La victoire que représente pour les Américains l’élimination d’Oussama Ben Laden est avant tout une victoire dans les esprits. Mais, les guerres modernes étant des guerres médiatiques, il s’agit là d’une réussite stratégique.
Au lendemain de l’élimination de Ben Laden, on ne peut pas dire que le monde est plus sà »r. A court terme, il est même bien plus dangereux (surtout pour les Américains). Nombreux sont ceux qui tenteront maintenant de perpétrer un attentat de représailles. Néanmoins, au lendemain de l’élimination de Ben Laden, on peut dire que le monde est meilleur. Les Américains ont réglé leurs comptes et ont prouvé à nouveau que, même si leur machine fonctionne lentement, elle finit par agir.
Le président Obama est le grand vainqueur cette semaine. Sauf imprévu, cette opération est pour lui un événement fondamental. Si, avant-hier encore, il fallait que quelque chose d’exceptionnel arrive pour qu’il soit réélu, depuis hier il faudrait que quelque chose d’exceptionnel arrive pour qu’il ne soit pas réélu.
Passons maintenant à Netanyahu. Nul doute que le Premier ministre s’est réjoui de la mort de Ben Laden. Mais, après un instant de réflexion, il a compris que cela lui causerait des ennuis, peut-être même de gros ennuis. Lorsqu’il se rendra le mois prochain à Washington, il y trouvera un président transformé. Face à lui, il n’aura plus un canard boiteux mais un cygne noir. L’élimination de Ben Laden devrait rendre à Obama sa confiance en soi et réduire sa patience à l’égard de notre jardin d’enfants au Proche-Orient. Il aura besoin de faire rapidement un geste en direction du monde musulman. Ce genre de geste se fait en général aux dépens d’Israë l. Les hésitations sans fin concernant la présentation d’un plan de paix américain risquent d’aboutir à une décision qui ne réjouira pas Netanyahu.
Pour finir on peut évoquer, comme d’habitude, l’hypocrisie : Des innocents ont été tués lors de l’élimination de Ben Laden (on ignore encore combien), de la même manière que des innocents ont été tués lors de l’élimination du fils de Kadhafi ou lors de tous les bombardements de l’OTAN en Libye et de la même manière que d’innombrables innocents sont morts dans mille et une opérations parmi celles que mène l’Occident dans sa guerre contre le terrorisme. Reste que nul n’y trouve rien à redire, personne n’envisage d’alerter le juge Goldstone ou de convoquer le Conseil de sécurité. Cela n’arrive que quant il s’agit d’Israë l.