Une limousine noire arborant les drapeaux américain et israélien s’est arrêtée avant-hier devant le porche de la Maison Blanche. Binyamin Netanyahu en est sorti souriant et plein d’énergie. Le président Barack Obama a accepté de lui consacrer une heure de son emploi du temps. Pour Netanyahu, c’était là une occasion en or de remettre sur pied ses relations avec le président américain, une occasion qu’il ne comptait pas laisser passer. Mais, dès son entrée dans le bureau ovale, ce qui l’attendait était une humiliation incessante.
Une heure à peine avant l’arrivée de Netanyahu à la Maison Blanche, on a appris que la construction de vingt logements au cÅ“ur du quartier arabe de Sheikh Jarrah, à Jérusalem, avait été validée. La confiance fragile qui venait de se créer a alors volé en éclats : Les officiels américains ont dit avoir eu l’impression que « Netanyahu nous crachait une nouvelle fois au visage  ». La rencontre n’a pas été annulée, mais la Maison Blanche n’a pas ménagé ses efforts pour humilier le Premier ministre : Les photographes n’ont pas été autorisés à photographier le Premier ministre avec le président Obama, comme il est d’usage avant ce genre de rencontres. Un photographe de la Maison Blanche a bien sà »r immortalisé les deux hommes, mais les photos n’ont pas été publiées.
Lorsqu’à 17 h 34 (heure de Washington), Netanyahu est entré dans le bureau ovale, il est tombé dans une embuscade. Le Premier ministre n’a pas pris en compte le fait que face à lui il avait un président plus fort et plus sà »r de lui qui, quelques heures auparavant, avait fêté une victoire historique, celle du vote de sa réforme de l’assurance-santé.
Obama a immédiatement réclamé de savoir quels gestes Netanyahu est prêt à faire vis-à -vis des Palestiniens, en vue des pourparlers indirects avec Israë l. Insatisfait par les réponses du Premier ministre, le président Obama a souligné que dès les pourparlers indirects, les questions fondamentales du conflit devront être discutées, et, en premier lieu, celle du tracé des futures frontières. Selon une source à la Maison Blanche, Netanyahu a accepté que des idées générales concernant la résolution du conflit soient évoquées lors des pourparlers indirects. Quant aux détails, a proposé le Premier ministre, nous en discuterons uniquement quand débuteront les pourparlers directs. Les minutes ont passé. Le président parlait de démarches pratiques, tandis que le Premier ministre essayait de parler de théorie. On ne voyait aucune entente à l’horizon.
A 19 h 03, une heure et demie après le début de la rencontre, Obama s’est levé. « Je vais à la résidence pour dîner avec Michelle et mes filles  », a-t-il fait savoir. Il est vrai que depuis son entrée à la Maison Blanche, le président tient à passer du temps avec sa famille, mais on peut supposer que, si la rencontre s’était déroulée dans une atmosphère amicale, Obama, une fois n’est pas coutume, serait resté en compagnie de Netanyahu et l’aurait même invité à dîner. Le président a proposé au Premier ministre de rester à la Maison Blanche pour consulter ses collaborateurs et pour, s’il change de position, le lui faire savoir immédiatement. « Je reste dans les environs, faites-moi savoir s’il y a du nouveau  », a indiqué Obama.
Pendant qu’Obama était au troisième étage de la Maison Blanche, Netanyahu et ses collaborateurs se sont retrouvés dans l’aile Roosevelt, au premier étage. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, qui venait de terminer son entretien avec le conseiller pour la sécurité nationale, James Jones, s’est joint aux concertations. A 20 h 20, Netanyahu et Obama se sont entretenus une nouvelle fois en tête à tête, pendant près de vingt-cinq minutes. « Le président a demandé à Netanyahu de prendre des mesures afin de bâtir la confiance, en vue des pourparlers indirects. Il y a eu des accords et des désaccords. Les discussions se poursuivront  », a affirmé un haut responsable américain.
Comme il est d’usage, la Maison Blanche a mis un téléphone à la disposition du Premier ministre Netanyahu, mais celui-ci n’était semble-t-il pas certain que ses hôtes n’essaieraient pas d’écouter la conversation. Au terme du deuxième entretien avec Obama, le Premier ministre et le ministre de la Défense, ont quitté la Maison Blanche pour l’ambassade d’Israë l à Washington. Ce n’est que là , dans le bureau de l’ambassadeur Michael Oren et sur une ligne de téléphone sécurisée, que Netanyahu a pu parler en confiance.
Les conseillers du Premier ministre, Yitzhak Molho, Ron Dermer et Nir Héfetz, sont restés eux à la Maison Blanche pour tenter de s’entendre sur une déclaration commune, mais sans succès. La Maison Blanche a répondu par un silence assourdissant et, contrairement à l’usage, aucun communiqué n’a été publié.
L’affrontement avec Obama a obligé Netanyahu à modifier son emploi du temps et, après une mauvaise nuit, il s’est rendu à nouveau dans la matinée à l’ambassade pour tenter d’élaborer des réponses susceptibles de satisfaire le président Obama. Netanyahu a également rencontré George Mitchell, pour tenter de mettre fin à la crise.