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Pourquoi les Ayatollahs ne peuvent pas renoncer àl’atome
Zvi Mazel
Article mis en ligne le 5 octobre 2013

Ils sont nombreux en Occident àse voiler la face et àcroire contre toute évidence que les Ayatollahs accepteront en dernière analyse de changer de cap et de se transformer en adeptes de la démocratie et des droits de l’homme. C’est impossible pour deux raisons majeures. La première est bien évidemment le fanatisme idéologique du régime Chiite. La seconde, les sommes astronomiques investies dans le programme nucléaire et le terrorisme mondial.

Le régime iranien repose sur la doctrine de l’Ayatollah Khomeini, l’homme qui a déclenché la révolution islamique en Iran en 1979, en a jeté les bases et les a léguées àKhamenai son successeur. Quels sont les deux points essentiels de cette doctrine ? Tout d’abord c’est une autorité religieuse - velayat-e faqih –qui doit se trouver àla tête du pays ; ensuite la révolution islamique se doit d’être permanente.

Ce sont aujourd’hui encore les piliers idéologiques sur lesquels repose le régime. Le Guide Suprême de l’autorité religieuse n’est pas nécessairement la plus haute personnalité religieuse du pays mais doit être un imam. Il est au dessus du président et du parlement élus par le peuple. Il est assisté par le Conseil des Gardiens chargé d’assurer que la législation respecte scrupuleusement la Charia.

La notion de révolution islamique permanente signifie non seulement que l’Iran doit être àjamais dirigé par une autorité religieuse mais encore que le modèle iranien d’Islam chiite doit être « exporté  », dans un premier temps dans les pays du Moyen Orient puis aux Etats Unis, symbole de la décadence de l’Occident et toujours qualifié de « Grand Satan  ». Paradoxalement le terme de révolution permanente est « emprunté  » àTrotski, qui estimait qu’il ne suffirait pas de faire de la Russie un pays communiste, il fallait exporter cette idéologie dans le monde entier ; autrement pensait-il, si la Russie devenait seule communiste, elle ne pourrait tenir face àun monde hostile et le régime finirait par s’écrouler. Khomeini était arrivé àla même conclusion pour la révolution islamique chiite qu’il mettait en place dans un monde arabe majoritairement sunnite. C’est pourquoi dès 1982 il s’employa àla création du Hezbollah, fer de lance de son implantation dans la région et menace sur la frontière nord d’Israë l.

Le peuple qui avait renversé le Chah attendait des nouveaux dirigeants des mesures concrètes sur le plan économique et social. Il n’en fut rien. Les Ayatollahs mirent sur pied une première milice paramilitaire, les Gardiens de la Révolution, fanatiquement dévoués au Guide Suprême et chargés d’imposer la révolution islamique par la force. Les Gardiens de la Révolution se virent octroyer carte blanche pour mettre la main sur de larges segments de l’économie et prendre le contrôle des services de sécurité et des services secrets.

Pendant la longue guerre contre l’Iraq les Ayatollahs créèrent une seconde organisation paramilitaire, les Basijis, qui comptent aujourd’hui un million de membres et qui jouent un rôle essentiel dans la survie du régime. Cependant c’est sur le nucléaire que Téhéran table pour assurer la victoire de l’Iran et frapper de terreur ses voisins sunnites tels l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe mais aussi pour exporter la révolution. Le programme nucléaire mis en route par le Chah avait été abandonné par Khomeini dans les premiers temps ; l’Occident avait en effet arrêté sa collaboration et Khomeini n’était pas sà»r que son pays en avait besoin.

C’est l’utilisation par Saddam Hussein de l’arme chimique contre l’armée iranienne qui le fit changer d’avis. Les Ayatollahs décidèrent que la possession de l’arme nucléaire était nécessaire pour protéger et développer leur révolution. Le monde n’a appris qu’en 2002 l’existence du programme nucléaire iranien, commencé dans le plus grand secret et en violation des engagements pris par Téhéran, qui avait signé le traité de non prolifération. Des dissidents au régime ont révélé qu’àNatanz on procédait àl’enrichissement de l’uranium et qu’àArak on produisait du plutonium. L’existence d’autres sites nucléaires a été connue par la suite, notamment celui de Parchin où des techniques de mise àfeu seraient testées.

Le programme nucléaire de l’Iran est probablement le plus grand au monde. Il faut ajouter les missiles capables de porter des ogives nucléaires jusque dans les capitales européennes aujourd’hui et bientôt en Amérique.

Parallèlement l’Iran renforçait ses liens avec la Syrie, conduit obligé du financement et des armes vers le Hezbollah. Cette organisation joue désormais un rôle majeur dans la région et menace ouvertement Israë l. Téhéran assiste aussi le Hamas – sunnite – en lui faisant parvenir argent et armements, missiles compris. Par ailleurs le terrorisme iranien ne connait pas de frontières. Les attentats contre la communauté juive d’Argentine en 1994 ont fait des centaines de morts et l’an dernier une tentative d’assassinat de l’ambassadeur saoudien aux Etats Unis a été déjouée àtemps.

Il faut bien voir que le coà»t combiné du programme nucléaire, des Gardiens de la Révolution, des Basijis, de l’assistance au Hezbollah et au Hamas et du financement de la terreur àtravers le monde a atteint un niveau proprement monstrueux ; il est estimé par certains àdes centaines de milliards de dollars au cours des dernières décennies. Malgré les revenus considérables tirés du pétrole, il ne restait pas grand-chose pour le développement du pays.

Le régime des Ayatollahs est tout entier tourné vers la survie et le développement de la révolution islamique àtravers le monde. Il est donc incapable d’abandonner son programme nucléaire devenu la pierre angulaire de sa politique. Sans la menace nucléaire le pays perdrait son influence àl’étranger. Les Ayatollahs devraient alors expliquer au peuple le manque de développement économique et l’absence de droits de l’homme. Ils devraient surtout rendre des comptes sur le gaspillage effréné des ressources du pays. Ce serait le commencement de la fin pour la révolution islamique.

Le premier ministre israélien qui connaît bien la réalité iranienne a tenté d’en convaincre le président Obama et les Nations Unies. Ruhani a beau tenir des propos conciliants, il n’a aucunement l’intention de dévier de son objectif. Malheureusement l’Occident n’a pas envie de se lancer dans une nouvelle confrontation et veut croire aux propos « modérés  » du nouveau président iranien. C’est la dessus que compte Téhéran, qui se moque de l’Occident depuis quinze ans tout en faisant semblant de négocier de bonne foi. Pour paraphraser les paroles du prophète Jérémie, il n’y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir.