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Un Chef de l’État mal informé
Hélène Keller-Lind
Article mis en ligne le 25 juin 2010

Le 25 juin 2010 le Président de la République a adressé une lettre aux parents de Gilad Shalit àl’occasion du quatrième anniversaire de son kidnapping sur le sol d’Israë l S’il y dit son indignation, les efforts et la détermination de la France pour le faire libérer, sa lettre contient néanmoins quelques contrevérités.

Certes, le Président de la République écrit-il àAviva et Noam Shalit : « Comme tous les Français, je suis indigné qu’un homme puisse être ainsi privé de liberté...  » puis « la France s’est constamment et concrètement impliquée pour que cette démarche [ NDLR la libération de Gilad Shalit ] aboutisse. Tel n’a pas été encore le cas àce jour mais nous ne baisserons jamais les bras. Nous ne ménagerons aucun effort pour obtenir la mise en oeuvre de la solution qui a été élaborée. Il faut sortir de l’impasse pour que Gilad retrouve les siens.  » Il se montre d’ailleurs confiant quant àl’issue àenvisager.

Mais, selon Nicolas Sarkozy le jeune Franco-Israélien Gilad Shalit, kidnappé et retenu en otage depuis quatre ans a été « privé... -sauf àde trop rares exceptions – de tout contact avec sa famille et ses amis.  » Or Gilad Shalit n’a strictement eu aucun contact avec le monde extérieur même si ses parents ont reçu une lettre et une vidéo en quatre ans. Et personne, hormis ses kidnappeurs et autres geôliers ne l’a vu.

Le Chef de l’État a ensuite une formulation curieuse : « Aucune situation, fut-elle celle que connaissent les habitants de Gaza, ne peut justifier pareille épreuve imposée àune personne et àsa famille.  » Est-ce àdire que Gilad Shalit aurait été kidnappé et retenu en otage pendant quatre ans àcause de « la situation...que connaissent les habitants de Gaza  » ? Même si Nicolas Sarkozy juge que cette situation ne justifie pas le sort que subit ce jeune homme, en semblant établir une relation de cause àeffet, ce qu’il dit ressemble àune explication.

Puis il poursuit dans une veine similaire, avec un éclairage différent, cette fois. Et écrit : « on ne peut miser sur les privations endurées par une population pour obtenir une libération...  » Il est vrai que les parents de Gilad Shalit se sont émus du fait qu’il y ait eu un allégement du blocus de la Bande de Gaza – concernant des produits qui étaient interdits d’entrée et ne le sont plus- et que cela a été accordé sans qu’il n’y ait eu de progrès concernant la libération de leur fils.

Pourtant Nicolas Sarkozy ne peut ignorer que le blocus de la Bande de Gaza est aussi destiné àempêcher autant que faire se peut l’entrée d’armes dans ce territoire sous la coupe d’un mouvement terroriste et empêcher des terroristes d’en sortir. Ce dont il ne dit mot bien que critiquant implicitement blocus et fermeture.

De plus, en employant ces termes il donne àpenser que la situation des Gazouis serait effroyable. Ce que démentent les photos ou films venant de ce territoire.

A moins que l’on ne soit dans la real politik....

Lire la lettre in extenso ci-dessous :

Lettre adressée par le Président de la République aux parents de Gilad Shalit

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C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai pris connaissance de votre dernière lettre et que j’y réponds àquelques jours d’un bien triste anniversaire : celui de la quatrième année de captivité de votre fils Gilad.

Comme tous les Français, je suis indigné qu’un homme puisse être ainsi privé de liberté mais aussi - sauf àde trop rares exceptions - de tout contact avec sa famille et ses amis. Un tel traitement, qui manque totalement d’humanité, ignore les principes universellement reconnus s’agissant des prisonniers, en premier chef le droit de visite du Comité International de la Croix Rouge. Aucune situation, fut-elle celle que connaissent les habitants de Gaza, ne peut justifier pareille épreuve imposée àune personne et àsa famille.

Je comprends l’inquiétude que vous exprimez concernant les récentes mesures d’allègement du blocus de Gaza au regard du sort de Gilad. Je suis pourtant convaincu qu’il ne faut pas perdre espoir. D’une part parce qu’on ne peut miser sur les privations endurées par une population pour obtenir une libération qui, en tout état de cause, aurait dà» avoir eu lieu depuis longtemps. Mais surtout parce que, comme vous le soulignez, c’est la négociation menée depuis plusieurs mois par diverses parties qui contient les véritables éléments permettant d’obtenir la libération de Gilad.

Les termes du règlement qui a été proposé demeurent - indépendamment des évolutions qui peuvent concerner d’autres aspects relatifs àGaza. La France s’est constamment et concrètement impliquée pour que cette démarche aboutisse. Tel n’a pas été encore le cas àce jour mais nous ne baisserons jamais les bras. Nous ne ménagerons aucun effort pour obtenir la mise en oeuvre de la solution qui a été élaborée. Il faut sortir de l’impasse pour que Gilad retrouve les siens.

Je mesure la lassitude, la colère ou l’incompréhension que, jour àaprès jour, depuis le 25 juin 2006, vous ressentez. La dignité dont vous avez fait preuve, votre courage et votre action de tous les instants ont été exemplaires. Vous pouvez être fiers de vous et de votre fils, comme nous le sommes de Gilad et de ses parents.
Soyez assurés que nos pensées sont constamment avec vous et avec Gilad, notre compatriote, et qu’àaucun moment nous ne relâcherons l’effort qui, nécessairement, aboutira.
En attendant ce jour que je souhaite très proche, je vous dis toute ma solidarité et mon affection et, avec ma très vive sympathie, vous prie d’agréer, Chère Aviva, Cher Noam, l’expression de ma considération distinguée.

Nicolas Sarkozy