Aujourd’hui est le jour décisif pour le régime égyptien. Ce n’est pas un hasard si le porte-parole de l’armée a déclaré hier que l’armée est avec le peuple et n’ouvrira pas le feu sur les manifestants. L’armée n’est pas encore passée dans le camp des manifestants et c’était là un avertissement implicite adressé aux Frères musulmans. Hier on évoquait en effet la possibilité que des affrontements armés éclatent entre l’armée et des groupes armés issus des Frères musulmans qui pourraient profiter de la « marche du million  » pour créer un chaos qui leur permettrait d’accéder au pouvoir.
Aujourd’hui ce sont les unités spécialisées dans le contrôle des manifestations, et non l’armée, qui devraient être confrontés aux manifestants. Mais les ordres donnés aux commandants militaires sont les suivants : Si des manifestants ouvrent le feu sur les forces de l’ordre, l’armée ripostera. Ce sera un test déterminant quant à l’obéissance de l’armée au régime actuel.
Si la « marche du million  » se déroule sans incident particulier, le pouvoir gagnera encore un peu de temps, fera un pas en direction des manifestants, s’engagera à organiser des élections démocratiques et, en attendant proposera la mise en place d’une commission de dialogue avec l’opposition. Mais il restera en place dans l’espoir que la vague est passée et que les forces de l’ordre sont avec lui. Mais si la manifestation dégénère, le régime commencera à s’effriter.
On a peu entendu les Frères musulmans au cours des premiers jours de manifestation dont l’ampleur les a surpris. Aujourd’hui en revanche, ils sont un des moteurs de la « marche du million  ».
Le point faible de l’opposition égyptienne ce sont ses dirigeants. En réalité, personne n’est capable d’unir le peuple et de lui offrir une alternative au régime actuel. Même les Frères musulmans ont du mal aujourd’hui à mettre en avant des personnalités d’une stature équivalente à un Khomeiny. Ce qu’ils pourraient faire c’est profiter de la crise pour rapatrier des groupes d’exilés et notamment le cheikh Yussuf Kardawi dont les interventions sur al-Jazira sont très populaires en Egypte et dans le monde arabe.