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Guerre : Une évolution primordiale, 2ème partie
Par Jean Tsadik © Metula News Agency
Article mis en ligne le 11 juin 2004

Un parapluie hyper-tech contre les dangers rustiques

Il y aurait aujourd’hui 8’000 Katiouchas de portées diverses - certaines pouvant atteindre Haïfa et Afula - et mortiers divers dirigés vers Israë l par les supplétifs des Syriens, l’organisation terroriste islamique du Hezbollah. A Gaza, les terroristes, palestiniens cette fois, tirent régulièrement leurs roquettes semi artisanales de type Quassam ainsi que des obus de mortier sur les villages de leurs voisins israéliens du Néguev occidental. De plus, les services d’acquisition et de contrebande de l’Autorité Palestinienne décuplent d’efforts pour se doter des roquettes Katiouchas àlongue portée avant l’évacuation israélienne.

Le lanceur d’une Katioucha se transporte àdos d’homme ou sur celui d’un âne, dans le meilleur des cas. Il suffit ensuite de dresser le trépied, selon un angle pré calculé, pour envoyer une charge de 5 à25 kilos d’explosifs, à15 ou 25 kilomètres. Souvent, les lanceurs sont munis d’une minuterie, qui permet aux artilleurs de s’éloigner avant la mise àfeu. De toutes façons, ils vont s’éloigner rapidement du lanceur, une fois leur méfait accompli, avant que l’armée israélienne ne repère l’origine du feu et ne la soumette àun bombardement ciblé. Il est vrai que le coà»t très bas du matériel utilisé permet qu’on l’abandonne.

Il est vrai aussi que ces armes préhistoriques sont incapables de conditionner l’issue d’une bataille. Tant les Katiouchas que les mortiers et les Quassam sont très imprécis ; de plus, leur efficacité contre des véhicules blindés ou des positions fortifiées est marginale. Mais ça occupe les soldats de l’ennemi et ça tue ses civils. Ce sont les armes du terrorisme par excellence (aucun gain tactique ou stratégique + assassinat collectif de civils) ; elles agissent également par une sorte de dissuasion, un chantage expressif auprès des démocraties : "Si vous attaquez massivement nos terroristes ou notre dictature, vous prenez le risque que l’on vous tue quelques centaines de civils". Et si on ne gagne pas une guerre avec ces espèces de lance-pierres àpoudre, on n’en perd pas non plus et même si Israë l détruisait la totalité des 8’000 bombes qui la menacent, cela ne mettrait pas àplat l’armée du dictateur alaouite.

C’est justement pour intercepter ce genre de projectiles, développés avant même le début de la seconde guerre mondiale, que la société américaine Northrop Grumman Space Technology, en collaboration avec les meilleurs ingénieurs israéliens, notamment ceux des firmes Elbit, Electro-Optics Industries, Israel Aircraft Industries, MBT Systems & Space Technology, Tadiran et du Centre de développement de moyens de combat Raphaë l, mettent au point le Nautilus. Le Nautilus, dont l’appellation scientifique est MTHEL, pour laser mobile et tactique àhaute énergie (Mobile Tactical High-energy Laser) et qui est destiné par ses concepteurs àdevenir l’arme absolue du théâtre d’opérations de demain. En plus des mortiers et des roquettes, la nouvelle arme est capable d’intercepter et d’anéantir les missiles de croisière, les avions sans pilotes, les missiles balistiques àtrès courte portée, les roquettes air-sol ainsi que les obus d’artillerie. En fait, le système d’acquisition de cible et de fonctionnement du MTHEL permet, en théorie au moins, d’espérer intercepter presque tous les objets volants. A plus long terme, les Américains le destinent àl’interception d’avions eux-mêmes armés de faisceaux laser : Ce sera Star-Trek.

C’est en 2000 que le THEL (sans M, il n’était pas mobile àl’époque) a abattu sa première Katioucha. Depuis, le système en compte 25 àson actif, certaines tirées séparément, d’autres en salves ainsi que plusieurs obus d’artillerie qu’il a également détruits en vol.

