Alors qu’en ce matin de « Journée de la nakba  », les services de sécurité étaient surtout focalisés sur les événements attendus en Cisjordanie et sur la question de savoir si les services de sécurité palestiniens freineraient les manifestations avant que celles-ci ne tournent à l’affrontement avec Tsahal, Israë l a été surpris sur un autre front, le plus tranquille depuis trente-six ans : la frontière du plateau du Golan avec la Syrie.
Le commandement militaire de la région nord s’était préparé à la possibilité que des réfugiés palestiniens de Syrie ou du Liban tentent de parvenir à la clôture frontalière en différents points. Des renforts avaient été déployés là où les services de renseignement estimaient qu’un affrontement pourrait se déclencher. Il avait également été décidé que d’autres unités de l’armée, venues s’entraîner sur le plateau du Golan, se rendraient sur les lieux en une demi-heure si « certaines limites  » étaient franchies.
Le long de la frontière entre le Golan et la Syrie, les services de renseignement avaient pointé du doigt le poste-frontière de Quneitra comme un endroit problématique et des renforts avaient été déployés en conséquence. Quant à la « colline des cris  », située face à la localité druze de Majdal Shams, on estimait que la manifestation qui devait s’y dérouler se terminerait sans incident particulier, comme cela a été le cas les années précédentes.
Bien que les réfugiés et les militants aient été appelés sur Facebook à se rendre à la « colline des cris  » et que dès le matin, une cinquantaine d’autocars et plus de trois mille manifestants y étaient présents, en milieu de journée seuls deux véhicules de patrouille et une dizaine de réservistes étaient présents le long de la clôture frontalière.
Près d’un millier de personnes, dont des femmes et des enfants, ont alors commencé à dévaler la pente qui mène à la frontière. Ils ont franchi un champ de mines et tout s’est mis alors à aller très vite. Près de trois cents personnes sont parvenues à la clôture et, en quelques minutes, ont réussi à l’arracher et à pénétrer sur le territoire israélien.
Les réservistes avaient reçu des ordres très clairs : ne tirer sous aucun prétexte sans l’autorisation du commandant du régiment. Ils ont donc utilisé les quelques grenades aveuglantes et lacrymogènes dont ils disposaient, sans parvenir à freiner les manifestants, en majorité des Palestiniens du camp de réfugiés de Yarmukh, près de Damas.
Même quand plusieurs dizaines de manifestants ont encerclé les véhicules de patrouille, certains grimpant même dessus en brandissant des drapeaux palestiniens, les soldats n’ont pas ouvert le feu. Plusieurs centaines de Druzes de Majdal Shams se sont alors joints à l’agitation, jetant des pierres en direction des soldats.
Des renforts, sous le commandement d’officiers supérieurs, ont été dépêchés sur les lieux. Premier officier à arriver sur place, le commandant du régiment du Golan, le colonel Eshkol Choukroun, a autorisé les soldats à tirer en l’aire. Plus tard, a-t-il expliqué, il a ordonné de tirer en direction des membres inférieurs des personnes franchissant la frontière, en particulier des meneurs. Une quarantaine de personnes ont été blessés par les tirs et un manifestant a été tué. Selon les Syriens, trois autres manifestants ont été tués du côté syrien de la frontière.
Cent trente sept personnes sont toutefois parvenues à pénétrer sur le territoire israélien, se sont dirigées vers le centre de Majdal Shams où elles ont manifesté. A ce stade, plusieurs centaines de soldats étaient déjà déployés le long de la frontière, assistés de plusieurs centaines de policiers et de membres de l’administration pénitentiaire. Treize Israéliens, militaires et civils, ont été blessés par des jets de pierres.
Une fois la frontière fermée et la zone encerclée par la police, les forces de l’ordre ont entamé des négociations avec les infiltrés, par l’intermédiaire de dignitaires de la communauté druze, pour permettre leur retour en Syrie en coordination avec les forces des Nations-Unies. A 17 heures, tous les manifestants étaient de retour en Syrie après être passés au poste-frontière de Quneitra.
Au sein du commandement militaire de la région nord on accuse le régime du président Bachar Assad d’avoir encouragé cet événement « afin de détourner l’attention de ce qui se passe dans son pays  ». Selon ces responsables militaires, « Derrière tous les événements en Syrie et au Liban se cache l’Iran  ».
Le bilan des affrontements à Majdal Shams n’a pas été le plus meurtrier. Selon des sources libanaises, au moins dix manifestants ont été tués dans la localité frontalière de Marun a-Ras. Tsahal affirme de son côté que ces manifestants ont été tués par les tirs de l’armée libanaise qui, selon des officiers israéliens présents sur les lieux, « a tiré sans discernement  ».
Quoi qu’il en soit, Tsahal était là bien préparé et des renforts avaient été déployés si bien qu’à aucun moment on n’a pu craindre que des manifestants franchissent la frontière.
Les événements violents dans le nord ont fait oublier hier après-midi les événements en Cisjordanie. Rassurés par la violence toute relative des manifestations du week-end, les responsables du commandement militaire de la région centre se sont surtout préparés à la grande manifestation prévue à Ramallah. Tandis que plusieurs milliers de manifestants se rassemblaient place Manara, quelques centaines de jeunes ont commencé à se heurter aux forces israéliennes dans le camp de réfugiés de Qalandia.
Pendant près de sept heures, quelques deux cents Palestiniens ont jeté des pierres et des pneus en feu vers les soldats qui ont riposté par des tirs de grenades lacrymogènes. Plusieurs dizaines de Palestiniens ont été légèrement blessés mais le commandant de la région centre, le général Avi Mizrahi, s’est dit satisfait de la manière dont Tsahal est parvenu à contenir l’événement. Certains des manifestants place Manara ont tenté de se rendre à Qalandia pour se joindre aux affrontements mais en ont été empêchés par les forces de l’ordre palestiniennes. A Hébron également, des policiers palestiniens ont interpellé des militants du Hamas qui tentaient de se diriger vers le quartier juif de la ville. La coopération étroite entre services de sécurité israéliens et palestiniens s’est poursuivie tout au long des trois derniers jours.
Des affrontements ont également eu lieu le long de la frontière avec la bande de Gaza. Plusieurs centaines de Palestiniens ont franchi un barrage du Hamas et ont tenté de parvenir à la clôture frontalière, près du point de passage d’Erez. Tsahal a ouvert le feu en direction des membres inférieurs des manifestants, blessant plusieurs d’entre eux. Près de Nahal Oz, Tsahal a abattu un Palestinien qui tentait, semble-t-il, de poser une charge explosive le long de la frontière.