Selon une dépêche AFP, parue sur Ynet.news.com, le Ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, a appelé Khaled Meshaal à Damas, et lui a intimé de faire cesser les "tirs inconscients de roquettes sur le sud d’Israë l". Celui-ci a rétorqué que son mouvement n’était pas intéressé par une escalade militaire à Gaza et qu’il prendrait des mesures appropriées pour empêcher ces tirs de roquettes depuis Gaza. Cette demande russe intervient dans une période de développement dangereux des incidents en lisière Gaza. Le dernier en date a causé la mort d’un major israélien, Eliraz Peretz z"l et du sergent Ilan Sviatkovsky z"l, vendredi 26 mars d’une unité du 12è bataillon Golani.
Difficile de savoir si cette requête intervient après la demande de l’association israélienne Almagor, auprès des autorités russes, de bannir le Hezbollah et le Hamas de leur territoire, lors des condoléances que cette organisation leur a présenté, ces derniers jours. Elle appréciera, néanmoins, le geste.
Cet endossement russe du rôle d’arbitre des litiges entre les groupes terroristes et Israë l est suffisamment inédit pour le signaler, quand bien même serait-il de pure forme. On note également qu’il n’appelle pas Haniyeh à Gaza, mais le "réfugié terroriste" de la Maison Assad. Lequel semble faire comme s’il pouvait faire respecter l’ordre souhaité depuis la Syrie, obligée de Moscou sur bien des plans, alors que le Hamas opérationnel à Gaza n’est pas certain de tenir le challenge des groupes proches d’al Qaeda, sur place. Si le Hamas s’adonne à la surenchère, c’est justement pour capter le ressentiment anti-israélien et ne pas en laisser l’usage exclusif aux seuls groupements rebelles, proches du Jihad Global.
D’autre part, cet appel au calme intervient au lendemain d’un double-attentat au Daghestan et au surlendemain d’un évènement de même ordre en plein Moscou, sous les locaux du FSB (pour l’attentat de la station Lioubianka), qui ont fait 50 morts au total. Comme si s’établissait, au moins sur le plan d’une culture commune face au danger, une similarité de destins croisés dans la douleur, entre Israéliens et Russes. L’autre point commun est que les débordements en Russie, Daghestan ou territoires palestiniens relèvent fréquemment d’un même Jihad "glocal", à savoir qu’il prend prétexte de problèmes nationaux et territoriaux pour étendre ses zones de frappe, au-delà de bien des questions d’indépendance.
Il est bien trop tôt pour évoquer la moindre coopération sécuritaire entre les deux états, au-delà de l’admonestation diplomatique. Néanmoins n’est-on plus tout-à -fait dans cette vision bipolaire classant Israë l dans les ennemis géostratégiques à affaiblir par tous les moyens, du fait de son alliance avec les Etats-Unis. Cette intervention bienveillante se déroule également à un moment où la brouille entre Jérusalem et Washington semble difficile à calmer.
Mais l’on peut se mettre à rêver que d’autres équilibres sont pensables face à la terreur, en dépit des déclarations intempestives du Président français Nicolas Sarkozy assimilant vulgairement tout terrorisme planétaire avec la question des implantations en Judée-Samarie ou les constructions dans Jérusalem (le jour même des attentats antirusses, lesquels Russes auront apprécié compter pour des queues de prune aux yeux de Paris). Amalgame simplissime et inversion légale qui fait fi de tout respect de la résolution 242, posant qu’Israë l se retirera "de" territoires si et quand la paix serait signée, son existence reconnue et ses frontières respectées.
A preuve cette saine réaction de Lavrov, qui a, au moins, le mérite de rechercher une relative efficience, occupant le vide laissé par l’impuissance diplomatique franco-américaine. Celle-ci s’est ruée sur Assad et les échanges économiques avec son état-voyou de Syrie, alliée du Hezbollah, du Hamas et surtout de l’Iran, ne "gagnant" que l’alignement de la Turquie sur l’axe de Téhéran et, à un degré moindre, du Liban de Souleimane vers les mêmes forces d’attraction. Le parrain russe rappelle qui est le patron à Damas à ces prétendants occidentaux dénués de principes, en matière de "chasse gardée".
Au même moment, l’Inde a envoyé une délégation de son Ministère de la Défense en Israë l pour finaliser des contrats importants concernant la livraison de drones par Israë l. New Delhi, en effet, s’inquiète des promesses américaines de livraison de Predators au Pakistan, qui souhaite mener lui-même les frappes contre les Talibans dans ses zones tribales. Sachant que les services de renseignements pakistanais (ISI) sont à l’origine des mouvements jihadistes, comme les Taliban ou le Lashkar-e-Taïba qu’il contrôle également dans les zones du Cachemire, une course à l’armement sans pilote vient de s’initier entre Jérusalem et Washington pour satisfaire les deux parties fratricides.
Ces évolutions seront à suivre de près, notant que la sécurité en Asie Centrale dépend autant de la sà »reté de la Russie, de la Chine que de l’Inde et que les Etats-Unis sont parfois soupçonnés d’alimenter des incendies qu’ils ont bien du mal à contrôler ensuite, tout en souhaitant que les retours de flammes n’atteignent jamais que leurs challengers sur le plan économique et géostratégique. L’équilibre en question n’oscille, bien évidemment, que de quelques degrés diplomatiques, jamais de mouvement à 180°, mettant en péril les rapports de forces acquis jusqu’à présent.