Photos de destruction de cibles durant les essais


Au début, les Israéliens avaient tenté de développer le concept seuls. Ils connurent plus d’avatars que de succès, notamment lors d’essais opérationnels de composants d’une version primitive du Nautilus qui généra des catastrophes. Si le concept demeurait prometteur, sur la base des travaux initiaux des savants israéliens, en 1990, il fallait àl’Etat hébreu élargir les ressources humaines, technologiques et financières du projet afin d’espérer le conduire àterme. La coopération avec les USA débuta par une étude de faisabilité, diligentée par l’armée américaine en 1995. Le Dr. Josef Shwartz, le chef du projet MTHEL pour Northtrop Grumman, explique, qu’au début, ce sont les ingénieurs d’une autre compagnie US, TWR, qui travaillèrent avec les Israéliens, avant que TRW ne soit achetée par Northrop.

Comment ça marche ?

Shwartz explique que le MTHEL doit détecter le projectile hostile dès son lancement, le poursuivre avec un très haut degré de précision et guider et maintenir un puissant faisceau laser d’une dizaine de centimètres de diamètre sur l’objet intrus [ce qui le détruit Ndlr.].

Le cÅ“ur du système, le tueur, est constitué par un laser stabilisé de type DF, (fonctionnant au fluoride de deutérium). Sa particularité ? - Toutes les parties optiques du laser n’absorbent que très peu de chaleur, ce qui en fait le premier laser àhaute énergie àpouvoir se passer complètement du refroidissement par eau de ses miroirs. Les problèmes de surchauffe des lasers habituels obligent àattendre de longs moments entre ses utilisations successives ; il est àce point pointu, qu’il est àla base de l’interruption du développement de plusieurs projets de lasers àusage militaire. Autre particularité du laser de type DF, il est peu sensible aux problèmes posés par l’atmosphère. On sait en effet que l’absorption atmosphérique a tendance àréduire l’énergie du faisceau et àcréer une espèce de lentille atmosphérique qui dévie sa trajectoire. C’est d’ailleurs ces inconvénients qui perturbent également le développement de nombreux projets civils et militaires.

Rien de tel avec le faisceau généré par un laser de type DF ; celui-ci opère sur une onde de 3.8 microns de long, ce qui est relativement long, au point de protéger le faisceau des turbulences atmosphériques.

Autre développement, révélé par Northrop Grumman, afin de diminuer les gênes crées par l’atmosphère, le faisceau stabilisé du MTHEL continue de balayer le ciel tout en coursant sa cible en approche. Ce mouvement constant réduit l’effet du faisceau sur l’air ; le faisceau ne s’attarde donc pas dans une direction statique assez longuement pour générer des effets atmosphériques substantiellement perturbants.

Le MTHEL est constitué de 3 composants, comportant chacun des éléments divers. Le premier de ces composants a été baptisé par les ingénieurs le C ?I. 3 C pour commandement, contrôle et communication et un I pour "intelligence" (renseignement). Le C ?I fait appel àun équipage de deux hommes, un commandant et un canonnier, qui sont d’ailleurs les deux seules personnes nécessaires au fonctionnement du MTHEL tout entier.

Les fonctions du C ?I consistent àcontrôler le fonctionnement des éléments radar, laser et chasseur-traqueur. C’est le C ?I qui gère la totalité de l’engagement, ce qui comprend la recherche des cibles dans la zone d’alerte, la détection et l’identification des objectifs présents dans cette zone, l’irradiation et la destruction des cibles choisies ainsi que la vérification de leur élimination.

Le C3I


Josef Shwartz remarque que la différence fondamentale existant entre le C ?I du MTHEL et les systèmes existants de défense aérienne, c’est la vitesse de réaction. "Ici, on traite d’interception àla vitesse de la lumière, cela réclame un C ?I, qui ne laisse que [très Ndlr.] peu de temps pour les décisions humaines àchaque étape". C’est également pour cette raison que le C ?I possède, entre autres choix, un mode entièrement automatique. Lorsque ce mode est enclenché, le Nautilus identifie et détruit une cible sansinterférence humaine autre que la confirmation visuelle de l’identification de la cible par un Å“il humain. Il va sans dire que les deux membres d’équipage peuvent, àn’importe quel moment, supplanter la machine, cesser le tir ou éviter volontairement la cible.

