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Un site de jeunes Américains d’origine turque « Young Turks  » a posté sur YouTube une vidéo de près d’un quart d’heure.
Albert Capino
Article mis en ligne le 11 juin 2010

Sous un titre impartial « Raid d’Israë l sur la flottille, qui a raison et qui a tort » cette vidéo se veut une analyse objective de la situation, selon les règles du droit international. En fait, elle tente – avec de grosses ficelles – d’instiller le doute dans l’esprit des Américains et de faire porter l’entière responsabilité aux seuls Israéliens. On dit que qui s’excuse s’accuse, mais qui ne dit mot consent. Dans la mesure où ce sont des arguments souvent repris par ceux qui contestent àla fois le blocus maritime et l’intervention israélienne, je reprends les affirmations péremptoires du présentateur et j’y réponds.

Les faits, énoncés par le présentateur turc Cenk Uygur :

Un bateau turc, battant pavillon turc, avec un équipage turc àson bord voguait vers Gaza, après avoir été affrété par l’organisation « Free Gaza  » dans le but affiché d’apporter du matériel pour venir en aide aux Gazaouis, soumis àun blocus maritime. Puis l’armée israélienne envoie ses commandos, qui abordent le navire et c’est la tragédie : 9 passagers tués et de nombreux blessés. Nous allons tenter de voir qui a tort, qui a raison.

Pour cela, il convient de remettre les pendules àl’heure :

Uygur parle de « Free Gaza  », mais ce sont surtout des membres de l’IHH qui sont àbord du Mavi Marmara, affrété par leurs soins.

Si le but est purement humanitaire et consiste àla livraison de matériel, pourquoi n’avoir pas gagné un port égyptien ou israélien àpartir duquel des camions auraient réacheminé l’aide ?

Pourquoi avoir tenté de forcer une zone clairement annoncée comme soumise àune restriction de navigation ?

Y a-t-il eu provocation ? Préméditation ?

Bulent Yildirim, président de l’IHH, a déclaré avant leur départ : « Ce sont des navires d’aide humanitaire. Ils ne transportent même pas un petit couteau àbord.  »

Non seulement les couteaux étaient nombreux, mais encore y avait-il du matériel qui n’a rien àvoir avec une mission humanitaire, comme nous le verrons plus tard.

Des interviews accordées aux médias font état de nombre « d’activistes  » qui ont fait vÅ“u de devenir « martyrs  » et écrit un testament en ce sens, comme l’atteste par ailleurs l’un d’entre eux tout vêtu de blanc (tenue traditionnelle pour atteindre le paradis) et armé d’un sabre courbe.

Est-il correct de désigner les morts et blessés en parlant de « membres du navire  » ? Est-ce impartial ?

Il est clair qu’il étaient dans des eaux internationales. Techniquement, selon la loi, si vous abordez un navire battant pavillon turc en eaux internationales, vous êtes sur un territoire turc. Ce n’est pas un acte de guerre, mais l’abordage est injustifié et illégal.

Lien vers la Croix Rouge Internationale :

http://www.icrc.org/DIH.NSF/INTRO/560?OpenDocument

« Les navires de commerce battant pavillon neutre ne doivent pas être attaqués sauf.... a) si l’on peut raisonnablement croire qu’ils transportent de la contrebande ou qu’ils violent un blocus, et si, après sommation préalable, ils refusent clairement et intentionnellement de stopper ou s’opposent clairement et intentionnellement àtoute visite, perquisition ou capture  » (Article 67. du Manuel de San Remo sur le droit international applicable aux conflits armés sur mer)

Le Mavi Marmara a répondu par la négative aux injonctions de stopper (nombreux témoignages filmés), a décidé de forcer le blocus instaurer par Israë l ET l’Egypte (qui n’est citée àaucun moment dans la vidéo) et des « membres du navire  » - pour utiliser la phraséologie du commentateur - s’opposent effectivement clairement et intentionnellement àtoute visite, perquisition ou capture. S’y ajoutent des provocations verbales : « retourne àAuschwitz  » et « souvenez-vous du 11 septembre  ».

Les commandos ont-ils tiré avant l’abordage ? Des témoins sur le bateau répondent par l’affirmative. Difficile de juger sans preuves. Ce peuvent être des coups de semonce, des lacrymogènes, pris pour des coups de feu. Ou ce peuvent être des coups de feu : nous ne savons pas.

