Grâce à une incroyable prouesse technologique, des experts informatiques anonymes sont parvenus à infiltrer les systèmes nucléaires iraniens – et à provoquer un chaos total. Eric Byres était choqué. Assis à son bureau de Vancouver au Canada quelques semaines auparavant, il commençait à filtrer quelques unes des questions soumises par Internet pour obtenir l’accès à des parties réservées du site Internet de sa compagnie, ‘Tofino Security’, qui fournit des solutions de sécurité pour ordinateurs à de grandes industries.
L’une des demandes attira son attention. C’était le nom d’une personne de sa connaissance d’une des grandes industries avec lesquelles Tofino travaille.
Byres appela sa connaissance pour savoir pourquoi il signait de nouveau sur le site où il avait déjà un compte. Son ami était surpris et répondit que quelqu’un d’autre devait avoir pris sa place. Cela déclencha une alarme qui conduisit Byres à examiner les listes de nouvelles demandes reçues dans les mois récents. Ce qu’il découvrit était stupéfiant.
« Ce qui a attiré notre attention, c’était que l’an passé nous pouvions avoir eu une ou deux personnes en Iran essayant d’accéder aux zones sécurisées de notre site, dit Byres. L’Iran n’avait jamais été sur notre carte et tout à coup, nous avons maintenant une quantité massive de personnes venant sur notre site Internet et des gens que nous pouvons identifier comme étant en Iran  ».
Byres dit que certaines personnes s’identifiaient ouvertement comme Iraniens en demandant la permission d’accéder à son site Internet, alors que d’autres étaient des employés anonymes d’industries avec lesquelles il travaille fréquemment.
« Il y a beaucoup de gens essayant d’accéder dans les zones sécurisées directement depuis l’Iran et d’autres qui mettent ensemble de fausses identités, dit-il. Nous parlons de centaines de gens. Ce peuvent être des gens curieux de ce qui se passe, mais nous sommes un site tellement spécialisé que cela ne pourrait avoir de sens que pour des gens impliqués dans les systèmes de contrôle  ».
Mais pourquoi visiter le site de Tofino pour commencer ? La réponse s’appelle ‘Stuxnet’, quelquefois qualifiée de ver, ou de virus, ou de ‘maliciel’ et soupçonnée d’avoir provoqué de sérieux dégâts aux installations nucléaires de l’Iran, en particulier son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz.
Certains experts en sécurité ont appelé Stuxnet une ‘arme’, déclarant que le dommage causé a été aussi efficace qu’une frappe militaire, faisant possiblement reculer le programme nucléaire iranien. L’un d’entre eux, Ralph Langer de Hambourg a été l’un des premiers à étudier le code de Stuxnet, qu’il a décrit comme aussi sophistiqué qu’un programme pour des missiles.
Sans accès à l’Iran cependant, il est difficile de valider ces supputations, bien que cela puisse avoir été ce que le chef sur le départ du Mossad, Meir Dagan a essayé de faire au début janvier quand il déclara à des journalistes que l’Iran ne serait pas capable de produire une arme nucléaire jusqu’en 2015, légère reculade sur l’estimée antérieure qui plaçait cette étape d’ici l’an prochain environ.
Les USA auraient aussi œuvré pour ajuster leur évaluation du programme nucléaire de l’Iran et publieront à brève échéance une nouvelle Estimée Nationale du Renseignement (NIA).
D’autres experts sont plus prudents sur l’impact de Stuxnet, déclarant que même s’il a causé un dommage, il a probablement été réparé. Quoiqu’il en soit, Stuxnet est le signe qu’une nouvelle ère de la guerre est survenue – l’ère de la guerre électronique.
« Combattre dans la dimension électronique est aussi significatif que combattre dans la dimension aérienne au début du 20ème siècle  » a dit l’ancien chef du Renseignement militaire le Major Général (2ème section) Amos Yadlin lors d’un discours politique l’an passé. « Garder une longueur d’avance dans ce domaine est particulièrement important, étant donné le rythme vertigineux du changement… Comme un avion sans pilote, c’est une utilisation de la force qui peut frapper sans considérer la distance ou la durée, et sans mettre en danger la vie des combattants  ».
