Dans un édito du 09/06/2010, le journal Le Monde considère que le boycott des œuvres et des artistes israéliens est contre-productif. Mais les arguments utilisés sont stupéfiants de dogmatisme. Est-il question de simple liberté des artistes en général ? De la place de la culture hors du champ politique ? Du droit d’expression le plus simple ?
Que nenni, Le Monde aime les artistes israéliens si et seulement si ils s’opposent à leur propre gouvernement ! Les partisans du boycott en font une affaire politique primaire, le journal parisien aussi. Le texte dit que le boycott « contribuerait à fragiliser des voix et des regards israéliens qui sont parmi les plus intransigeants sur leur gouvernement. S’il y a un pays dont les créateurs auscultent avec talent et lucidité leur Etat, leur société, leurs dirigeants et leur politique, c’est bien Israë l.  »
Vous avez bien lu : si d’aventure un film israélien racontait l’histoire de… Gilad Shalit par exemple, nul doute que Le Monde taxerait l’œuvre d’ode au sionisme.
De même, le journal précise que « nombre de films sont financés par l’Israeli Film Fund, un organisme public régulièrement attaqué par l’extrême droite du pays, en raison de son soutien à des oeuvres perçues comme des ennemies d’Israë l, et largement diffusées en Occident  ».
Vous avez compris l’idée directrice sous-jacente : le gouvernement actuel d’Israë l est en vérité un groupuscule d’extrême droite fascisant (élu par le peuple mais nos intellectuels parisiens ont peu de considération pour la démocratie puisqu’ils oublient que M. Abbas n’est plus un président légitime, que le Hamas a été élu par le peuple de Gaza si malheureux, et que les opposants iraniens sont fusillés). Les artistes mènent donc un combat politique, à se demander d’ailleurs si l’art fréquentable est forcément au service d’une cause, et que c’est à l’aune de ce critère que Le Monde décide de ce qui doit être « boycottable  » ou non.
Le plus comique dans le texte est la référence à « Keren Yedaya [qui] a dénoncé les disparités sociales et la condition faite aux femmes  ». La voiture balai du gauchisme antisioniste prend tout, même la dénonciation sociale, du moment qu’Israë l est vilipendé, au nom du féminisme, de l’écologie, que sais-je encore.
Le « grand  » journal français frise le ridicule dans cette posture, alors que la simple tolérance voudrait que l’on sépare sans autre commentaire les Å“uvres d’artistes d’un pays démocratique et la critique des actes de son gouvernement. Aurait-on admis que nos créateurs soient boycottés et notre pays rayé des tournées au moment des dernières explosions nucléaires chiraquiennes ?
Ce texte est une infamie, et la leçon sectaire donnée par les signataires anonymes fait froid dans le dos du simple défenseur des libertés élémentaires.