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Enseignement de la Shoah : Attention àla perte de Mémoire
Actualités Juive
Article mis en ligne le 14 novembre 2010

D’une part, une enseignante suspendue pour une durée de quatre mois pour la manière et l’insistance dont elle aurait fait preuve dans l’enseignement de la Shoah auprès de ses élèves. De l’autre, un rapport du Haut Conseil àl’intégration qui tire la sonnette d’alarme en raison de l’impossibilité, dans certains lieux, d’enseigner la Shoah et d’autres sujets de plus en plus contestés. Deux raisons qui nous ont conduits àfaire le point sur l’enseignement de la Shoah dans notre pays aujourd’hui. Retour sur les programmes scolaires, sur leur application, sur la façon dont cela se passe sur le terrain, sur les différents intervenants, sur les voyages extra-scolaires. Paysage complexe, avec des zones d’ombre, pour un sujet pas comme les autres.

L’enseignement de la Shoah : de la dimension historique àla finalité civique

Si l’on se fie exclusivement aux circulaires officielles, l’enseignement de la Shoah àl’école publique ne peut être que salué. Il résulte de la volonté gouvernementale de transmettre aux élèves un savoir historique afin d’être que salué. Il résulte de la volonté gouvernementale de transmettre aux élèves un savoir historique afin de leur faire acquérir progressivement une connaissance précise de ce crime majeur. Il s’agit également d’initier une réflexion et une prise de conscience qui permettront aux futurs adultes de refuser toutes les formes de discrimination.

A l’heure actuelle, l’enseignement de la Shoah est inscrit au moins àtrois reprises dans les programmes scolaires : àl’école élémentaire dans le cycle des approfondissements (CM2), au collège en classe de troisième et au lycée en première. Pour les séries L et ES, il figure même au programme de terminale. En effet, depuis la rentrée 2008, faisant suite aux propos de Nicolas Sarkozy demandant que la mémoire des enfants victimes de la Shoah soit privilégiée àl’école, cet enseignement est devenu obligatoire àl’école élémentaire. Comme le rappelle le ministère de l’Education nationale, « les professeurs des écoles sont tenus de suivre ce programme car la circulaire du Bulletin officiel n°3 du 19 juin 2008 le prévoit même s’il existe une latitude dans la manière dont les professeurs peuvent l’enseigner  ».

Selon Hélène Waysbord-Loing, inspectrice générale honoraire àqui le ministre de l’Education nationale avait confié la mission de réfléchir àla mise en Å“uvre pédagogique de la demande du Président de la République, « il ne s’agit pas seulement de transmettre une mémoire et des connaissances : il faut donner àtous les élèves les éléments de culture et de réflexion leur permettant de refuser toutes les formes de racisme et de discrimination et de comprendre que, contraires àla Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, elles rendent impossible la démocratie  ».

Pour aborder cet enseignement, les maîtres sont libres de leurs choix pédagogiques et plusieurs approches, souvent complémentaires, sont possibles. « La thématique des enfants victimes est cependant une entrée àprivilégier au CM2 : partir d’un nom, d’un visage, d’un itinéraire, de l’exemple singulier d’une famille dont l’histoire est liée aux lieux proches - l’école, la commune, le département - constitue une approche pédagogique respectueuse de la sensibilité des enfants  ».

L’historien et avocat Serge Klarsfeld salue cet enseignement précoce dont il a été le partisan, voire l’inspirateur : « J’ai été parmi les premiers àfaire campagne dans ce sens. Auparavant, rien n’existait dans les manuels scolaires du primaire. La base informatique du « Grenier de Sarah  » que nous avons inspirée est un outil dont les instituteurs peuvent disposer. Elle permet de connaître le nom des enfants déportés de sa ville ou son département auxquels les enfants peuvent s’identifier  ». Cette pédagogie novatrice est la première étape dans la transmission d’un savoir que les enseignants en histoire au collège puis au lycée vont consolider. L’étude de la Seconde Guerre mondiale se poursuit en effet en classe de troisième. Dans les programmes en vigueur depuis 1998, elle s’organise autour de l’étude de l’Europe sous la domination nazie. Les choix opérés par les circulaires officielles conduisent à« décrire les différentes formes de l’occupation, la politique d’extermination des Juifs et des Tziganes et àdéfinir collaborations et résistances  ». Par ailleurs, le programme précise que des extraits du « Statut des Juifs  » de 1940 doivent être étudiés en tant que document et repère fondamentaux pour la compréhension de la période.

Dernière étape et non des moindres de cet apprentissage : le lycée. Làencore, la Shoah est au cÅ“ur du programme de première quelle que soit la section. Dans les séries générales, selon les programmes actuellement en application (BO n° 7 du 3 octobre 2002), dans le thème « Guerres, démocraties et totalitarismes (1914-1945)  », l’approche choisie place l’étude de « la politique nazie d’extermination  » au centre de l’étude de la Seconde Guerre mondiale. « On centre l’étude sur l’univers concentrationnaire et l’extermination systématique des Juifs et des Tziganes  », précise la circulaire. Ensuite, l’étude de la France dans la Seconde Guerre mondiale, de l’Armistice àla Libération, permet d’analyser le rôle du régime de Vichy, les différentes formes de collaboration, les composantes et l’action de la Résistance intérieure et de la France libre.

Par ailleurs, certaines classes de terminale (série L et ES) consolident cet enseignement en abordant le thème de « La France de 1945 ànos jours  » qui inclut une étude intitulée « Bilan et mémoires de la Seconde guerre mondiale  ». Selon les documents d’aide àla mise en Å“uvre de ces programmes, la « mémoire du Génocide et celle de la Résistance, par la gravité et l’importance des faits sur lesquels elles portent comme par leur prégnance dans le débat politique et philosophique, font partie des thèmes àprivilégier  ».

Et pour Serge Klarsfeld, « cet enseignement thématique et non plus chronologique qui était une survivance de la IIIe République, de la primaire au secondaire, est moins rébarbatif pour les élèves. C’est ainsi au professeur de rendre intéressant le programme  ». Le président des Fils et Filles des Déportés Juifs de France apporte néanmoins un bémol : « Cet enseignement n’est plus diffusé comme autrefois. Des menaces planent, notamment dans certains quartiers difficiles où des jeunes considèrent que parler de la Shoah, des Juifs comme victimes, c’est soutenir l’Etat d’Israë l. Il y a peut-être des professeurs d’extrême gauche - d’extrême droite je ne pense pas car elle est très peu représentée àl’école - qui rechignent àcet enseignement mais cela est très difficile àsaisir. Ce que je vois, c’est que la plupart des enseignants sont bien intentionnés considérant que cet événement est fondamental dans l’histoire de l’humanité  ».