La plus grande chasse à l’homme jamais orchestrée par un Etat contre un individu a pris fin hier. Il est difficile en effet de comptabiliser les ressources matérielles et humaines, les efforts diplomatiques et technologiques qui ont été investis depuis dix ans et qui ont abouti hier à la mort d’Oussama Ben Laden d’une balle dans la tête. Le président Bush avait promis qu’il serait pris « mort ou vif  », le président Obama a respecté cette promesse. Une justice basique de western, rien de plus moral.
Rien d’étonnant à ce que les Américains aient réagi à l’élimination par des manifestations de joie dans les rues. C’est là la réaction saine et normale d’une nation qui tient à la vie. Ils n’ont pas honte de leur vengeance, ne s’auto-flagellent pas. On peut se demander comment le monde réagirait si Israë l éliminait Hassan Nasrallah.
A cette chasse à l’homme ont participé le meilleur des services de renseignement mondiaux, y compris le Mossad. Le fait qu’une telle recherche se prolonge sans succès pendant dix ans, démontre avant toute chose les limites de la force. Il y a là une leçon évidente pour Israë l, qui balbutie dans le dossier Shalit : Il aurait fallu décider de son retour comme d’une priorité nationale, allouer des moyens en conséquence et agir constamment dès le premier jour.
Oussama Ben Laden a été éliminé mais laisse derrière lui un héritage et un réseau dense de terroristes dans le monde entier. Ce réseau cherchera à commettre rapidement une opération de représailles. Un tel attentat aura aussi un autre objectif : faire apparaître les nouveaux dirigeants d’al-Qaïda et leur servir en quelque sorte de carte de visite.
Jusqu’à présent, les cibles choisies par les organisations affiliées à al-Qaïda ont surtout appartenu à des pays occidentaux ou à des régimes arabes, comme lors du dernier attentat visant un café touristique au Maroc. Israë l n’était pas leur priorité. Mais bien sà »r, si une cible israélienne attrayante se présente, elles n’hésiteront pas.
A plus long terme, l’élimination d’Oussama Ben Laden pourrait mener toute le mouvement du Jihad mondial à la croisée des chemins. S’il échoue à mettre en œuvre l’attentat d’envergure qui stabilisera son réseau on pourrait bien assister à un tournant historique et le courant du terrorisme islamique radical instauré par Ben Laden pourrait commencer à s’émousser.