Un rapport interne et confidentiel du ministère des Affaires étrangères, qui comprend des recommandations quant à la politique qu’Israë l doit adopter face à la création d’un gouvernement commun au Fatah et au Hamas, affirme que la démarche palestinienne est une opportunité stratégique qui pourrait servir Israë l. Ces recommandations sont l’expression d’opinions opposées à la ligne que mène depuis une semaine le Premier ministre Netanyahu contre l’accord que les Palestiniens signeront aujourd’hui au Caire.
« La démarche palestinienne ne représente pas uniquement un risque sur le plan de la sécurité mais aussi l’occasion stratégique de créer un changement authentique sur la scène palestinienne. Un tel changement est susceptible de servir à long terme les intérêts israéliens  », est-il écrit dans ce rapport rédigé par le département de la prospective du ministère.
Plutôt que de rejeter du tout au tout la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, les auteurs du rapport suggèrent qu’Israë l adopte « une approche constructive qui renforcera le dilemme auquel seront confrontés les Palestiniens  » quant à la plateforme de ce gouvernement et le refus du Hamas de reconnaître Israë l.
Les auteurs du rapport estiment qu’une attitude plus positive de la part d’Israë l contribuera à ses relations avec les Etats-Unis : « Israë l doit jouer un jeu collectif et coordonner avec le gouvernement américain sa réaction au gouvernement d’union palestinien. Cela renforcera les Etats-Unis et servira les intérêts israéliens  ».
Ils ajoutent que la réaction israélienne à la création du gouvernement d’union nationale se doit d’être mesurée et de prendre en compte la nécessité de faire face à la volonté palestinienne d’obtenir en septembre, lors de l’assemblée générale des Nations-Unies, la reconnaissance internationale d’un Etat. « Il faut s’abstenir de déclarations ou de démarches qui risquent de restreindre la marge de manÅ“uvre d’Israë l face aux Palestiniens et sur la scène internationale, surtout en vue des défis stratégiques qui nous attendent cette année  », est-il écrit dans le rapport.
Hier encore, le Premier ministre Netanyahu s’en est pris à l’accord entre le Fatah et le Hamas et a appelé le président de l’Autorité palestinienne, Mahmud Abbas (Abou Mazen), à l’annuler immédiatement. « L’accord entre Abou Mazen et le Hamas porte gravement atteinte au processus de paix  », a déclaré M. Netanyahu lors d’une rencontre avec l’émissaire du Quartette, Tony Blair. « Comment peut-on parvenir à la paix avec un gouvernement dont la moitié appelle à anéantir Israë l et, qui plus est, fait l’éloge de l’assassin Oussama Ben Laden ?  »
Une des autres recommandations du rapport est l’envoi d’une délégation au Caire pour renforcer la coordination avec le gouvernement provisoire égyptien. Yitzhak Molho, conseiller du Premier ministre, se rendra dimanche prochain au Caire où il rencontrera le ministre des Affaires étrangères, Nabil al-Arabi, ainsi que d’autres officiels de haut rang.
Le Premier ministre Netanyahu s’entretiendra aujourd’hui à Londres avec le Premier ministre britannique, David Cameron, puis rencontrera demain à Paris le président Nicolas Sarkozy. M. Netanyahu demandera à MM. Cameron et Sarkozy de s’opposer à la création d’un gouvernement palestinien d’union nationale et de contribuer à freiner la démarche palestinienne à l’ONU. Reste qu’aussi bien la Grande-Bretagne que la France ont exprimé ces derniers jours leur soutien à la réconciliation palestinienne et que les deux pays tendent à soutenir aussi la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien en septembre.
Le président Sarkozy a déclaré hier que, si les pourparlers ne reprennent pas, la France pourrait reconnaître cette année un Etat palestinien indépendant. « Si le processus de paix est toujours au point mort en septembre, la France prendra ses responsabilités sur la question centrale de la reconnaissance de l’Etat palestinien  », a déclaré M. Sarkozy dans un entretien à l’hebdomadaire L’Express. « L’idée qu’on a le temps est une idée dangereuse. Il faut conclure avant la réunion de l’ONU en septembre  ».
Selon le président Sarkozy, les pays de l’Union européenne prévoient dans les mois prochains « de relancer, avec les Américains, le processus de paix, parce que l’Europe ne peut être le premier payeur pour la Palestine et demeurer un nain politique dans ce dossier  »