Il n’exagérait pas. Il dit que c’était un domaine où Israë l avait beaucoup de ressource pour un petit pays avec des capacités militaires limitées. Grâce à la guerre électronique dit Yadlin, même de petits pays pouvaient faire des choses autrefois réservées à des superpuissances.
Stuxnet a d’abord été découvert par une compagnie de sécurité informatique en Biélorussie, mais il n’a fait les gros titres mondiaux après que les media iraniens eurent annoncé que le pays avait été la cible d’une attaque électronique coordonnée. En décembre, le président Mahmoud Ahmadinejad admit que Stuxnet avait infecté l’installation de Natanz, mais il minimisa l’étendue du dommage.
« Ils sont arrives à créer des problèmes dans un nombre limité de nos centrifugeuses avec le logiciel installé dans des parties électroniques. Mais le problème a été résolu  » dit-il.
Cela pourrait bien ne pas être aussi exact. Byres, qui a travaillé pour quelques compagnies israéliennes, déclare que l’intérêt iranien soutenu pour le site Internet de sa compagnie est probablement une indication que le ‘maliciel’ fait encore rage à travers les ordinateurs et systèmes de contrôle de Natanz. « Autrement, pourquoi suivraient-ils si étroitement mon site  » demande-t-il.
Pour l’Occident, il est extrêmement difficile de mesurer l’étendue du dommage provoqué par Stuxnet. En septembre, la sécurité électronique de la firme Symantec a déterminé que plus de 30.000 systèmes d’ordinateurs avaient été infectés.
Quelques jours plus tard cependant, l’Iran installa un pare-feu pour arrêter l’information sur ses systèmes informatiques, les mettant hors d’atteinte du monde extérieur. Il doit encore être enlevé.
Mais ce que Symantec a pu déterminer, c’est que Stuxnet a été conçu pour cibler des systèmes qui possèdent un convertisseur de fréquence, une espèce d’instrument qui contrôle la vitesse d’un moteur, comme dans une centrifugeuse.
Le code de Stuxnet modifie des contrôleurs programmables logiques dans les disques du convertisseur de fréquence utilisé pour contrôler les moteurs. Il modifie les fréquences, d’abord à un niveau plus élevé que 1400 Hz puis en-dessous de 2 Hz – l’accélérant puis l’arrêtant presque – avant de le régler à juste au-dessus de 1000 Hz. L’Iran fait fonctionner ses moteurs d’habitude à 1007 cycles par seconde pour empêcher un dommage, alors que Stuxnet a semblé accélérer la vitesse du moteur à 1064 cycles par seconde, petite augmentation mais suffisante selon les experts, pour provoquer un dommage.
« Si vous commencez à modifier la vitesse, il y a des vibrations est elles deviennent si rudes qu’elles peuvent briser le moteur  » dit David Albight, expert de la prolifération nucléaire basé à Washington qui a étudié Stuxnet. « S’il est vrai qu’il s’attaque à l’IR-1, alors il change la vitesse pour s’attaquer au moteur  ». Pendant son enquête, Albright a découvert qu’au début de l’an dernier, 1000 centrifugeuses, soit un dizième de celles de Natanz, ont été mystérieusement mises hors service.
Le fait que mille seulement aient été endommagées pourrait signifier que Stuxnet – s’il a provoqué l’avarie – avait pour objectif d’agir subtilement et lentement en provoquant de petits dommages sans mener les Iraniens à suspecter que quelque chose d’étranger avait infiltré leurs ordinateurs.
Mais la question demeure – comment Stuxnet a-t-il infiltré les centrifugeuses pour commencer ? Selon une analyse de Stuxnet, ses inventeurs ont tiré avantage de petits programmes spécialement conçus insérés sur des inserts USB pour exécuter automatiquement le maliciel aussitôt que le dossier était lu par un système d’exploitation.
