec les Européens : si j’ai àchoisir entre affronter la critique européenne ou contribuer àrenforcer la sécurité des citoyens israéliens, je n’aurais aucune hésitation àorienter mon choix. En outre, la clôture empêche le passage des milliers de Palestiniens, immigrés clandestins en direction des villes et villages arabes àl’intérieur d’Israë l. Non seulement cette immigration est illégale, mais elle contribue par ailleurs àencourager les actes terroristes.

Dans mes conversations avec des membres du gouvernement italien, j’ai expliqué que notre démarche est semblable aux tentatives de l’Italie pour empêcher l’entrée des réfugiés sur son territoire. Cependant, àla différence des réfugiés qui viennent en Italie pour gagner leur vie, dans notre cas cette immigration a pour conséquence une intensification de la terreur.

Quelle est votre opinion sur le soutien de l’Europe aux Accords de Genève ainsi qu’àd’autres initiatives politiques parallèles àl’action de votre gouvernement ?

Ariel Sharon : Écoutez, Israë l est une démocratie, on peut d’ailleurs même dire qu’Israë l est bien d’avantage qu’une démocratie. Il y a des opinions qui divergent, mais il y a également un gouvernement qui a été élu avec une large majorité et les prochaines élections ne sont que dans quatre ans.

Pour ma part, je pense que, lors des prochaines élections, le Likoud se verra ànouveau confier la gestion du pays. Par le passé nous avons déjàeu affaire aux Accords d’Oslo. Les Accords de Genève sont la même marchandise, simplement sous un emballage différent. Les Accords d’Oslo ont été l’un des pires désastres auxquels Israë l ait jamais été confronté. Ils ont été la conséquence d’un manque de responsabilité et de sérieux qui nous a conduits àune des grèves les plus dures jamais vues, ils ont permis àdes milliers de terroristes et de meurtriers armés de pénétrer dans notre pays, par exemple un certain lauréat du Prix Nobel de la Paix.

Nous avons déjàtiré les conséquences de cette erreur. Je pense que les Accords de Genève ne font que retarder la solution, étant donné que les Palestiniens sont porteurs de beaucoup d’espoirs et je ne pense pas qu’ils accordent une grande confiance àces accords. Cependant, àsupposer qu’ils y croient, pourquoi devraient-ils revenir sur des points qu’ils ont déjàacceptés ? Peut-être pensent-ils pouvoir exiger et obtenir plus ?

L’unique conséquence de cette initiative sera de retarder encore la solution finale [en anglais : " This initiative can only result in delaying the final solution. "]. Il n’y a rien de positif làdedans. De plus, nous avons affaire àdes personnes que nous avons déjàvues àl’Å“uvre par le passé et nous savons ce qu’elles nous ont apportés.

Que pense Israë l de la position européenne sur les capacités nucléaires de l’Iran ?

Ariel Sharon : On doit rester prudent. L’Europe a des intérêts économiques en Iran. Nous faisons des mises en garde et insistons pour que les inspections soient réelles. Le danger que constitue l’Iran en tant que pays qui jouit de capacités nucléaires changera le Moyen-Orient d’aujourd’hui. L’Iran est un pays où l’on appelle àla destruction de l’État d’Israë l. Cette destruction est présentée comme l’objectif que l’Iran doit atteindre et l’on se doit dès lors de faire tout ce qui est possible pour empêcher que ce pays ne dispose de capacités nucléaires. Je ne dis pas cela parce que le danger est uniquement dirigé vers nous.

L’Iran et ses armes nucléaires en font un pays islamique extrémiste, actif dans le domaine du terrorisme, au centre d’un terrorisme international et capable de faire usage de ses armes nucléaires. De ce fait nous devons prendre toutes les mesures pour que cela n’arrive pas. Je peux vous dire que, lors de ma visite àRome, j’ai interpellé mon collègue Silvio Berlusconi, qui est actuellement àla tête de la présidence tournante de l’Union européenne, et j’ai insisté pour que l’Italie se penche tout particulièrement sur le désarmement nucléaire de l’Iran. Bientôt l’Italie se joindra àl’Agence internationale de l’énergie atomique.

J’ai clairement dit que nous devions nous assurer que l’Iran signe et mette en application le traité qui existe. Elle doit lever le voile sur toutes ses activités nucléaires. J’ai également souligné que l’Iran devait mettre fin àl’enrichissement d’uranium. Je voudrais également rappeler que, jusqu’ici, l’Iran ne s’est pas conformé aux accords conclus relatifs aux inspections et que le Conseil de sécurité de l’ONU devrait prendre des mesures àcet effet. Seule l’ONU peut prendre des décisions et les appliquer.

Dans le passé le Conseil de sécurité a réglé des situations moins graves que celle dans laquelle se trouve l’Iran aujourd’hui. L’appel que nous adressons àl’Europe est clair. Nous devons faire le lien entre les relations économiques de l’Iran et le développement nucléaire de ce pays.

Nous devons mettre en question ces relations étant donné que l’Iran n’a pas été en mesure de se conformer aux règles. L’Iran et son armement nucléaire constituent un danger pour la paix et la stabilité du monde


Source : " Ariel Sharon, Prime Minister of Israel ", entretien original en anglais, et " Ariel Sharon, Premier ministre israélien ", traduction partielle en français, EUpolitix.com, lundi 24 novembre 2003.
EUpolitix.com est un site d’information sur la politique de l’Union européenne.
Traduction complémentaire : Grégoire Seither / Réseau Voltaire.