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Qu’est-ce qui fait courir Chirac, 2ème partie ?
Par Stéphane Juffa © Metula News Agency
Article mis en ligne le 29 juillet 2004

Il s’agit d’une nouvelle Mazarine, en ce sens que le gratin de la politique française, de même que des dizaines de journalistes hexagonaux, avec lesquels la Ména entretient des relations cordiales et professionnelles, sont au courant des relations très étroites qui lient le Président Chirac au prisonnier Saddam Hussein et qu’ils choisissent (presque) tous de se taire.

Au-delàde la ressemblance entre ces omertas, il s’impose de noter que si les relations extraconjugales de feu le Président Mitterrand défiaient les bonnes manières, celles du président actuel peuvent assurément comporter des implications politiques et même judiciaires. C’est là, bien entendu, la différence fondamentale existant entre les deux dossiers ; l’autre dissemblance étant, naturellement, liée au fait que le secret de Mitterrand est mort avec sa révélation tandis que celui de Chirac est plus que jamais d’actualité.

Ceux qui, comme moi, ont subi le discours télévisé du président français àl’occasion de la fête nationale du quatorze juillet ont pu ànouveau se persuader de l’anémie chronique de ce qu’il est convenu d’appeler le chiraquisme. Difficile, en effet, d’y trouver des thèmes d’action dignes d’être mémorisés, au-delàdes phrases concaves, genre "cohésion sociale" et "croissance partagée" du populisme post-gaullien traditionnel. Il est évident que Chirac essaie de retrouver la confiance des Français après la dernière débâcle électorale, digressant sur des poncifs relatifs aux sujets qui les intéressent. En fait de gestion politique, celle-ci procède de l’action du premier ministre et monsieur Raffarin fera les frais des intérêts chiraquiens dans le cas où les choses s’entêteraient àempirer. Seul relief de ce discours, la volonté exprimée, très inhabituelle par sa vigueur toute patronale, de ralentir l’ascension de Nicolas Sarkozy.

A résumer le chiraquisme, on n’y trouvera aucune impulsion sociale ou libérale qui ne soit imposée par la conjoncture, aucune grande ligne européenne ou réformiste qui identifiera l’action de ce président lorsqu’il entrera dans l’Histoire. De manière suffisamment cocasse pour que nous la remarquions, outre les efforts disproportionnés, au point de paraître incompréhensibles, que Jacques Chirac déploie pour barrer la route de Sarkozy àsa succession, l’essentiel de ce qui fait le chiraquisme s’articule sur ses options de politique étrangère. Chirac est violemment anti-américain et anti-israélien et il est proche - on peut aussi dire confident - des leaders arabes combattant ces deux pays, qu’il se soit agi de Saddam Hussein, ou qu’il s’agisse d’Arafat, de Hariri et de Béchar Al-Assad.

Au demeurant, mais au demeurant seulement, rien ne semble lier l’antagonisme affiché que Chirac entretient vis-à-vis de son ministre de l’économie et les options de politique étrangère qui caractérisent l’action présidentielle. A la Ména, nous avons cependant assez de bouteille pour savoir que tout antagonisme personnel, quand il est excessif et inexplicable, cache le plus souvent des intérêts beaucoup plus sérieux. De làànous poser la question : "Qu’est-ce qui pourrait expliquer que Chirac s’emploie aussi ardemment àdescendre le seul élément de la majorité qui possède assurément les qualités pour battre le candidat de gauche aux présidentielles ?", la tentation était trop forte. Surtout lorsque nous nous aperçà»mes que Chirac dirigeait lui-même les manÅ“uvres d’intimidation et les stratégies visant àempêcher Sarko de devenir président de l’UMP sur le chemin de l’Elysée. Il n’avait ainsi pas hésité àprier Douste-Blazy et même Raffarin, de proposer leurs candidatures aux élections internes. Devant leur refus d’aller au casse-pipe, Chirac demanda au ministre de l’agriculture Hervé Gaymard de représenter ses couleurs. Gaymard pourrait accepter mais il demanderait en échange de remplacer Sarkozy àBercy en cas d’échec honorable.

Qu’a fait Nicolas Sarkozy pour mobiliser àce point le président contre lui ?

 Rien encore. Et ça n’est pas le penchant atlantiste de Sarko, qui justifierait que Chirac briguât un troisième mandat s’il ne parvenait pas àtrouver, d’ici la fin de ce quinquennat, de candidat - d’où qu’il vienne, même de chez l’adversaire, même de la gauche - dont il soit sà»r qu’il devance son ministre. Ca n’est pas non plus la jalousie, qu’un vétéran pourrait éprouver face àun candidat brillant et face àsa jeunesse. Ca n’est pas quelque chose de politique que Sarkozy aurait fait et qui aurait déplu ; tous comptes faits, l’actuel ministre de l’économie a réussi l’exploit peu banal de rendre l’action du ministère de l’intérieur sympathique àbeaucoup de Français et sa cote continue de monter, même lorsqu’il regarde la Seine depuis les fenêtres de Bercy.

