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Le don d’Obama pour menotter la paix
Par Herb Keinon - Jerusalem Post 10/06/2011 | Adaptation française de Sentinelle 5771 ©
Article mis en ligne le 12 juin 2011

Si vous voulez savoir ce que vont faire les Palestiniens demain, écoutez seulement ce que le président Barack Obama dit aujourd’hui. En mai 2009, après la première rencontre àla Maison Blanche entre Obama et le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le dirigeant des USA a fait un commentaire qui donna le ton des deux années àvenir et tua assez joliment toute chance de négociations : les implantations doivent cesser.

« Les implantations doivent cesser pour que nous allions de l’avant  », déclara-t-il.

Les Palestiniens, qui jusqu’alors n’avait jamais demandé un gel total des implantations – y compris dans des zones au-delàde la ligne verte àJerusalem – comme condition des négociations, entendirent Obama et se jetèrent [sur l’occasion]. Si c’est ce que le président américain disait, comment pouvaient-ils demander moins ?

Ou bien, comme le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas le dit lui-même dans un entretien à‘Newsweek’ en avril : « C’est Obama qui suggéra un gel total des implantations. Je dis d’accord, j’accepte. Nous montâmes tous les deux sur l’arbre. Après cela, il descendit avec une échelle et il retira l’échelle et me dit : saute  ».

Puis de nouveau en septembre 2010, àl’Assemblée Générale de l’ONU, Obama traita la question israélo-palestinienne exactement selon le gel des implantations de dix mois ordonné par Netanyahou devant arriver àson terme. « Nous avons parcouru une route semée de vents pendant les douze derniers mois, avec peu de pics et beaucoup de vallées  » dit-il.

Avec cette rhétorique caractéristique en forte ascension, Obama déclara : « Le conflit entre les Israéliens et les Arabes est aussi ancien que cette institution. Et nous pouvons revenir l’an prochain, comme nous l’avons fait depuis 60 ans, sans faire de longs discours àce sujet. Nous pouvons lire des listes familières de griefs. Nous pouvons soumettre les mêmes résolutions. Nous pouvons donner davantage de force aux forces du rejet et de la haine. Et nous pouvons gaspiller davantage de temps en prolongeant une dispute qui n’aidera pas un seul Israélien ou un enfant palestinien àobtenir une vie meilleure  »...

« Ou bien, poursuivit-il, nous pouvons dire que cette fois ce sera différent – que cette fois-ci nous ne laisserons pas le terrorisme, ou une turbulence, ou une posture, ou la politique politicienne barrer la route. Cette fois-ci, nous ne penserons pas ànous-mêmes, mais àla jeune fille de Gaza qui ne veut pas avoir de plafond àses rêves, ou au jeune garçon de Sderot qui veut dormir sans le cauchemar d’un tir de roquette  ».

« Cette fois-ci, nous devrions tirer les enseignements de tolérance qui reposent au coeur des trois grandes religions qui considèrent le sol de Jerusalem comme sacré. Cette fois-ci, nous devrions parvenir àce qui est le meilleur de nous-mêmes. Si nous le faisons, quand nous reviendrons l’an prochain, nous pourrons obtenir un accord qui conduira àun nouveau membre des Nations Unies – un Etat indépendant, souverain de Palestine, vivant en paix avec Israë l  ».

Et c’était terminé – soudain septembre 2011 était devenu une date limite pour déclarer un Etat Palestinien.

C’est vrai, Netanyahou avait dit, après avoir rencontré Abbas àWashington quelques semaines avant le discours d’Obama àl’ONU, qu’il croyait que « Nous devrions faire tous les efforts pour parvenir àun compromis historique pour la paix dans l’année àvenir  ». Mais c’était jusqu’àce qu’Obama parle de la Palestine comme un nouveau membre de l’ONU d’ici 2011 et que cette date était soudain devenue une référence.

Par exemple, depuis ce discours, l’Union Européenne (UE) a constamment posé septembre comme date limite de ces étapes, y compris la référence à« un accord cadre d’ici septembre 2011  », dans une déclaration publiée aussi récemment que le 23 mai par les dirigeants des pays européens – une déclaration àremarquer pour le degré en divorce apparemment total avec la réalité.

Quelqu’un croit-il vraiment qu’un accord cadre sera obtenu d’ici cette date, alors que les parties prenantes ne parlent même pas directement entre elles àce stade ? Encore une fois, Obama dit septembre 2011, et ni les Européens ni les Palestiniens ne vont paraître moins catholiques que le Pape.

Les Européens posèrent cette date limite dans leurs déclarations, et les Palestiniens ont exprimé leur détermination àaccomplir la prophétie d’Obama en septembre en demandant une reconnaissance par l’ONU d’un Etat palestinien – que cette reconnaissance signifie quelque chose ou non, et sans égards pour les conséquences. Obama plaça la barre, et les Palestiniens ne vont pas l’abaisser ; plutôt, ils feront tout ce qu’ils peuvent pour sauter par-dessus – même s’il n’y a pas de point d’atterrissage de l’autre côté.

Et le modèle d’Obama qui fait des déclarations et des Palestiniens adhérant àces déclarations comme leurs tactiques, s’est répété de nouveau le mois dernier.

