Au lendemain de l’élection présidentielle iranienne nombre de médias décrivent le nouveau Président de la République islamique comme « le modéré Hassan Rohani  », quand il n’est pas qualifié de « réformateur  ». Pourtant, des observateurs attentifs ne se précipitent pas pour se réjouir, soulignant que ce « modéré  » qualifie Israë l de « Grand Satan sioniste  » et rappelant surtout que celui qui tire les ficelles, contrôle le programme nucléaire ou le terrorisme, n’est pas le Président mais le Guide Suprême, Ali Khamenei.
Une modération de façade, Ali Khamenei tirant les ficelles
Certes les tirades d’Ahmadinejad avaient de quoi effrayer. Mais, si le nouveau Président iranien, Hassan Rohani, l’air bonhomme sous son turban blanc, semble incarner la « modération  » que beaucoup lui attribuent, allant jusqu’à voir en lui un espoir pour l’Iran et de ce fait pour la paix dans le monde, il ne faut pourtant pas se fier aux apparences. En ne perdant pas de vue, pour commencer, que tous les candidats à la présidence de la République islamique d’Iran avaient reçu l’imprimatur du Guide Suprême, Ali Khamenei. La seule différence à attendre, en ce qui concerne le monde extérieur en tout cas, étant sans doute une différence de style. Ce qui n’est pas sans danger car l’Occident pourrait être tenté de baisser la garde dans ce bras de fer qui est engagé à propos du nucléaire iranien et dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.
Pour Daniel Pipes, mieux aurait valu un belliqueux effrayant qu’un beau parleur
C’est justement ce qui avait amené Daniel Pipes, expert en ces questions, à déclarer le 14 juin, à la veille de cette élection qu’il soutenait, malgré lui certes, le candidat Saeed Jalili, qualifié d’agressif et de vil, plutôt que le beau-parleur Hassan Rohani. Comme il avait soutenu, il y a quatre ans, la candidature d’Ahmadinejad. Mieux valait, disait-il alors, avoir un Ahmadinejad effrayant et belliqueux comme interlocuteur plutôt qu’un personnage charmeur qui endormirait le monde. A l’instar de ce qui s’était passé auparavant avec « Mohammed Khatami lorsqu’il était Président et que ses belles paroles en avaient endormi plus d’un, donnant confiance, alors que sous sa présidence se développait le programme de l’armement nucléaire  ». Daniel Pipes rappelait d’ailleurs alors que « le Président iranien n’aurait qu’un impact limité sur la question qui concerne le plus le monde extérieur : la probable poursuite de la fabrication d’armes nucléaires par Kamenei comme il l’a fait dans les décennies précédentes  ».

Au lendemain de l’élection surprise d’Hassan Rohani, qu’il qualifie de « ce qui se rapproche le plus d’un modéré  », Daniel Pipes livrait ce commentaire : « je suis content pour les Iraniens mais angoissé pour le monde extérieur. Rouhani n’a pratiquement pas son mot à dire quant au terrorisme de son gouvernement, son soutien total du régime d’Assad ou le renforcement de l’armement nucléaire...  ». [ ndlr surligné par nos soins ]
Ni les États-Unis ni la France n’évoquent le terrorisme iranien, le Hezbollah félicite Rouhani
D’où la distance que prend Daniel Pipes avec les espoirs formulés par le Secrétaire d’État américain qui déclarait : « avec nos partenaires internationaux nous restons prêts à travailler directement avec le gouvernement iranien. Nous espérons qu’il respectera ses obligations internationales envers le reste du monde pour parvenir à une solution diplomatique qui répondra pleinement aux inquiétudes de la communauté internationale quant au programme nucléaire de l’Iran  ». John Kerry se félicitant par ailleurs que « Rouhani se soit engagé à mainte reprise pendant sa campagne à restaurer et à amplifier les libertés pour tous les Iraniens  ». Rien n’était dit du terrorisme.

Pas plus que dans la déclaration de la France, mentionnant toutefois le rôle de l’Iran dans la guerre en Syrie par la voix de son ministre des Affaires étrangères, mais feignant aussi de croire que les décisions en matière de nucléaire sont du ressort de la présidence : « La France prend acte de l’élection de M. Hassan Rohani à la présidence de la République islamique d’Iran. Les attentes de la communauté internationale à l’égard de l’Iran sont fortes, notamment sur son programme nucléaire et son engagement en Syrie. Nous sommes prêts à y travailler avec le nouveau président iranien. La France salue l’inébranlable aspiration à la démocratie du peuple iranien  ».
Le chef du mouvement terroriste Hassan Nasrallah a félicité Rouhani pour son élection, « répondant aux attentes du peuple iranien et renouvelait la confiance des amis et des frères vulnérables dans le monde arabe et islamique  »
Israë l est sans illusions, parle nucléaire et terrorisme, jugera l’Iran sur ses actes et lance un avertissement
Israë l, en première ligne face au terrorisme et au nucléaire made in Téhéran accueille cette élection avec une extrême prudence, rappelant dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères que « jusqu’ici le programme nucléaire iranien a été décidé par Khamenei et pas par le Président de l’Iran  ». Et donc « qu’à la suite de ces élections l’Iran continuera à être jugé par ses actes dans le domaine nucléaire comme dans celui du terrorisme  ». Tout en rappelant que « l’Ayatollah Khamenei avait disqualifié et écarté les candidats qui ne se conformaient pas à ses opinions extrémistes  » mais que « l’Iran doit respecter les exigences de la communauté internationale et mettre fin à son programme nucléaire ainsi que l’exportation du terrorisme dans le monde  »
Benyamin Netanyahou reprenait ce constat en ouverture du conseil ministériel hebdomadaire du 16 juin, ajoutant que le Président élu iranien définit l’État d’Israë l comme « le grand Satan sioniste  » et qu’il ne faut pas « se leurrer à son sujet, enjoignant la communauté internationale à ne pas se laisser prendre à ses propres espoirs et à céder à la tentation de relâcher ses pressions sur l’Iran pour que soit mis un terme à son programme nucléaire  ». Le Premier ministre rappelant que « ces vingt dernières années la seule chose qui a conduit à un gel temporaire du programme nucléaire iranien a été les inquiétudes suscitées par une politique agressive menée contre l’Iran en 2003  ».
Et il avertissait : « si l’Iran continue à insister et à vouloir développer son programme nucléaire, la réponse doit être claire : arrêter ce programme nucléaire par n’importe quel moyen  » .
Pour mieux cerner la personnalité de Hassan Rohani il sera utile de relire certaines de ses déclarations. Ainsi, le 10 janvier 2012 déclarait-il : « des pays tels que la République islamique d’Iran et la Turquie ne devraient épargner aucun effort pour aider à résoudre les crises régionales et jouer un rôle de pointe pour neutraliser les conspirations des pouvoirs arrogants – ndlr les États-Unis - et des sionistes...  »