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Le Proche-Orient a besoin d’une paix sincère, non d’un mirage diplomatique
Yossi Gal, ambassadeur d’Israë l en France | Le Monde
Article mis en ligne le 28 juillet 2011

"Je vous promets qu’Israë l ne sera pas le dernier pays àaccueillir l’Etat palestinien àl’ONU. Il sera le premier." Cette déclaration du premier ministre israélien devant le Congrès américain en mai, quant àla reconnaissance d’un Etat palestinien issu de pourparlers, est une nouvelle preuve de l’engagement d’Israë l pour la paix.

Depuis plus de deux ans, Benyamin Nétanyahou a fait le choix, un choix sincère, de se déclarer publiquement en faveur de la création de deux Etats pour deux peuples. Nous sommes persuadés qu’il est possible de concilier les aspirations palestiniennes avec les intérêts sécuritaires israéliens. Israë l ne s’oppose pas àla création d’un Etat palestinien. Au contraire.

La question n’est donc pas celle du principe mais du chemin pour y parvenir. Le problème qui se pose àIsraë l aujourd’hui n’est plus de savoir si un Etat palestinien autonome doit coexister au côté d’Israë l. La question est plutôt de savoir àquoi cet Etat va ressembler. Va-t-il regarder vers le futur et travailler àcréer une société pacifiée, juste et moderne, àlaquelle nous aspirons tous ? Ou au contraire va-t-il se renfermer dans une espèce de frénésie fanatique et destructrice et dérober au peuple palestinien le fragile espoir d’un avenir meilleur ? Pour parvenir àla paix, il faut choisir la voie de la paix. Il appartient aux Palestiniens de démontrer au monde, et avant tout àeux-mêmes, qu’ils n’ont pas fait le choix de la guerre.

La paix ne peut être que le fruit de négociations et de dialogue entre deux parties qui ont décidé de lier leurs destins et de construire l’avenir ensemble. Nous ne sommes parvenus àla paix avec la Jordanie et l’Egypte que par des négociations directes. Imposer un fait dont nul ne sait s’il est basé sur une intention sincère n’est, àmon sens, pas un acte de paix et n’est dans l’intérêt de personne - y compris évidemment pas dans celui des Palestiniens.

Une action unilatérale viendrait également àl’encontre des principes définis par le Quartet. En 2003, la communauté internationale a établi trois principes qui stipulent, entre autres, le respect de tous les accords signés entre l’Autorité palestinienne et Israë l. Si nous demandons au Hamas de respecter ces conditions, il va sans dire que l’Autorité palestinienne doit les respecter aussi. Cette initiative palestinienne àl’ONU, coà»te que coà»te, en représenterait une violation flagrante.

Nous avons, avec les Palestiniens, un objectif commun. Israë l a fait le choix d’accepter le principe de deux Etats nations pour deux peuples. Un Etat juif au côté d’un Etat arabe palestinien. Cet "Etat juif" est mentionné dans la résolution 181 de l’ONU depuis novembre 1947. Cet Etat fut rêvé par le peuple juif durant des siècles.

Israë l sera le premier àreconnaître un Etat palestinien pacifique et progressiste. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Nous n’avons pas même la certitude, ou plutôt nous n’avons pour toute certitude que le refus constant de la part des Palestiniens de la reconnaissance de l’Etat juif.

Le fait que les Palestiniens aient décidé de mettre un terme àdes années de négociations, réclamant le "droit au retour" de leurs réfugiés en Israë l, ne peut que nous faire douter davantage de leur volonté réelle de reconnaître Israë l en tant qu’Etat du peuple juif. Le droit au retour doit se faire, de la façon la plus logique, la plus sensée, dans les frontières de l’Etat palestinien nouvellement créé. Suivant la logique palestinienne, il y aurait donc un nouvel Etat palestinien indépendant mais avec des réfugiés qui viendraient s’installer dans cet "autre Etat", Israë l ?

Les Palestiniens jouent aujourd’hui un jeu dangereux. Ils attisent les attentes et les espoirs du peuple palestinien, lui faisant croire àtoutes sortes de mirages, dont celui de l’ONU. A quoi ressemblerait le Moyen-Orient s’il devenait le terrain de décisions unilatérales ?

Il existe un débat interne au sein du gouvernement palestinien. De hauts responsables palestiniens sont conscients que cette voie unilatérale n’est peut-être pas une option souhaitable et doutent, comme de nombreux pays, de la sagesse de cette initiative àl’ONU. La coopération sécuritaire et économique avec Israë l, qui a contribué àl’éclosion d’une économie prospère en Cisjordanie ces dernières années, pourrait elle aussi être remise en cause.

Notre région vit une période d’espoir et d’incertitude. L’enjeu devrait être pour nous tous de soutenir et de renforcer les forces du progrès contre celles de l’intégrisme. Le printemps arabe a dévoilé au monde la nature barbare des régimes de Mouammar Kadhafi et de Bachar Al-Assad. Il a aussi présenté le visage de cette jeunesse arabe, luttant avec un courage extraordinaire, inimaginable, pour une vie meilleure et la liberté de mettre son dessein en accord avec le destin de son pays.

Une reconnaissance unilatérale n’est rien de plus que le mirage d’une victoire diplomatique qui ne fera pas avancer la paix mais au contraire n’aura pour résultat que de nous en éloigner encore davantage. Le temps est facteur de risques dans notre région. Revenir àla table des négociations, au plus tôt et sans conditions préalables, devrait être la priorité absolue.

Yossi Gal, ambassadeur d’Israë l en France