Que nous apprennent ces comptes-rendus ? Ils traduisent tout d’abord de manière concrète l’ampleur du choc subi par les dirigeants israéliens. A six heures de l’offensive égypto-syrienne, alors que les informations en provenance du terrain indiquent clairement qu’une guerre est sur le point de se déclencher, les participants aux réunions plaçaient leurs espérances dans les propos apaisants du chef des renseignements militaires, Eli Zeïra : « Ils sont prêts, mais Sadate n’a pas encore donné l’ordre.
Il est pourrait se rétracter  ». Vingt-huit heures plus tard, Moshé Dayan parlait en des termes désespérés : « C’est une guerre pour la terre d’Israë l. La ligne de front du canal de Suez est perdue. Je suis certain que la Jordanie va se joindre à la guerre. Il faut se préparer à une guerre longue  ».
Les comptes-rendus montrent aussi à quel point Israë l était dépendant du gouvernement américain. Cette dépendance est absolue, que ce soit pour obtenir précipitamment des avions et des chars ou pour le vote d’un cessez-le-feu au Conseil de sécurité. Le détresse israélienne était si grande que Golda Meir a proposé de partir secrètement pour Washington pour rencontrer le président Nixon en tête à tête et lui rappeler pourquoi il déteste tant les Russes et le convaincre d’accorder une aide d’urgence à Israë l pour ne pas laisser une victoire aux Russes (ce qu’il finira par faire, grâce au pont aérien).
Le troisième élément ce sont les personnalités qui ressortent des propos du Premier ministre, Golda Meir, du ministre de la Défense, Moshé Dayan, et du chef d’état-major, David Elazar. : Golda Meir fait preuve de caractère, de bon sens et de leadership. Elle ne panique pas. Concernant les aspects militaires, elle pose de nombreuses questions, souvent bonnes.
En quelques heures, Moshé Dayan se transforme. De chef militaire, il devient commentateur et le vainqueur orgueilleux se mue en défaitiste. David Elazar tient lui des propos plus pondérés et propose de tenir les positions à tout prix.
Le quatrième point à noter est qu’au cours de ces trois premiers jours déterminants, ce sont surtout les décisions qui n’ont pas été prises au cours de ces réunions qui ont pesé : pas d’attaque préventive ; pas de demande de cessez-le-feu ; pas de riposte d’exception.
Le sort de la guerre ne s’est pas décidé lors de ces réunions au bureau du Premier ministre mais sur le terrain, grâce au sang des soldats. La Guerre de Kippour, qui a débuté par une terrible déroute, s’est conclue par une victoire qui a fait naître le processus de paix avec l’Egypte et des décennies de calme le long de la frontière syrienne. Cela aussi il faut s’en souvenir lorsque l’on parle de l’échec de Yom Kippour.