Ca n’est pas non plus les racines hébraïques que l’on prête au ministre, qui en ont fait un concurrent àabattre. Si Chirac est viscéralement antisémite, ce qui reste àdémontrer, il s’est souvent entouré de proches collaborateurs ouvertement israélites. Ca n’est pas les origines juives partielles de Sarkozy, quoique… pas dans le sens où on pourrait les entendre.

Explications : Du temps de la "compréhension fructueuse" entre Chirac et Hussein, ce dernier nommé refusait que des personnes d’origine juive ou considérées comme telles ne participassent àn’importe quel échelon de la partie française impliquée dans les transactions France-Irak. J’ai eu l’occasion de me rendre compte personnellement de l’existence de cette condition, de nature hitlérienne et de la soumission àicelle par les autorités françaises, en interrogeant des ingénieurs atomiciens dans le cours de nos enquêtes sur Osirak. La règle valait pour tous les autres segments des relations, y compris et même principalement, pour le traitement des largesses dont Saddam Hussein faisait bénéficier l’entourage de monsieur Jacques Chirac et le RPR. Pour éviter les indiscrétions, on préférait les estampillés "goy", favorisant même ceux qui étaient publiquement connus pour leur antisémitisme, àl’instar du Rennais Gilles Munier qui, avant d’être secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes (co-fondées avec Jean-Pierre Chevènement), avait collaboré au torchon néonazi La Nation européenne.

La première liste des corrompus français, diffusée par Al-Mada, est truffée de personnalités proches de la majorité actuelle, lorsque ces individus ne cumulent pas cette qualité avec la proximité familière de monsieur Chirac lui-même. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de l’affirmer, les paiements effectués par les Irakiens àdes personnalités françaises n’ont pas été limités àla période de 1966 à2003, caractérisée par la réglementation dite "Nourriture contre Pétrole", issue de la résolution 986 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Durant cette période, les "amis de Saddam Hussein" percevaient des bons àtirer sur les ventes de brut qui s’élevaient déjààdes dizaines de millions de Dollars. La vérité concernant les périodes ayant précédé la 986 ainsi que la révélation des identités des autres bénéficiaires de ces distributions pourraient s’avérer plus saisissantes encore. Ce que l’on sait déjà, c’est qu’il s’agissait en fait de paiements contractuels et en aucun cas de dons désintéressés. De paiements, perçus par des individus tel Charles Pasqua (au moins 12 millions de Dollars !), effectués par les Irakiens contre des services de trois ordres :

1. Un activisme visant àempêcher l’imposition de sanctions contre l’Irak (ensuite àles faire lever)
2. Une dénonciation des "agressions militaires" contre la dictature de Saddam
3. L’opposition aux intérêts vitaux de l’Etat d’Israë l et l’activisme en faveur de la théorie parenthésiste, dévoilée par le directeur de la publication du Monde Jean-Marie Colombani.

Lors, il est plus que probable que Nicolas Sarkozy, par la grâce de ses origines, soit l’une des rares personnalités de pointe de l’UMP às’être trouvée isolée, de façon étanche, àla fois de ces trafics criminels et de la connaissance de leur existence, àl’époque où ils se déroulaient. Maintenant, allez savoir ce que ses bons amis américains lui ont dit au sujet des résultats des interrogatoires des dizaines de dignitaires irakiens de l’ancien régime tombés entre leurs mains !

A l’Elysée, on est singulièrement inquiet de ce qu’a pu révéler un certain Tarek Aziz, ex-ministre des affaires étrangères de Saddam, avant de devenir son vice-premier ministre. Et Tarek Aziz était le commissaire payeur des Français. Il connaît évidemment les sommes, les dates, les contreparties et les identités des bénéficiaires réels des bons àtirer et des valises pleines de billets qu’il a personnellement remises aux amis de monsieur Chirac.

Nicolas Sarkozy, président, constitue dans ces conditions un risque que Jacques Chirac et ses amis ne peuvent évidemment pas prendre. L’enquête policière sur les relations de Chirac avec les chefs d’Etats arabes, commanditée par Lionel Jospin et qui prit fin, abruptement, le lendemain de la réélection de l’actuel président par la mutation des deux inspecteurs qui la diligentaient, pourrait reprendre de plus belle avec l’accession àla marche suprême du fils d’immigrés hongrois. Ca sent fort le brà»lé pour le clan Chirac, avec tout ce que les Yankees ont appris sur son compte, ce, conjugué aux complications dans lesquelles le pensionnaire de l’Elysée les a entraînés et qui n’appellent nullement àla mansuétude de l’autre côté de l’Atlantique. Ces considérations qui seront d’autant plus aiguisées lorsque Chirac aura quitté son poste et qu’une entente minimale avec lui sera devenue complètement inutile.

Ceci dit, pourquoi Jacques Chirac continue-t-il àhonorer les termes de ses accords avec Saddam Hussein, alors que celui-ci croupit au fond d’une prison, en attente de son procès et vraisemblablement de la peine capitale ?

A suivre…