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Un monde de murs - Israë l en a un mais avez-vous entendu parler des autres ?
par Shiraz Maher, ancien membre du groupe islamiste Hizb ut-Tahrir, adapté par Danielle Elinor Guez
Article mis en ligne le 18 novembre 2009

Aujourd’hui marque le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Durant cette période de nombreuses autres barrières et murs ont été élevés autour du monde et la BBC a très bien documenté ce sujet dans un article étonnant . Bien sà»r, celle dont nous avons tous entendu parler c’est la barrière de sécurité d’Israë l qui a provoqué de féroces critiques après sa construction en 2003.

Elevée en réponse àl’intifada palestinienne qui a causé plus de 1000 morts depuis septembre 2000, la barrière a stoppé drastiquement le nombre d’attaques terroristes àl’intérieur du pays. Excusez le jeu de mots [de mur àmur ], mais elle a reçu une couverture telle que vous pourriez penser que la décision d’Israë l de se défendre de cette façon est sans précédent. Pourtant ce n’est pas seulement faux mais ironiquement, un grand nombre de barrières physiques actuellement en place sont situées dans le monde musulman.

La frontière entre l’Arabie Saoudite et le Yémen est justement un endroit où une barrière physique est utilisée par un régime musulman pour se défendre contre la "contrebande" et le "terrorisme". Le chef du contrôle des frontières de l’Arabie Saoudite, Talal Anqawi, la décrit comme :

étant une sorte d’écran destiné àempêcher les infiltrations et la contrebande.

La frontière entre l’Arabie Saoudite et le Yémen a toujours été problématique servant de passage pour la contrebande d’armes.En effet, les explosifs utilisés dans les attentats de Riyad en 2003, qui avaient ciblé un complexe de logements des expatriés occidentaux ont été fournis par des passeurs yéménites. Ce n’était pas la première fois que cela se produisait en Arabie saoudite, accusée par les Yéménites de ne pas faire suffisamment d’efforts pour arrêter le terrorisme. Les contrebandiers yéménites sont également soupçonnés d’avoir aidé àfaciliter la campagne de bombardements contre des bases militaires américaines dans le milieu des années 1990.

À partir du moment où le gouvernement saoudien a perdu confiance dans la capacité du Yémen àlutter contre le terrorisme intérieur, il a décidé de construire une barrière physique. Une grande partie de celle-ci traverse un territoire contesté. Selon le traité de Djedda en 2000 sur la frontière entre l’Arabie saoudite et le Yémen, une zone démilitarisée « tampon  » doit exister entre les deux pays, protégeant les droits des tribus de bédouins nomades qui vivent dans la zone transfrontalière.

Pourtant une partie de la barrière saoudienne se trouve àl’intérieur de la zone démilitarisée en violation des accords de 2000, ce qui exaspère le Yémen. Le Ministre des Affaires Etrangères, Abu Bakr Al-Qirbi, a fait une réclamation officielle auprès du gouvernement saoudien en 2003 en faisant valoir :

Cette zone est censée servir de pâturage. Cela faisait partie de l’accord. Les tribus ont été autorisées àtraverser d’un côté àl’autre pour le pâturage. C’est un mode de vie traditionnel des tribus dans cette région.

Ce n’est plus le cas désormais. Un dirigeant éminent de la tribu Wayilah qui occupe la zone contestée, explique :

La barrière gêne la circulation de nombreuses tribus qui ne peuvent plus faire paître leurs troupeaux. Les tribus ont droit àla liberté mais la barrière les en a privées.

Autant que je sache, ce "siège" n’a pas été couvert par les télévisions, mais je suis sà»r que Yvonne Ridley et George Galloway vont bientôt prendre la tête d’une délégation de soutien aux membres de la tribu Wayilah durement persécutés, qui sont surtout victimes de discriminations parce qu’ils sont chiites - une secte de l’islam minoritaire [en Arabie Saoudite]méprisée par les wahhabites.

Plus récemment, l’Arabie saoudite a également construit une barrière physique le long de sa frontière avec l’Irak pour arrêter les djihadistes du Royaume qui traversent pour rejoindre les moudjahedins. Talal Anqawi a salué ce succès majeur déclarant que les incursions transfrontalières ont baissé de 40%.

Au-delàdu Moyen-Orient, la frontière de 900 km entre l’Iran et le Pakistan est actuellement remplacée par un mur de béton (10 mètres de haut, 1 mètre d’épaisseur), fortifié avec des tiges d’acier. Apparemment construit pour contrer les trafiquants de drogue et les terroristes, les populations locales baloutches s’opposent àsa construction car il s’élève àtravers leurs terres et sépare les communautés vivant de chaque côté du mur. Le chef de l’opposition de l’Assemblée provinciale du Baloutchistan, Kachkol Ali, s’est farouchement opposé au mur car son peuple n’a jamais été consulté àson sujet et parce qu’il coupe les familles les unes des autres. Un communiqué du Parti du peuple du Baloutchistan affirme :

... la communauté Baloutche du village frontière de Sorap dans la région du Mekran occidental a montré ses craintes d’être politiquement et socialement divisée. Les gens ont été contraints par les autorités iraniennes àlibérer la ville dans un délai stipulé (de 10 jours).

Un certain nombre de communautés Baloutches, en particulier dans le district de Kech du sud-ouest du Baloutchistan, se trouvent àcheval sur la frontière irano-pakistanaise. Après le début de la construction du mur iranien, beaucoup de ses membres se trouvant du coté iranien ont été transférés de l’autre coté de la frontière, au Pakistan où ils sont séparés de leurs familles et leurs terres.

J’espère participer àl’occupation prochaine des amphithéâtres dans les universités àtravers le pays pour protester contre ce scandale insupportable. J’entends déjà: « Vive, Vive la Balochistina  » !

Il y a bien d’autres exemples àl’intérieur du monde musulman. Dans le désert du Sahara occidental , le Maroc a construit un mur massif, s’étendant sur plus de 2700 km. Son but premier est de se prémunir contre les séparatistes sahraouis du Front Polisario - un mouvement politique et terroriste - qui prône l’indépendance pour le peuple sahraoui. Une grande partie du mur est bordée de barbelés et de mines, c’est la même chose qui existe aussi sur une partie de la frontière pakistano-indienne (en particulier au Cachemire).

Vingt ans après l’effondrement du mur de Berlin, des barrières physiques continuent àêtre utilisées dans le monde. Elles ne sont peut-être pas belles, mais elles sont efficaces. En effet, même les plus grands critiques d’Israë l doivent admettre que les attentats suicides ont diminué considérablement depuis la construction de la barrière de sécurité àGaza et en Cisjordanie. Pourtant, l’unique obsession des islamistes et d’une partie de la gauche politique est Israë l et ils ne condamnent pas de la même façon l’Iran, l’Arabie saoudite, le Maroc ou le Pakistan.

Je ne connaissais rien sur le sujet des autres murs de sécurité et clôtures construites dans le monde. Nous avons tendance àentendre parler seulement d’Israë l en raison de la grande couverture médiatique et de l’activisme hippy qu’il suscite. Aucune autre barrière de sécurité n’a attiré autant d’attention et ceci, malgré la grande vaque d’attaques terroristes dont a souffert Israë l en 2000-2003. En fin de compte, mon point de vue est le même que celui que j’ai exprimé plus tôt dans l’année, quand le conflit àGaza a éclaté : où est [le manque] d’équité et de cohérence dont les islamistes et les empathiques dirigeants de gauche se plaignent constamment ? Et pourquoi cette obsession focalisée sur tout ce qui est israélien ?


http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/world/2009/walls_around_the_world/default.stm