L’AMIF a organisé pour la première fois, avec l’UEJF-Santé (Union des Etudiants Juifs de France, section médecine) une lecture des noms des 201 médecins et étudiants en médecine juifs de France victimes de la Shoah. La cérémonie s’est tenu le lundi 28 avril à 12h30 devant le monument aux morts de l’ancienne Faculté de Médecine, rue de l’Ecole de médecine, Paris 75005
Voici l’allocution prononcée par le Pr. Robert Haïat, président de l’AMIF :
Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation 28 avril 2014.
Allocution du Président de l’AMIF
M. Frédéric Dardel, Président de l’Université Paris V
M. le Dr. Jean-Jacques Avram, Vice-président de l’Ordre des Médecins,
M. le Dr. Richard Prasquier, ancien Président du CRIF et Vice-président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
Ce jour de Yom Hashoah, est le jour de commémoration fixé par l’État d’Israë l afin de rendre hommage aux 6 millions de Juifs victimes des Nazis et de leurs complices, au cours de la Seconde Guerre Mondiale.
Et c’est en ce jour particulier de mémoire et de recueillement, que nous nous retrouvons devant cette stèle, à l’initiative de l’AMIF, Association des Médecins Israélites de France, et plus particulièrement de son secrétaire Général, le Docteur Bruno Halioua, Médecin et Historien, intimement unis avec la section santé de l’Union des Etudiants Juifs de France présidée par Cindy Danelsky.
L’AMIF a été fondée en 1952 par un groupe de médecins survivants de la Shoah et en réaction aux exactions commises contre les médecins juifs ; elle est la plus ancienne et la plus pérenne des associations médicales juives de France et l’éthique et le devoir de mémoire sont inscrits dans ses statuts.
Fidèle à sa tradition, l’AMIF organise tous les ans un voyage à Auschwitz destiné aux étudiants des professions de santé, étudiants en médecine ou élèves infirmiers de toutes confessions et de toutes origines. Accompagnés par d’anciens déportés, ils se rendent sur les lieux de l’extermination de masse pour honorer la mémoire des millions de disparus.
Et c’est dans cet esprit d’attachement à la mémoire et à sa transmission que nous nous sommes réunis, pour la première fois, devant cette stèle où sont gravés les noms de ces médecins et étudiants en médecine, juifs et non juifs, morts pour la France ; morts pour leur Patrie qu’ils ont aimée et servie, dans toutes les guerres, dans tous les conflits. Et c’est avec un profond respect et une infinie reconnaissance que nous évoquons leur sacrifice et que nous nous inclinons devant ce monument élevé à leur gloire.
Aujourd’hui cependant, en ce jour de Yom Hashoah, notre hommage tient à évoquer le souvenir de ces médecins juifs et de ces étudiants en médecine juifs, assassinés pendant la seconde guerre mondiale parce que juifs.
Grâce au travail de mémoire de Bruno Halioua et de Laurent Cardonnet qui y a consacré sa thèse*, ils sont sortis de l’oubli. Nous savons que chacun des noms qui vont être rappelés, était celui d’hommes et de femmes, de jeunes hommes et jeunes filles dans la promesse de leur jeunesse. Avant d’être emportés dans la tourmente, ces noms avaient un visage, ils avaient une histoire individuelle et singulière, mais surtout ils avaient en commun la médecine, ce choix de l’altérité, ce choix de l’autre dont ils souhaitaient soulager la souffrance.
Ces médecins et ces étudiants en médecine juifs, morts parce que juifs ont été pris au piège d’une rafle ou encore détenus comme otages ou sinistrement dénoncés ; certains ont été fusillés par la Milice ou par les Allemands, mais la plupart ont été déportés entre le 27 mars 1942 et le 11 aoà »t 1944. On a retrouvé leur date de naissance, le sujet de leur thèse, leur spécialité, leur mode d’exercice, la date de départ et le numéro des 78 convois qui, de Drancy, Lyon, Beaune-la-Rolande, Angers, Compiègne ou Pithiviers les ont conduits à Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Maïdanek, Sobibor ou Kaunas en Lituanie.
