A mesure que s’écoulent les jours de cette campagne militaire, les interrogations et l’embarras se multiplient autour de la question de savoir « mais où va la guerre en Libye ?  ». Des alliés comme la Grande Bretagne ou la France sont impliqués militairement dans la guerre civile libyenne, tandis que les Etats-Unis ne sont plus considérés, aux yeux du reste du monde, comme les dirigeants de cette opération. C’est bien la guerre de Cameroun & Sarkozy plutôt que celle d’Obama.
Les Etats-Unis, le plus importante puissance militaire au sein de l’OTAN, ne parviennent pas à unir la coalition militaire, ni à définir clairement ses objectifs, si bien que l’Allemagne a exprimé ses réserves et ses doutes. Le président Obama est perçu, nous le savons, comme un homme pour qui la défense des droits de l’homme est chère.
Mais celui qui a autorisé le lancement de missiles Tomahawk sur la Libye, et son bombardement par des avions furtifs qui ont traversé l’océan à cette occasion, n’explique pas au monde, et notamment à ses citoyens, la chose suivante : Pourquoi les Etats-Unis aident les rebelles libyens, mais pas les yéménites, qui se soulèvent contre le régime du tyran Abdallah Ali Salah ? Ou encore : est-ce que les Etats-Unis vont apporter leur aide au soulèvement populaire contre Bachar Assad dans le Hauran syrien ? Comment est-ce possible que les Etats-Unis, en se gardant d’agir ou de réagir, aident en effet à préserver des régimes non moins obscurs que celui de Kadhafi ?
Face à ses interrogations, les dirigeants britannique et français semblent en revanche être déterminés. Ils ont l’air d’être de véritables leaders, si bien qu’un commentateur du Washington Post, un journal qui n’est pas soupçonné d’hostilité à Obama, a affirmé : « Sur la question libyenne, les Etats-Unis ne dirigent pas, ils sont dirigés  ».
Sarkozy se trouve en première ligne dans la lutte contre la Libye mais mène une guerre d’usure chez lui / Dana Herman, correspondante à Paris – Haaretz
On peut excuser ceux qui pensent que la semaine qui vient de s’écouler était la semaine de Sarkozy : le président français a eu le mérite de faire pression pour qu’une résolution en faveur d’une action en Libye soit adoptée, de réunir les dirigeants occidentaux, arabes et africains à Paris pour coordonner la réponse à donner à Kadhafi, et de porter les premiers coups à son régime tyrannique. Et en effet, de nombreuses louanges lui ont été faites dans le monde entier.
Mais cela ne l’aide pas dans son propre pays. Lors des cantonales qui se sont tenues avant-hier, l’UMP n’a obtenu que 18 % des suffrages des rares citoyens qui se sont rendus aux urnes. Le résultat de cette élection, qui est interprété comme une « grave mise en garde  » au président et à son parti, illustre le peu de popularité de Sarkozy. Vu l’engouement pour l’extrême droite de Marine Le Pen, il semble possible que Sarkozy soit battu lors des présidentielles prévues pour l’année prochaine.
Comment expliquer l’écart entres ces éloges et cette défaite [prévue] aux urnes ? « Cette situation rappelle la première guerre du golfe. George Bush le père l’avait gagnée, mais avait été battu ensuite par Bill Clinton. La raison en était l’économie  », explique Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’IFRI. « Les Français sont fiers de leur président, mais ils ne font pas le lien entre la politique extérieure et intérieure  », ajoute-il, avant de conclure : « avec un taux de chômage élevé, et une forte crainte des immigrés, les Français iront aux urnes avec un sentiment maussade et vindicatif  ».