L’ancien président de l’Etat était assis sur le banc des accusés les lèvres serrées. De temps en temps il hochait la tête comme s’il avait du mal à y croire, comme s’il refusait d’entendre ce que disaient les juges.
Il faut bien avouer que ce qu’ils ont dit était dur à entendre, humiliant, affligeant : Coupable de deux viols, coupable d’attentat à la pudeur, coupable de harcèlement sexuel, coupable d’entrave à la justice, menteur, manipulateur, cherchant à abuser le tribunal, truquant des cassettes. Moshé Katsav, qui il y a quelques années était encore le premier des Israéliens, est devenu hier une délinquant sexuel reconnu.
La lecture des vingt-cinq pages qui résument le verdict a duré une heure et demie. Le texte intégral de plusieurs centaines de pages, dont la publication a été interdite, et dans lesquelles sont décrits dans les moindres détails les agissements de Katsav, était posé à côté du juge George Kara qui a lu le verdict sans manifester le moindre sentiment.
Pendant tout ce temps, Moshé Katsav était assis, silencieux. Son fils Noam n’a lui pas pu se retenir. Il a crié au juge : « Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai  ». Le juge Kara à poursuivi sa lecture sans s’interrompre.
Au terme de la lecture du verdict, Katsav a quitté le tribunal rapidement, sans un mot. Selon Sivan Rahav-Meir de la deuxième chaîne, il aurait dit ensuite à ses proches : « Je sens que l’on a voulu ma peau. Dès le départ, j’ai eu le sentiment qu’on voulait que je sois condamné, que les autorités subissaient l’influence de l’opinion publique. Je ne pensais pas que le verdict serai aussi univoque et total. Et c’est justement cette condamnation unanime qui prouve la partialité de cette décision. Tout au long du procès j’ai eu le sentiment que tout était décidé d’avance et que nous étions dans un semblant de démocratie  ». Moshé Katsav et ses avocats n’ont pas encore décidé s’ils feront appel de la condamnation.
Au cours des prochains mois, le tribunal décidera de la peine qui sera infligée à Moshé Katsav. La peine maximale pour un viol est de seize ans de prison, mais on estime que le conseiller juridique du gouvernement et le procureur général ne requerrons pas la peine maximale et se contenteront de quelques années de prison ferme.
Pour Raz Nizri, l’adjoint au conseiller juridique du gouvernement qui a accompagné le dossier depuis le départ, ce verdict comporte un message important concernant l’égalité face à la loi. « L’attitude vis-à -vis du premier des Israéliens est la même que vis-à -vis du dernier des citoyens. Cela montre la force de notre société, du système démocratique et judiciaire en Israë l. J’espère que ce verdict servira de soutien aux plaignantes dans les affaires de mÅ“urs qui ont souvent du mal à exposer leur histoire tout au long du processus  ».