Qu’on se souvienne ! Sur les 76 000 Juifs déportés vers les camps de la mort, seuls 2500 ont survécu. Les autres, parmi lesquels 11 400 enfants, ne sont jamais revenus.
Dans l’enfer des camps où le mot humanité ne figurait pas au dictionnaire de la barbarie, certains de ces médecins, de ces étudiants en médecine juifs, ont tenté, quand ils l’ont pu, d’aider ou réconforter ceux dont ils partageaient la misère. Et c’est là , qu’un geste, une parole, une simple attention ont pu rendre un espoir, si minime fà »t-il, pour permettre de s’y appuyer et parfois de survivre.
Ces victimes sans sépulture dont les noms sont sortis du néant qui les enfermait, font partie intégrante de la longue, trop longue liste des martyrs de notre peuple. Sans le savoir, ni le vouloir, ils sont entrés dans l’Histoire de la Médecine dont ils ont écrit, à leur corps défendant, une page tragique. Et le souvenir sacré de nos confrères et des étudiants qui étaient en voie de le devenir, nous impose d’accomplir au quotidien notre tâche avec encore plus de dévouement et encore plus de vigilance.
Pour terminer et illustrer un de ces destins brisés, je voudrai rendre un hommage particulier au Dr Raoul Timsit. Né à Saint-Eugène près d’Alger, il était le chef estimé et reconnu du Service de Pneumologie de l’Hôpital de St-Germain-en-Laye, ville où les Allemands étaient particulièrement nombreux. En effet, St-Germain-en-Laye abritait le Centre des communications des armées allemandes du front Ouest, véritable nœud stratégique de lignes téléphoniques enfouies dans un bunker à moitié enterré au N° 12 de la rue Félicien David. C’est de là que le Maréchal Von Runstedt tenta, en vain, de s’opposer, le 6 juin 1944, au débarquement allié en Normandie. Malgré l’occupation allemande, le Dr Timsit avait refusé d’abandonner ses patients qu’il continuait à visiter à domicile. Le 3 décembre 1943, alors qu’il était allé soigner un malade, en ayant omis de porter son étoile jaune, il fut dénoncé et arrêté. Malgré un immense mouvement de solidarité, dont une pétition que le Maire Jean Seignette remit aux autorités allemandes, il fut interné à Drancy. Le 17 décembre 1943, il fut déporté à Auschwitz, puis à Dachau où il décéda le 18 avril 1945. Je salue sa mémoire et la présence parmi nous de sa fille, Colette, de son fils, Gérard et de leurs enfants qui ont bien voulu se joindre à cette cérémonie.
Mesdames Messieurs, Chers Amis, en rendant hommage à ces 201 médecins et étudiants en médecine, nos frères dans la foi juive et dans la profession, nous voulons signifier que nous ne les oublierons jamais. Nous ferons en sorte que cette cérémonie mémorielle tenue ici et en ce jour pour la première fois, puisse se perpétuer et, qu’au fil des ans, elle prenne sa place parmi les autres cérémonies commémoratives qui rappellent le souvenir de ces hommes et de ces femmes trop tôt disparus. Et ce vœu, me donne l’occasion de remercier chaleureusement M. le Pr. Patrick Berche, Doyen de la Faculté de Médecine Paris Descartes et M. Frédéric Dardel, Président de l’Université Paris Descartes qui nous ont autorisés à organiser cette manifestation mémorielle et de remercier également toutes les personnes ici présentes qui l’ont honorée de leur amitié.
Je vous remercie.
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*Laurent Cardonnet. Contribution à l’étude des étudiants en médecine et des médecins Morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Thèse de Médecine. Paris 2013.