En quelques jours la Jordanie fait preuve d’une grande hostilité envers Israë l, avec, le 6 avril, la signature d’un « traité historique  » sur Jérusalem entre le roi et Mahmoud Abbas dans lequel l’État hébreu est vilipendé, puis, quelques jours plus tard la demande présentée par quelque cent dix députés jordaniens pour la libération d’un soldat jordanien, condamné à vie par une cour jordanienne, pour avoir assassiné de sang-froid en mars 1997 sept écolières israéliennes et en avoir blessé d’autres. Cet assassin étant qualifié de « héros  », alors que le roi de l’époque, Hussein, avait montré sa compassion aux familles des victimes dans un geste fort.
Abdullah II n’est guère Hussein...
L’adage « tel père, tel fils  » ne saurait s’appliquer aux deux derniers souverains hachémites. Autant le roi Hussein de Jordanie avait-il montré à quel point il était homme de paix, autant son fils, le roi actuel, ne semble-il pas suivre ses traces en la matière.
Le 6 avril dernier il signait avec Mahmoud Abbas, Président auto-désigné – il n’y a pas eu d’élections depuis des lustres – de l’Autorité palestinienne un accord décrit comme « historique  » dans lequel les deux compères affirmaient vouloir « défendre  » Jérusalem contre la « judaïsation  » de la ville – juive depuis plus de deux millénaires- et les agressions – imaginaires- contre la mosquée Al-Asqa, par Israë l ; et entendaient le faire de concert
Un assassin décrit comme déséquilibré et condamné à vie en 1999 devient un héros aujourd’hui
Aujourd’hui, ce sont quelque cent dix députés jordaniens qui demandent la libération de Ahmad Dakamseh décrit comme « héros  ». Ce soldat jordanien avait ouvert le feu avec une arme automatique sur une cinquantaine d’écolières qui visitaient « l’île de la paix  », située entre les branches du Jourdain à la frontière entre Israë l et la Jordanie. En mars 1999 cette île était devenue un lieu de massacre. Sept écolières avaient été tuées et sept autres blessées. Certains avaient évoqué la folie à l’époque mais ce caporal avait été condamné à vie. Et, dans un geste fort qui fut largement salué, le roi de Jordanie, Hussein, avait rendu visite aux familles des victimes en Israë l pour les réconforter.
Aujourd’hui ce n’est plus un quelconque déséquilibre psychologique qui est invoqué mais la défense , à l’arme automatique contre des fillettes, de l’islam. En effet, les victimes, disent ses défenseurs, se seraient moquées du soldat en prière...Argument bien peu vraisemblable car surgi plus d’une décennie plus tard et qui, même s’il était avéré, ne saurait en rien excuser ce massacre. Qui vaut pourtant à l’assassin le qualificatif de « héros  ». Utilisé entre autres par le ministre de la Justice jordanien en 2011 quand une demande de libération avait déjà été présentée.
Israë l bouc émissaire face aux difficultés actuelles de la Jordanie ?
Pour expliquer l’émergence d’une telle hostilité bien visible envers Israë l on peut sans doute rappeler qu’aux dires mêmes du Quai d’Orsay « la Jordanie connaît depuis janvier 2011 une contestation politique et sociale d’amplitude moyenne. Celle-ci s’exprime généralement de manière pacifique mais peut donner lieu à des heurts ponctuels et localisés. Les revendications des manifestants sont d’ordre économique et politique  ». Avoir recours au bouc émissaire régional par excellence semblant dès lors aller de soi. D’autant que la moitié de la population du royaume hachémite est palestinienne et qu’un grand nombre de Jordaniens rejettent l’existence d’Israë l. De plus, 17 % des deux millions de « réfugiés  » palestiniens de Jordanie vivent dans des « camps  ». Des « réfugiés  » au statut héréditaire dont la plupart sont nés en Jordanie, y travaillent et y prospèrent parfois. Par ailleurs, l’épouse du roi est palestinienne. L’afflux actuel de réfugiés syriens n’arrange sans doute pas la situation dans le royaume.
Cependant, toujours selon le Quai d’Orsay, « les États-Unis fournissent à la Jordanie une aide