Quand on ne sait pas, on n’émet pas des hypothèses avec d’aussi lourdes conséquences. Pourquoi ne pas avoir parlé du fait qu’avant l’abordage, les zodiacs qui longeaient le bateau étaient attendus avec des barres de fer, chaînes et couteaux (filmé : http://www.youtube.com/watch?v=tn3jTT0afZk&feature=related) et qu’une pluie d’objets leur ont été projetés par dessus bord, depuis des billes jusqu’àdes grenades assourdissantes ?

Il est clair que les forces israéliennes ont été accueillies avec un déploiement important de force, je ne le remets pas en question. Les Israéliens disent qu’il s’agit d’une attaque préméditée sur leurs soldats, mais n’oublions pas qu’ils débarquaient illégalement sur un navire en eaux internationales.

La réponse àl’aspect légal est régie par l’art 67 du Manuel de San Remo. Quant àl’attaque préméditée, nous y reviendrons avec le détail des préparatifs àbord avant l’abordage.

On peut voir sur la vidéo fournie par les Israéliens qu’ils sont attaqués dès qu’ils arrivent sur le bateau. C’est incontestable. J’aurais préféré qu’ils ne le soient pas. Vous pouvez voir qu’il y a des barres de fer, des bâtons, les Israéliens disent qu’ils ont essuyé des coups de feu, que l’un a été jeté par-dessus bord. Il a en fait atterri sur le pont inférieur, ce qui fait une chute significative de plus de trois mètres. On y voit des coups sérieux àcoups de barre et ils se sentent donc menacés, ça ne fait aucun doute. Ce qu’ils ne montrent pas, c’est ce qui s’est passé après.

Donc, sur l’abordage en lui-même, la rouée de coups et le fait de s’être sentis menacés, il n’y a pas de doute ?

Les Israéliens ne montrent pas la partie où ils tirent et tuent. Ils ne montrent que la partie qui soutient leur thèse. Pourquoi ne montrent-ils pas la partie où ils disent « assez de cela  » et où ils prennent leur armes et tirent sur tout le monde sur le pont [sic]

Que veut le présentateur : le déclenchement d’une guerre ? Si le simple fait d’aborder le Mavi Marmara a soulevé une telle émotion, on imagine ce que provoquerait la diffusion de la suite. Rien n’exclut toutefois qu’elle soit produite devant une commission d’enquête.

En regardant la vidéo des Israéliens, on ne manquera pas de dire dans ce pays (USA) : « ils l’ont bien cherché, ils ont eu ce qu’ils méritaient  ». Mais gardez àl’esprit que les Israéliens abordent un navire illégalement [sans vouloir insister ndlr]. Techniquement, comme certains l’ont suggéré, ils pourraient être désignés comme des « pirates  » dans ce cas.

Etrange interprétation de l’arraisonnement, après les sommations d’usage, d’un bateau dont le correspondant radio identifie clairement sa volonté de forcer un blocus et de pénétrer dans des eaux interdites àla navigation.

Imaginez le cas où un bateau américain est assailli par des Iraniens. Les Américains n’ont même pas de vraies armes àbord, ils décident de résister et ils se font tuer. Qu’est ce qu’ils seraient supposés faire : lever les mains et dire « vous avez absolument raison  » ? Non ! Ils auraient répliqué et nous aurions dit « incroyable que ces meurtriers d’Iraniens ont tué neuf personnes sur ce bateau  » ! Quelle aurait été la réaction dans le cas d’un abordage par des Turcs sur un navire américain ou israélien ? Aurait-on alors parlé de « légitime défense  » ? Je suis sà»r en tous cas que nous aurions eu un son de cloche différent.

Joli cas d’espèce mais, en l’hypothèse, complètement fantaisiste. Ce n’est pas arrivé ainsi et la décision de créer un incident était bien préméditée àdeux niveaux : ne pas se conformer aux injonctions et avoir préparé àl’avance le matériel pour repousser l’abordage, comme nous le verrons également plus loin.

Que s’est-il passé après que les personnes sur le bateau se soient complètement rendues ? Nous avons àce sujet un témoignage vidéo d’une équipe àbord, qui déclare qu’après avoir dénombré deux morts et de nombreux blessés, ils ont levé le drapeau blanc [en se servant des barres de fer comme mât ? ndlr] et les coups de feu ont continué malgré tout.

On conçoit que la majorité des 600 passagers se soient rendus, aient levé un drapeau blanc, pour rejoindre l’intérieur du navire. Cela signifie-t-il pour autant que tous les « activistes  » aient cessé les hostilités ? Sur les 6 commandos descendus sur le bateau, trois étaient gravement blessés et complètement àla merci des « activistes  ». Pouvait-on écarter le risque qu’ils soient pris en otage et devenir d’autres sujets de chantage, comme Gilad Shalit, aux mains du Hamas depuis plus de quatre ans ?

Ne vous en faites pas, car les USA ont convaincu l’ONU qu’il devait y avoir une enquête indépendante. Il y a une différente approche selon qu’il s’agit des USA et Israë l ou le reste du monde sur ce que signifie le mot indépendant. Le monde pense que ce devrait être sous l’égide de l’ONU et les deux autres pensent que ce devrait être… Israë l ! Comme c’est commode ! Au fait : selon la loi, ce ne devrait pas être une enquête indépendante mais sous la juridiction de la Turquie, pavillon sous lequel naviguait le bateau qui a été abordé. Si un crime était commis en Israë l, laisserait-on enquêter les Turcs ?

Le navire a été affrété par une organisation internationale, l’IHH, officiellement considérée par plusieurs pays comme une association ayant d’étroites relations avec des organisations criminelles ayant commandité ou participé àdes attentats meurtriers. Plusieurs de ses membres àbord s’en sont pris physiquement aux soldats descendus àbord pour empêcher que le bateau n’accède àune zone interdite àla navigation. Le fait que ça se soit passé sur un navire sous pavillon turc, serait-ce en eaux internationales, ne change rien àl’affaire. Nous sommes dans un cas patent où le capitaine reçoit des instructions de se diriger vers des eaux navigables pour décharger sa cargaison sous contrôle et refuse d’obtempérer : qui sont les « pirates  » ?

On a pu mesurer « l’indépendance  » des différents comités mandatés par l’ONU – en particulier celui des Droits de l’Homme - : une commission où siège la Libye, la Syrie, l’Iran qui, comme chacun le sait, sont des exemples en matière de respect des Droits de l’Homme et de la Femme… Israë l n’a pas rejeté l’idée d’une commission d’enquête, ni même d’observateur étranger, mais tient àce que les faits puissent être analysés impartialement.

Il y avait sur la flottille 679 civils avec 10.000 tonnes de marchandises d’aide humanitaire destinée àGaza : de la nourriture, des médicaments, des chaises roulantes*, etc. Ce àquoi Israë l réplique que ça n’a aucune importance parce qu’ils veulent forcer le blocus. Ce blocus est parfaitement illégal et enferme 1,5 million de Gazaouis, les affame et Israë l s’en fiche car il se considère au-dessus des lois.

Rappel des faits : en 2005, Israë l se retire de Gaza. En 2007, le Hamas accède au pouvoir et pendant les années qui suivent, tire quelques 8.000 roquettes sur les villes (et non pas comme cela a été dit « colonies  ») avoisinantes – Sdérot, Ashkelon – créant chaos, dégâts, morts et blessés. Le Hamas déclare qu’il ne cessera que lorsque « le dernier Juif aura évacué la terre de Palestine  » et ne reconnaît ni l’Etat israélien (dont la création fut votée par l’ONU en 1947 et qui fut attaqué par 7 armées dès le lendemain de sa déclaration d’indépendance), ni les traités signés par l’Autorité palestinienne, et refuse de cesser de recourir àla violence.

Suite àquoi Israë l, mais aussi l’Egypte, décident de créer un blocus naval. Il a permis notamment l’arraisonnement de plusieurs navires transportant des armes, dont le KARIN A chargé d’armes lourdes en provenance d’Iran.

Le « blocus  » terrestre, lui, laisse passer environ 250 camions par jour avec de la nourriture, des médicaments, de l’eau, du carburant.

Des Palestiniens sont soignés dans les hôpitaux israéliens jour après jour : àHadassa, les équipes sont mixtes. Israéliens et Palestiniens se partagent les soins médicaux et infirmiers.