Dit simplement, lorsqu’un disque sur clé doté du maliciel était connecté à l’un des ordinateurs sur le réseau de Natanz, il était automatiquement chargé et commençait de se répandre. Un autre paramètre unique était l’inclusion d’une amorce, logiciel conçu pour cacher la présence du ver. Cette partie du ver était apelée WinNT/Stuxnet.A
La seconde phase du ver, WinNT/Stuxnet.B, injecte des dossiers encryptés dans la mémoire de l’ordinateur infecté. Chaque dossier a un objectif différent – certains sont destinés à être utilisés dans l’extension vers d’autres ordinateurs et certains sont des pilotes, destinés à s’emparer du contrôle du moteur de la centrifugeuse.
Celui qui a écrit le code s’est assuré de masquer ses traces. Au lieu d’écrire un certificat informatique collaboratif, les inventeurs auraient volé le certificat – essentiellement une pièce de carte d’appel de logiciel – d’une compagnie de puces informatiques basée à Taïwan. On ignore comment cela a été volé mais la compagnie n’est pas suspecte d’être complice.
De plus, la complexité du ver a conduit des experts à conclure qu’il y avait au moins cinq ou six auteurs travaillant sur le code simultanément, supervisés par des équipes de contrôle qualité et de direction de projet, atteignant certainement une équipe de plusieurs dizaines sur une période de plusieurs années. Un analyste étranger a déclaré que le code était de la qualité d’un logiciel qu’on trouverait dans des missiles de croisière.
Selon Langer, l’expert allemand en ordinateur, tout ce que l’attaquant avait à faire était d’infecter l’ordinateur d’un contractant extérieur travaillant à Natanz. « Vous n’aves pas besoin de placer le pilote infecté à Natanz même ; tout ce dont vous avez besoin, c’est vous assurer que quelqu’un ayant accès à l’installation a son propre ordinateur infecté, puis se connecte sur le serveur  », dit-il.
Certains articles ont évoqué de possibles signatures laissées sur les 15.000 lignes de code de Stuxnet. Un indice possible était l’utilisation du mot “Myrtus†comme nom de l’un des dossiers, possible référence à Hadassah, nom de naissance de la reine Esther, inhumée en Perse. Un autre indice supposé était le nombre 19790509 qui apparaît aussi dans le code et pour renvoyer au 9 mai 1979, jour où un Juif perse de premier plan fut exécuté à Téhéran.
La probabilité que ces indices soit réels est faible, selon Byres. Bien qu’il existe une tradition dans l’industrie informatique de laisser des cartes d’appel derrière des codes internes, dans des cas comme Stuxnet, il serait plus sensé d’envoyer une fausse signature pour distraire l’attention loin du véritable inventeur.
Personne n’a endossé la responsabilité de l’attaque mais on a montré du doigt surtout Israë l. Langer a dit que selon lui au minimum deux pays – Israë l et les USA possiblement – étaient derrière Stuxnet.
Alors qu’en Israë l tous les échelons au sommet politique et militaire considèrent que le programme nucléaire de l’Iran doit être arrêté, beaucoup sont préoccupés par des représailles, dont Dagan. Si Stuxnet peut épargner cette guerre à Israë l, il ne fait pas de doute que ça en vaut la peine.
Peu d’agences sont capables d’avoir été impliquées dans l’écriture d’un tel programme. La première est l’Unité 8200 du Renseignement militaire, équivalent de l’Agence Nationale de la Sécurité aux USA, responsable du Renseignement pzr télécommunications, de l’écoute de l’ennemi et du décryptage de codes et elle s’est vue confier en 2009 avec Tsahal l’offensive sur des installations électroniques.
Le Mossad est une autre hypothèse, qui possède aussi de puissantes capacités technologiques mais est légèrement inférieur à l’Unité 8200, la plus grande unité au sein de Tsahal.
Le Mossad a reçu un coup de pousse majeur à son budget ces dernières années pour l’aider à acquérir les ressources nécessaires à combattre efficacement le programme nucléaire de l’Iran. Il serait concentré sur des opérations clandestines telles que des actes de sabotage et des assassinats du même type que celui où fut tué un scientifique de haut niveau à Téhéran en novembre, attribué au Mossad et à la guerre électronique.
L’annonce par l’Iran qu’un réseau d’espions du Mossad avait été attrapé à Téhéran cette semaine – que ce soit vrai ou pas – est une indication de la haute nervosité des ayatollahs.
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