Les Saoudiens se préparent à leur première manifestation de protestation
A quelques encablures du premier Jour de Colère, planifié en Arabie Saoudite pour le 11 mars, une personnalité centrale iranienne, proche du Président Mahmoud Ahmadinedjad a mis en garde Riyad, ce mercredi 2 mars, contre le lancement de toutes mesures de sécurité ou toute action de répression contre les deux millions de chi’ites du Royaume qui vivent et travaillent dans les régions pétrolifères de l’Est.
L’Arabie Saoudite, le plus grand exportateur de pétrole au monde, couvre 40% des besoins pétroliers de la planète. Les sources sécuritaires saoudiennes et d’autres pays du Golfe ont désigné cette mise en garde iranienne comme une ingérence sans précédent dans les affaires intérieures de l’Arabie Saoudite et un appel direct à la minorité chi’ite à se soulever contre le trône, sous la protection du bouclier iranien. Il (l’Iran) allume également la mèche pour réalimenter les émeutes chi’ites au Bahreïn, fomenter des troubles parmi les minorités chi’ites des autres émirats du Golfe et, en poussant plus loin, compliquer la situation explosive au Yémen.
A Washington, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton est allée encore plus loin, pour la première fois depuis le début de cette vague de trois mois d’insurrections arabes, en accusant l’Iran d’employer ses supplétifs libanais du Hezbollah pour fomenter des incidents dans le monde arabe. S’adressant au Comité pour le Budget au Sénat, mercredi 2 mars, elle a déclaré : « Ils font tout ce qu’ils peuvent pour influencer les conséquences de ce qui arrivera dans ces zones  », en citant l’Egypte, le Bahreïn, le Yémen et les Palestiniens, mais pas l’Arabie Saoudite. « Ils utilisent le Hezbollah pour communiquer avec leurs homologues… au sein du (mouvement palestinien) Hamas, qui ensuite, communique en retour avec ses partenaires en Egypte  ».
Les sources de Debkafile à Washington remarquent que les allégations qu’elle a soutenues contre l’influence de l’Iran contredisent la position prise par le Chef de l’Etat-Major, l’Amiral Mike Mullen, qui a répété inlassablement, tout au long des dernières semaines, que les soulèvements n’avaient qu’une origine interne et que l’Iran ne cherchait pas à susciter l’agitation. Les paroles de Clinton vont aussi à l’encontre de la vision présentée par le Secrétaire à la Défense Robert Gates, le 1er mars, selon laquelle les troubles dans les pays arabes constituaient un sérieux revers pour l’Iran et al Qaeda.
L’Administration Obama est clairement divisée dans sa lecture des soulèvements dans les pays arabes et sur le rôle qu’y joue l’Iran, indiquant qu’alors que les troubles entrent dans leur troisième mois, une politique cohérente devrait encore être formulée au sein de la Maison Blanche.
L’avertissement à Riyad provient du parlementaire iranien Mohammed Dehgan, l’un des membres les plus proches et les plus influents du cercle rapproché d’Ahmadinedjad. Il a été formulé dans des termes abrupts et lapidaires : « Les cercles dirigeants saoudiens devraient savoir que le peuple saoudien est devenu vigilant et ne permettra absolument pas aux dirigeants du pays de commettre aucun crime éventuel contre lui  », a déclaré Dehgan. « L’Arabie Saoudite sera tenue pour responsable de l’élimination du peuple chi’ite et sunnite dans le pays durant de nombreuses années  »
Il a poursuivi en menaçant l’Arabie Saoudite, dont la population chi’ite représente au moins 15% de sa population totale, du fait qu’elle pourrait bien être la prochaine cible de la révolution qui se répand dans le monde arabe. Le député iranien a continué en mettant l’Arabie Saoudite en garde contre toute ingérence dans les évènements au Bahreïn et au Yémen. Dehgan et d’autres responsables iraniens importants ont également exigé de l’Arabie Saoudite qu’elle cesse de prendre les empreintes digitales des iraniens entrant dans le Royaume – ou qu’elle devrait faire face à des représailles.
Les sources de Debkafile dans le Golfe ont mis à jour trois conséquences majeures dans l’avertissement iranien sévère à Riyad :
1. Pour la première fois, Téhéran affiche une position ouverte sur les soulèvements dans le monde arabe, utilisant ses minorités chi’ites comme leviers de manipulation.
2. L’Iran, pour la première fois, montre ses muscles dans le rôle qu’il convoite de superpuissance régionale qui ne se gêne pas en appelant au renversement des états pétroliers et en défiant la suprématie des Etats-Unis.
3. L’Iran exige que Riyad suspende les mesures préventives que le renseignement et la sécurité saoudiens ont menées depuis quelques jours pour faire avorter un soulèvement chi’ite, lors du Jour de Colère, comprenant les arrestations de militants politiques et religieux.