Connaît-on un seul exemple d’un Israélien soigné àShifa (hôpital de Gaza) ?

* des chaises roulantes ? Les Palestiniens ne les jettent plus par-dessus bord ? Lors de la prise d’otages par un commando palestinien du navire de croisière italien, l’ « Achile Lauro  » le 7 octobre 1985, le sadisme avait franchi de nouvelles limites. Repéré comme Juif par ses geôliers, Leon Klinghoffer, un passager septuagénaire et paralytique, avait été jeté àla mer avec son fauteuil roulant après avoir été abattu d’une balle dans le front et dans le cÅ“ur.

Perversion supplémentaire, Farouk Kaddoumi, alors secrétaire de l’OLP, avait avancé l’idée dans un premier temps que la femme de Klinghoffer, se sachant malade, avait tué son mari pour toucher une prime d’assurance-vie…

Les Israéliens disent qu’il y avait àbord des billes, des lance-pierres, des barres de fer, des battes et des couteaux. C’est David contre Goliath ! Et cette fois c’est Israë l qui est Goliath !

Peut-être y avait-il des couteaux àbord. Il y a l’utilisation pour des couteaux àbord d’un navire et pas nécessairement pour tuer des Israéliens ! S’ils avaient voulu le faire, ils auraient pu embarquer des pistolets et des fusils !

S’ils n’ont pas embarqué des pistolets et des fusils, c’est sciemment. Ils savaient pertinemment que s’ils avaient àbord des armes àfeu, c’était la fin du label « humanitaire  ». Il ne faut pas nécessairement des armes àfeu pour commettre des forfaits : faut-il rappeler que les avions civils qui ont été précipités sur les tours jumelles un funeste 11 septembre ont été détournés sous la menace de simples cutters ?

En revanche, les préparatifs auxquels ils se livrent pendant la traversée : scier le bastingage pour préparer les barres de fer, masques àgaz, équipement de vision nocturne, couteaux de combat (je ne parle pas de ceux de cuisine), gilets pare-balles, ne correspondent pas vraiment àla panoplie d’ « humanitaires  ».

http://www.youtube.com/watch?v=16sANhzjcC0&feature=popular <http://www.youtube.com/watch?v=16sANhzjcC0&feature=popular>
Le début de la vidéo montre le rassemblement de tout le matériel qui a été trouvé àbord du Mavi Marmara lors de son débarquement sur le port d’Ashdod.
Les dernières secondes du film sont révélatrices : elles montrent comment les “militants†ont scié les barres de fer du bastingage pour préparer le « comité de réception  »... (àpartir de 1’40†)

Avaient-ils l’intention de créer un incident et c’est la raison pour laquelle il y avait des caméras àbord ? Absolument ! Sur ce point ils ont tout mon soutien et je les bénis ! Et j’espère que d’autres bateaux, comme ceux qui sont annoncés, briseront ce blocus inhumain qui emprisonne et affame le peuple de Gaza.

Pourquoi le Hamas ne laisse-t-il pas passer l’aide humanitaire déchargée par ces bateaux àAshdod et fait pourrir àquai les denrées, médicaments et matériel livrés par la flottille ? Est-elle destinée àsecourir le peuple de Gaza, ou de servir de levier politique au Hamas, àl’IHH et àErdogan ? Le matériel est-il censé bénéficier àla population, ou aux membres et cadres du Hamas qui en font un marché noir ?

Le clip de « Young Turks  » posté sur YouTube est un parfait exemple de désinformation destiné au public américain.

Nous n’en avons pas besoin en Europe, les chaînes nationales s’en occupent très bien elles-mêmes…

Il fallait bien meubler jusqu’au mondial de foot. Chouette : ça commence aujourd’hui ! Pendant ce temps, le programme nucléaire de l’Iran poursuit son cours, des civils sont assassinés quotidiennement de par le monde sans soulever de protestations, la crise économique sévit, les catastrophes naturelles font des milliers de victimes sans mobiliser un vaste élan humanitaire.

Bien fâcheux, mais pas de quoi soulever l’indignation des foules : elles vont enfin pouvoir se lâcher sans retenue en brandissant leur drapeau. Ouf ! Il était temps. Les responsables politiques vont pouvoir prendre des vacances.

A.C.