Boker tov amis auditeurs de Radio J, comme chaque année à cette période, hier a commencé la semaine du livre en Israë l. Pendant dix jours, dans toutes les villes israéliennes, les éditeurs présenteront leurs ouvrages aux lecteurs, vendus à prix réduit. Cet événement réunit chaque année des centaines de milliers de personnes, et selon un sondage réalisé par le quotidien Yediot Aharonot, 44% des personnes interrogées se rendront sur les stands de ces salons du livre en plein air pour y acquérir des livres.
En moyenne les israéliens lisent 4.6 livres par an, ce qui signifie que plus de 47% des israéliens lisent au moins quatre livres par an. En France, par exemple, le nombre de personnes lisant plus de 4 livres par n’atteint pas les 35% de la population. La production littéraire israélienne reste une des plus élevées au monde, 6285 nouveaux titres cette année.
Le lauréat du prix Sapir, que l’on peut comparer au prix Goncourt en France, Yoram Kaniouk a vendu près de 50.000 exemplaires de son livre, ce qui correspondrait à 500.000 exemplaires vendus en France, ce chiffre dépasse de loin celui des prix Goncourt des dernières années.
Si l’on considère qu’en Israë l, le nombre de livres lus en langue étrangère est quatre fois supérieur à celui des pays européens, pouvons-nous pour autant continuer à nous prévaloir du surnom de "peuple du livre" ? Ce n’est pas sà »r car 66% des habitants ignorent qu’un israélien, Samuel Yossef Agnon a obtenu le prix Nobel de littérature et la majorité des livres achetés restent des livres de cuisine, des guides pratiques et des ouvrages pour enfants.
L’univers de la littérature israélien n’échappe pas non plus aux lois du capitalisme et des monopoles financiers. Deux réseaux, Steimatzky et Tsomet Sefarim, trustent le marché du livre et imposent un dumping sévère aux éditeurs, qui se répercutent sur les droits d’auteur, inférieurs à ceux appliqués en France. Steimatzky avec 141 librairies et Tsomet Sefarim avec 83 points de vente représentent 80% du marché et régissent quasiment le milieu éditorial israélien.
La ministre de la Culture, Limor Livnat, a essayé d’imposer des règles pour assurer un seuil minimal des droits d’auteur, mais son projet de loi n’a pas abouti. Aujourd’hui le taux moyen des droits d’auteur en Israë l est inférieur à 3% du prix de vente du livre, car les éditeurs sont obligés de vendre les livres au tiers de leur prix officiel pour pouvoir "entrer" dans la liste des livres en promotion dans les deux chaînes de librairies.
Or, on le sait, la richesse d’une littérature vient de la capacité et de la volonté d’un éditeur de publier un auteur qu’il aime, même s’il n’est pas célèbre ou populaire, en son temps. La semaine du livre, même si elle n’est parfois qu’un grand happening, est aussi l’occasion de faire entendre la voix de la création littéraire, poétique, romanesque ou intellectuelle. Espérons que les muses seront entendues, car lorsqu’elles se taisent les sociétés se décomposent.