Dans son discours au département d’Etat sur le Moyen-Orient le 19 mai, un jour avant l’arrivée attendue de Netanyahou sur place, Obama dit que « les questions centrales du conflit doivent être négociées, la base de ces négociations est claire : une Palestine viable, et Israë l en sécurité  »â€¦

« Les Etats Unis croient que les négociations doivent résulter en deux Etats, avec des frontières palestiniennes permanentes avec Israë l, la Jordanie et l’Egypte, et des frontières israéliennes permanentes avec la Palestine  »...

« Les frontières d’Israë l et de la Palestine doivent être fondées sur les lignes de 1967 avec des échanges mutuellement agréés, de façon que des frontières sà»res et reconnues soient établies pour les deux Etats  ». Obama posa aussi que sa politique sur la séquence de négociations, adhérant essentiellement àla position palestinienne en disant que les « les deux questions déchirantes et émotionnelles  » de l’avenir de Jerusalem et du destin des réfugiés Palestiniens devraient être reportées et discutées après que les questions du territoire et de la sécurité eurent été résolues.

Avec ce discours, Obama frappa une troisième fois. Si Obama déclarait que la base des négociations devait être les lignes de 1967, et que Jerusalem et les réfugiés devaient être reportés àune date ultérieure, alors qu’est-ce que les Palestiniens avaient àchicaner ? Et en effet, ils ne chicanèrent pas. De fait, serrer ces paramètres sur la poitrine fut exactement ce que fit mardi l’officiel de haut rang palestinien Saeb Erekat pendant un discours au ‘Saban Center’ de l’Institut Brookings àWashington.

Selon Jackson Diehl du journal ‘ Washington Post’, Erekat “joua une nouvelle position  » dans son discours, disant que des pourparlers ne pouvaient commencer que si Netanyahou acceptait formellement les paramètres des lignes de 1967 acceptés par Obama, chose dont Netanyahou avait fait savoir clairement qu’il n’avait pas l’intention de faire.

Si Netanyahou “veut être un partenaire [de paix], il doit déclarer : deux Etats sur les lignes de 1967 avec des échanges mutuellement acceptés, dit Erekat. Il a un choix  ». Erekat dit que sans cette déclaration, il n’y aurait pas de pourparlers, et que l’AP irait de l’avant dans sa poussée àl’ONU.

« Je n’ai pas de querelle avec les USA, déclara Erekat. Si M. Netanyahou dit qu’il accepte la solution àdeux Etats sur les lignes d e1967 avec des échanges agréés, il est branché  ».

Voilàle modèle : Obama fait une déclaration – une qu’Israë l ne peut pas accepter – et elle devient la toute nouvelle position de pré négociation palestinienne. Mais quand les Palestiniens s’emparent de cette position – sachant parfaitement que c’est une source de friction entre les USA et Israë l – elle semble destinée non pas àpromouvoir une solution, mais àdistendre les liens Israë l-USA.

Erekat, déclara Diehl “laissa persister peu de doutes du fait qu’il jouait sur une position en réponse aux efforts du gouvernement Obama pour redémarrer des négociations – position qui apparait moins destinée àfaire avancer le processus [de paix] qu’àapprofondir la discorde entre les Israéliens et le gouvernement des USA  ».

Les commentaires d’Erekat, de plus, sont venus àun moment où l’hypothèse opérationnelle àJerusalem est, et a été depuis des mois, qu’Abbas n’a pas le moindre désir au monde de négocier avec Netanyahou.

En faveur de cette hypothèse, le câble diplomatique arrivé au ministère des affaires étrangères cette semaine de la part d’un diplomate officiel de haut rang àWashington, qui a rencontré un officiel palestinien en poste là-bas. Le câble faisait savoir clairement que l’officiel palestinien croyait qu’Abbas avait l’intention d’aller àl’ONU en septembre, et qu’il « avait décidé d’abandonner le processus [de paix], et n’avait pas l’intention de revenir aux négociations  ». Le câble disait aussi qu’àce stade dans le temps, Abbas était d’abord préoccupé par son legs historique.

Ce qu’Obama fait avec ses diverses déclarations, c’est de donner àAbbas la couverture pour se tenir àl’écart des négociations, tout en reprochant àIsraë l sa propre position de rejet.

Exactement comme Netanyahou ne pouvait, pour de multiples raisons – déclarer un autre moratoire sur les implantations, obliger Obama àfaire marche arrière sur cette exigence, il est aussi improbable qu’il acceptera maintenant de revenir àdes négociations basées sur les lignes de 1967, avec des échanges mutuellement agréés, àmoins que quelques « petits gestes  » très significatifs ne soient jetés dans la balance : comme une reconnaissance palestinienne d’Israë l comme l’Etat-nation du Peuple juif, une formule qui impliquerait l’abandon du rêve palestinien d’un « droit de retour  ».

Mais les chances que cela advienne sont minces en effet. Préoccupé par son legs historique, Abbas n’est pas enclin àdescendre dans les livres d’histoire palestiniens comme celui qui ferma la porte du « retour  » aux descendants de réfugiés palestiniens àHaïfa, Jaffa et Safed.

Les négociations, par conséquent, sont restées barrées en chemin, et Obama a démontré une étrange habileté – par ses déclarations – àmenotter le processus diplomatique qu’il tente lui-même de faire avancer.


http://www.jpost.com/Features/FrontLines/Article.aspx?id=224384