Le second composant du MTHEL est le DF laser àproprement dit. Sans entrer dans trop de détails techniques, sachons au moins que sa mise àfeu nécessite que du Trifluoride de Nitrogène (NF3) et de l’Ethylène (C2H4) soient mis en réactions multiples dans 44 chambres de combustion sous haute pression, disposées côte àcôte. Chaque chambre de combustion accède par un gicleur dans la cavité du laser.

Le troisième composant du Nautilus est le chasseur-traqueur. Son travail consiste àacquérir la cible désignée du radar de contrôle de tir et àdiriger le faisceau du laser sur l’objectif en conséquence. Le chasseur-traqueur est également chargé de concentrer le rayon sur l’objectif et de l’y maintenir jusqu’àsa destruction. L’élément de direction de tir multiplie le faisceau de 10 centimètres de diamètre par un facteur de 7, afin d’en augmenter la focalisation et l’intensité.

Le système de chasse et de traque


Il n’existe plus de problème technique majeur àsurmonter

Vous êtes le commandant du MTHEL, le capitaine Némo du Nautilus du XXIème siècle ? C’est bon, sachez que vous disposez d’un magasin qui vous autorise 20 à30 tirs. Cela dépend du type d’objectifs que vous avez abattus ainsi que de la durée des engagements auxquels vous avez participé. Après, il vous faudra changer de chargeur.

C’est un des points sur lesquels les ingénieurs travaillent désormais, en vue de l’opérationnalisation du MTHEL. Ils sont en train de développer des réservoirs de carburant àlaser qui utiliseront des tuyaux souples pour se brancher au système. Lorsqu’un réservoir sera vide, assure Shwartz, on pourra s’en débarrasser et le remplacer par un plein.

Il faut aussi rendre le système transportable et adapté aux conditions du champ de bataille. Pour cela, il va falloir consolider le système optique. Et puis, on va tenter de miniaturiser tout le système, ça aidera àsa transportabilité. L’année dernière, les ingénieurs ont développé une nouvelle tête de laser, qui la rend àla fois plus compacte et plus efficace.

Northtrop Grumman et ses sous-traitants israéliens vont produire un MTHEL entièrement intégré aux fonctions parfaitement testées dans un délai de trois ans. Il en coà»tera encore environ 125 millions de Dollars, qui viennent s’ajouter aux quelques 300 millions [1] déjàinvestis par les USA et Israë l dans le développement du Nautilus depuis qu’il est devenu un projet américano-israélien. Il est vrai que ces 425 millions ne comprennent pas le prix des batteries de Nautilus elles-mêmes, seulement de la recherche et du développement. Cela peut sembler beaucoup mais en termes de budgets militaires, il s’agit d’une dépense moyenne. Elle peut être comparée au prix d’une douzaine d’avions de combats ultramodernes avec leurs équipements de soutien.

Mais surtout, on attend un effet pacificateur, au niveau mondial, de l’introduction du MTHEL. On s’attend àce que ce rayon laser remette les organisations terroristes àleur place en dotant les démocraties d’un moyen pour éviter une partie de leurs nuisances. Et puis, si tout se passe bien, dans moins de trois ans, des régimes tels que la dictature damascène ne pourront plus atteindre leurs voisins avec les armes àleur disposition et les supplétifs àleurs ordres. Moi, je parie qu’ils reprendront alors leur dimension naturelle. Celle qui est la leur sans la violence qu’ils instrumentalisent en permanence. C’est-à-dire pas grand-chose.


Notes
[1] Evaluation approximative de la Ména

Post-scriptum
(1) Toutes les informations contenues dans cette analyse appartiennent au domaine publique, la Ména ne dévoile dans cet article aucun secret lié au développement du Nautilus.