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Le Monde explique la politique àEhud Barak
J.P Katz
Article mis en ligne le 22 janvier 2011

Une fois de plus, les éditorialistes du Monde endossent la blouse du maître d’école et expliquent aux israéliens ce qu’ils doivent faire et penser dans cet édito du 21 janvier (lien).
La charge démarre par un commentaire gratuit sur le nom du parti créé par Barak « pompeusement nommé Indépendance  ». On prie instamment les hommes politiques de consulter les spécialistes du « Monde  », journal au nom d’une modestie évidente.

Le quotidien poursuit en accusant Barak de « parapher l’acte de décès politique du "camp de la paix" qui avait précédé, accompagné et soutenu les accords d’Oslo, en 1993.  »
Oserait-on suggérer que la région n’est pas restée figée depuis 1993, et que si le journal regrette que ces accords n’aient pas été appliqués, la faute en incombe au moins autant aux palestiniens qu’aux israéliens ? J’ajoute que les électeurs israéliens sont suffisamment adultes pour se choisir leurs représentants en dépit des atermoiements du Monde, qui considère que « les travaillistes apparaissaient comme les garants du pragmatisme et de la raison.  » Autrement dit, la droite n’est qu’idéologie et passion, comme si l’idée de paix n’était guidée que par des arguments rationnels d’une part, et qu’il suffirait d’un parti travailliste au pouvoir pour débloquer le trop fameux « processus de paix  ». Or, les travaillistes ont été aux manettes depuis 1993 àplusieurs reprises sans succès, malgré l’offre du même Barak àArafat que son propre camp jugeait trop généreuse. Ce même Arafat l’a d’ailleurs refusée avant de déclencher la deuxième intifada, manière étrange de poursuivre des négociations que le Fatah souhaite reprendre aujourd’hui. Le journal suspecte plus loin Barak d’avoir faire croire que l’échec des négociations de 2000 incombait àArafat (ce qui confirme Bill Clinton), mais ne juge pas utile d’étayer sa position (Enderlin a du passer par là).

La leçon d’histoire se poursuit : « la gauche sioniste (parti Meretz et travaillistes) pèse aujourd’hui moins que les partis ultrareligieux, ce qui doit faire se retourner dans leurs tombes les pionniers laïques du Yichouv.  » Le Monde classe donc les sionistes en deux camps, les gentils de gauche, et les méchants religieux ou de droite. Que la situation ait changé radicalement depuis les années 30 n’a pas d’importance, on fait se retourner dans leurs tombes des dirigeants qui ignoraient que les palestiniens allaient tuer leurs petits-enfants àMaalot ou au Delphinariom.

Las, Barak devient donc un homme de droite, se souciant comme d’une guigne du bien être général, prêt àtout pour conserver son siège (les hommes politiques se ressemblent àla vérité, Mahmoud Abbas étant président de l’AP alors que son mandat est échu).

Nouvelle citation complètement partisane : « De ce champ de ruines, n’émergent que deux vainqueurs : (...) Benyamin Nétanyahou, et son ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, (...) le second ne songeant qu’àremplacer le premier àla tête du gouvernement  ».
Que Lieberman ait de l’ambition, je ne vois pas où est le scoop, mais on être sà»r que si le Likoud reculait demain àun tel étiage électoral, Le Monde ne parlerait pas de champ de ruines mais de progrès démocratique. L’hémiplégie s’aggrave !

Enfin, l’éditorial finit en rendant le blocus israélien et le boycott occidental envers Gaza responsables des enlisements actuels. La conclusion est simple : le journal appelle àla négociation avec le Hamas, tout en demandant l’ouverture de ses frontières (àla fourniture d’armes par exemple), en imaginant que tous les acteurs (sauf la droite israélienne) souhaitent une paix de tous dans les limites du cessez-le-feu de 1967. Une seule chose manque, obstinément : le respect des choix démocratiques des citoyens israéliens, arabes, juifs, musulmans et chrétiens.