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Discours d’Eliane Klein
Crif région Centre
Article mis en ligne le 18 juillet 2010

Je dédie mes paroles àl’otage franco-israélien, Guilad Shalit, prisonnier du Hamas depuis 4 ans et qu’en violation des conventions internationales, ni la Croix Rouge, ni aucune organisation humanitaire n’a pu lui rendre visite. Lors de la manifestation en sa faveur, àParis, plus de 15.000personnes, parmi lesquels de très nombreux élus de toute tendance, ont réclamé sa libération. Pratiquement aucun média n’en a rendu compte.

En ce jour de commémoration officielle àla mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et en hommage aux Justes de France, je pense aux mots du philosophe Vladimir Jankélévitch dans son ouvrage « l’imprescriptible  » : « Le présent, c’est-à-dire la quotidienneté ambiante, nous assiège de toutes parts et ne cesse de nous convier àl’oubli des choses révolues…  »

Face àla tentation de l’oubli, Jankélévitch défend le « devoir de mémoire  ». Les morts, écrit-il, dépendent entièrement de notre fidélité… Ces innombrables morts,… ces offensés nous incombent ; ce sont nos célébrations qui les sortent du néant  ».

La cérémonie qui nous réunit ici, chaque année, s’inscrit dans notre volonté de penser àtous ces disparus, sans sépulture, et de penser également àtoutes celles et ceux qui ont eu le courage de résister àl’entreprise totalitaire des nazis et de leurs complices français, que ce soit par la résistance armée ou par tous les autres actes qui permirent de sauver des vies. Nous rendons hommage, aujourd’hui, aux « Justes des Nations  », ces sauveteurs aux mille visages, ces hommes et ces femmes de toutes origines et de toutes conditions-souvent modestes, connus ou anonymes- qui, en bravant les risques encourus pour sauver des Juifs, témoignent que les être humains ont d’autres options que la soumission àun régime criminel.

Notre geste s’inscrit non seulement dans la tradition juive nous enjoignant de nous souvenir, mais aussi dans la tradition républicaine de la France, empreinte du souci de justice, de vérité et de respect de la personne humaine.

Aussi, face àceux pour qui il faut « tourner la page  », je dis que cette page doit être lue, apprise, comprise et transmise.

Dans notre Région, le Cercil accomplit depuis bientôt 20 ans un travail d’Histoire et de Mémoire exemplaire qui a permis ànos concitoyens et au-delà, àun large public et surtout àde nombreux élèves, de connaître la réalité de ce qui s’est passé dans ces camps d’internements du Loiret : Jargeau pour les Tziganes- dont le sort tragique n’avait pas ou très peu été évoqué jusqu’alors-, Pithiviers et Beaune La Rolande pour les Juifs.

Après la Rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 plus de 8.000 Juifs parmi les 13.00 arrêtés, dont plus de 4.000 enfants de 2 à18 ans y furent internés avant d’être envoyés, directement ou via Drancy, àAuschwitz, pour y être assassinés.

Les témoignages et les nombreux travaux des historiens ont mis en lumière le rôle joué par le régime de Vichy comme auxiliaire actif de la politique génocidaire des nazis : la Rafle du Vel d’Hiv fut le point culminant de la politique antisémite mise en Å“uvre par le gouvernement de Pétain dès le 3 octobre 1940, par les décrets dits « Statuts des Juifs  », lois de ségrégation, de spoliation, d’exclusion et d’internement qui menèrent àl’assassinat de plus de 76.000 Juifs de France.

Il convient de s’interroger sur le rôle joué par un grande partie des hauts fonctionnaires de Vichy, plus soucieux de leur carrière que de la portée de leurs actes, exécutant des ordres iniques, sans oublier (occulter ?) l’immense zone grise de la bureaucratie, des corps intermédiaires et de tous ceux qui, par indifférence, lâcheté ou haine antisémite, se sont rendus complices de la barbarie.

Ces interrogations s’inscrivent dans le travail d’histoire et de mémoire que j’ai évoqué plus haut ; travail exigeant, appelant àla réflexion sur les questions fondamentales que la Shoah et les autres génocides- du 20ème siècle posent àla conscience humaine.

Quel cheminement idéologique a pu mener au crime de masse ? Comment un Etat moderne a-t-il pu basculer dans la barbarie ?

L’histoire du Régime de Vichy illustre cette fragilité de la démocratie quand ses principes fondamentaux sont bafoués, quand on permet àdes idéologies totalitaires de pénétrer l’espace républicain.

Or, nous assistons aujourd’hui , dans notre pays, àdes phénomènes très inquiétants, comme des atteintes àla laïcité, des violences en milieu scolaire, un repli communautariste, bref, une certaine dissolution des règles du vivre ensemble.

La Commission consultative des Droits de l’Homme( CNDH) a constaté une augmentation des violences racistes et xénophobes et, particulièrement, une hausse des actes et menaces antisémites depuis plusieurs années.

On voit, avec inquiétude, une instrumentalisation de la Shoah où, par une perversion du vocabulaire, l’Etat d’Israë l est mis au ban des nations, nazifié : Un antisionisme radical relayé par certains médias, des partis politiques et des associations dites « humanitaires  » camoufle une véritable haine antisémite.

Florence Taubmann, Présidente de l’Amitié judéo- chrétienne de France, écrit :

« Nous sommes scandalisés par le regain des clichés antisionistes…Attention que ce ne soit pas le sombre désir de communier dans la haine du bouc émissaire !..Il y a une étrange et dangereuse jouissance dans la haine, un plaisir morbide dans la parole qui dénonce, calomnie et finit par tuer  ».

Aussi, face àtoutes ces dérives, face àtous les obscurantismes, face aux atteintes àla dignité humaine, face au détournement de la vérité historique, il nous faut défendre les valeurs qui fondent notre République et notre Démocratie : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.