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Les fruits de la faiblesse
Par Charles Krauthammer - Washington Post | Adaptation française de Sentinelle 5770 ©
Article mis en ligne le 24 mai 2010

Il est parfaitement évident que la dernière manÅ“uvre de l’Iran sur l’uranium, négociée par le Brésil et la Turquie, est une ruse. L’Iran conserve plus qu’il ne faut d’uranium enrichi pour fabriquer une bombe. Et elle continue d’enrichir àun rythme accéléré àun plus haut degré de pureté (20 %). Voilàpourquoi le ministre des affaires étrangères français a immédiatement déclaré que l’expédition temporaire annoncée et tant vantée d’uranium iranien àla Turquie ne fera rien pour stopper le programme nucléaire de l’Iran.

Elle rendra cependant des sanctions significatives plus difficiles. La résolution de l’Amérique proposée au Conseil de Sécurité est déjàrisiblement faible – omettant de placer sur une liste noire la banque centrale de l’Iran, d’exercer des sanctions contre l’industrie pétrolière et gazière de l’Iran, de réaliser des inspections non prévues en haute mer. Pourtant la Turquie et le Brésil – tous deux membres actuels du Conseil de Sécurité - sont si opposés aux sanctions qu’elles ne discuteront même pas la résolution. Et la Chine aura désormais une nouvelle excuse pour l’affaiblir encore.

Mais la signification la plus profonde du numéro de l’exportation d’uranium, c’est l’insolence avec laquelle Brésil et Turquie ont donné leur couverture aux ambitions nucléaires des mollahs et sapé délibérément les efforts des USA pour faire plier le programme de l’Iran.

La véritable nouvelle est cette photo déjàcélèbre : le président du Brésil, notre plus grand allié en Amérique latine, et le Premier ministre de Turquie, depuis plus d’un demi-siècle l’ancre musulmane de l’OTAN, levant les bras ensemble avec Mahmoud Ahmadinejad, le dirigeant anti-américain le plus virulent dans le monde.

Cette photo – une gifle provocante et triomphante àUncle Sam – est un verdict accablant àl’égard de la politique étrangère d’Obama. Elle démontre comment les puissances émergentes, alliés traditionnels de l’Amérique, ayant examiné ce gouvernement en action, ont décidé qu’il ne coà»te rien de s’aligner sur les ennemis de l’Amérique et qu’il n’y a aucun profit às’aligner avec le président des USA abonné aux apologies et àl’apaisement.

Ils ont observé les tentatives humiliantes du Président Obama pour se concilier l’Iran, alors que chaque ouverture rejetée était suivie de nouvelles offres abjectes de négociations. L’acquiescement américain a atteint un tel point que le président a pris du retard, hésitant et mou àexprimer un soutien ne serait-ce que rhétorique aux manifestants pour la démocratie qui étaient brutalement réprimés et dont l’appel au changement de régime offrait l’opportunité de l’avancement stratégique de USA le plus significatif dans la région depuis 30 ans.

Ils ont observé l’Amérique acquiescer au nouvel exercice de domination de la Russie sur l’Europe orientale, sur l’Ukraine (pressée le mois dernier par la Russie de prolonger de 25 ans son bail sur la base navale de la Mer Noire àSébastopol) et sur la Géorgie (l’annexion de facto par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Nord n’est plus un problème avec la politique de « remise àzéro  » d’Obama).

Ils ont observé notre politique de compromission avec la Syrie, agent de l’Iran au Levant - renvoyant notre ambassadeur en Syrie alors même qu’elle resserre son emprise sur le Liban, fournit des Scuds au Hezbollah et intensifie son rôle comme pivot de l’alliance Iran-Hezbollah-Hamas. Quel est le prix de cette moquerie ostentatoire àl’encontre des Etats Unis et de ses intérêts ? Toujours plus « d’engagement  » encore plus enthousiaste des USA.

Ils ont observé la gifle gratuite du gouvernement àla Grande Bretagne sur les Iles Falkland, son traitement méprisant d’Israë l, son coulage de la Tchéquie et de la Pologne, et son indifférence au Liban et àla Géorgie. Et en Amérique Latine, ils ont non seulement vu la passivité des USA alors que le Venezuela d’Hugo Chavez organise sa coalition « bolivarienne  » anti-américaine en approfondissant ses liens militaires et commerciaux avec l’Iran et la Russie. Ils ont observé le soutien actif des USA au Honduras en faveur d’un dictateur en puissance pro-Chavez cherchant un pouvoir non constitutionnel au mépris des institutions démocratiques de ce pays.

Ce n’est pas seulement l’Amérique sur le déclin. C’est la retraite de l’Amérique – acceptant, ratifiant et proclamant son déclin, et invitant les puissances émergentes àremplir le vide.

Cette retraite ne se fait pas par inadvertance. Cette retraite se fait dès la conception et de fait, par principe. C’est le parfait épanouissement du récit du Tiers Monde adopté par Obama sur les méfaits, le manque de respect et la domination de l’Amérique àpartir de quoi il est venu nous racheter avec le monde. De làsa déclaration fondamentale àl’Assemblée Générale de l’ONU en septembre dernier suivant laquelle « pas une seule nation ne peut ou ne doit essayer de dominer une autre nation  » (devinez quelle a été la nation dominante au cours des deux dernières décennies ?) Et sa révocation de tout « ordre du monde qui élève une nation ou un groupe de gens au-dessus d’un autre (l’OTAN ? L’Occident ?).

Selon les principes et les stratégies politiques d’Obama, Turquie et Brésil agissent rationnellement. Pourquoi ne pas offrir une couverture àAhmadinejad et àses ambitions nucléaires ? Alors que les Etats Unis font retraite face àl’Iran, àla Chine, àla Russie et au Venezuela, pourquoi ne pas protéger vos paris ? Il n’y a rien àcraindre d’Obama, et tout àgagner en vous faisant bien voir avec les adversaires émergents de l’Amérique. Après tout, eux croient vraiment dans l’aide aux amis de l’un et àla punition des ennemis de l’autre.


http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/05/20/AR2010052003885.html