PSYCHOLOGIE ET POLITIQUE
« Rien n’est plus proche de la Vérité que l’apparence de la vérité  ».
Cet article se propose de montrer comment le fonctionnement psychique individuel peut également s’appliquer à des groupes humains et comment une pathologie individuelle comme la paranoïa peut parfaitement illustrer le fonctionnement des groupes terroristes.
A - DESCRIPTIF
En psychologie on définit la paranoïa comme une maladie mentale chronique du groupe des psychoses.
Le paranoïaque se caractérise par :
une perversité mise au service de son intelligence. Il est capable dun discours argumenté, d'apparence logique, mais cependant délirant.
Il possède une forte volonté de puissance et cherche à prendre le pouvoir par tous les moyens : la persuasion ou la violence.
Il se caractérise également par une absence de doute le concernant et par conséquent il ne se remettra jamais en cause parce quil estime être dans la vérité et avoir raison.
Le paranoïaque est soupçonneux : il croit que les autres complotent contre lui pour le tromper ou parce quils en veulent à sa réputation.
Il interprète négativement des remarques inoffensives.
Comme son entourage est un ennemi potentiel il peut devenir très agressif.
Ces personnes pensent être de grands personnages, de grands réformateurs, de grands leaders.
Quand lillusion qui lanime est religieuse il croit, par exemple, qu'il est le messager de Dieu et quil a été envoyé au monde pour propager une certaine religion.
Au niveau des groupes terroristes nous retrouvons ce même fonctionnement totalitaire. Prenons comme exemple la Charte du Hamas :
Une perversité mise au service dune intelligence :
« Le Mouvement de Résistance Islamique est un mouvement de combat qui envisage la vie avec moralité et clarté dans la manière dont il doit coopérer avec les autres mouvements comme ailleurs. Il déteste l'opportunisme et désire uniquement le bien du peuple, des individus et des groupes de la même façon. Il ne recherche pas les profits matériels et la gloire individuelle. Il ne recherche pas non plus de récompenses pour les individus. Il travaille avec ses propres ressources et, quels que soient ses moyens, "et tire d'eux toute l'énergie possible", pour l'épanouissement du devoir, et pour gagner les faveurs d'Allah. Le Mouvement n'a pas d'autre désir que celui-là. »
Il possède une forte volonté de puissance et cherche à prendre le pouvoir par des moyens interprétatifs très personnels.
« Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique « waqf » pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou en partie, de s'en séparer en tout ou en partie. » (Article 11). »
« La Palestine est un territoire islamique consacré aux générations musulmanes jusqu'au jour du jugement. Pour cette raison, qui pourrait prétendre avoir le droit de représenter les générations musulmanes jusqu'au jour du jugement ? La loi gouvernant la terre de Palestine est celle de la Sharia Islamique (Loi) et la même loi est valable pour toutes les terres que les Musulmans ont conquis par la force, parce que durant la période des conquêtes (Islamiques), les Musulmans ont consacré ces terres aux générations musulmanes jusqu'au jour du Jugement. ».
Il se caractérise également par une absence de doute le concernant car il est animé par les meilleures intentions et par conséquent il ne se remettra jamais en cause car il a toujours raison.
« Comme le Mouvement de Résistance Islamique ouvre la voie, il aidera les opprimés et soutiendra de tout son pouvoir ceux qui ont commis des erreurs. Il n'épargnera aucun effort pour amener la justice et mettre en échec l'injustice, en paroles et en actions, là et partout où il peut intervenir et avoir une influence. »
Le paranoïaque est soupçonneux : il croit que les autres complotent contre lui pour le tromper ou parce quils en veulent à sa réputation.
« Les conférences internationales débouchent uniquement sur l'installation d'infidèles sur la terre des Musulmans comme médiateurs. Depuis quand les infidèles rendent-ils justice à ceux qui croient ? Il n'y a pas de solution à la question palestinienne si ce n'est à travers la Jihad. Les initiatives, les propositions et les conférences internationales sont toutes une perte de temps et de vaines tentatives. Le peuple palestinien sait ce qu'il lui convient et ne doit pas accepter que son futur, ses droits et son destin soient manipulés. »
Il interprète négativement tout ce qui va à lencontre de son idéologie.
« Le jour où les ennemis usurpent une partie de la terre musulmane, la Jihad devient le devoir individuel de chaque musulman. »
Comme son entourage est un ennemi potentiel il peut devenir très agressif.
« La Jihad est son chemin et la mort pour la cause d'Allah est le plus grand de ses vux ».
Ces personnes pensent être de grands personnages, de grands réformateurs, de grands leaders.
« Le Mouvement est universel. Il est parfaitement adapté pour cela en raison de la clarté de son idéologie, de la noblesse de ses causes et de la hauteur de ses objectifs. »
Quand lillusion qui lanime est religieuse il croit, par exemple, qu'il est le messager de Dieu et quil doit diffuser ses croyances à tous.
« Il est nécessaire d'insuffler aux esprits des générations musulmanes que le problème palestinien est un problème religieux et qu'il doit être envisagé comme tel. La Palestine renferme des lieux islamiques sacrés. Il s'y trouve la mosquée al-Aqsa, qui est à un pas de la grande mosquée de la Mecque et qui en est inséparable aussi longtemps que la terre et le paradis parlent de Isma' (le voyage de minuit de Mohammed aux sept paradis) et de Mi'raj (l'ascension de Mohammed de Jérusalem aux sept paradis). »
« La nature islamique de la Palestine fait partie de notre religion et quiconque prend sa religion avec légèreté est un perdant. "Celui qui sera opposé à la religion d'Abraham mais dont l'esprit est infatué ? (la Vache - Verset 130). »
Le fonctionnement paranoïaque empêche laccès à laltérité, cest-à-dire à la remise en cause des idées par le dialogue avec lautre. Puisque lautre est lennemi du paranoïaque, il lui faut sen protéger. Puisque lautre est censé lui nuire il se doit dêtre le plus fort et davoir le pouvoir.
Cette position psychique amène le paranoïaque à croire quil a obligatoirement raison contre tous même si son discours na, pour tout autre que lui, aucun lien avec la réalité objective. La réalité objective ne lintéresse pas car il a besoin, avant tout, davoir raison pour se sentir exister et il interprètera donc les faits de manière à justifier ses priorités subjectives.
Extrait dun discours de Muammar al-Kadhafi à Nouakchott en Mauritanie :
«LIslam régnera sur la planète, comme Allah la promis, les religions qui lont précédé ayant expirées, selon la version du prophète Mahomet, dernier messager de Dieu ».
Fort de cette certitude, il a lancé un appel à lhumanité toute entière à rendre justice au prophète Mahomet en reconnaissant sa religion comme la finalité de celles révélées par ses prédécesseurs que sont Moïse et Jésus. Selon le président libyen : « Le Coran démontre quil nexiste pas de divergences entre lIslam et Moïse ainsi que ses proches fidèles, parce quils étaient des musulmans. Sils avaient vécu du temps de Mahomet, ils auraient cru en lui, tout comme il nexiste pas de problème avec Jésus et les autres prophètes, étant tous des musulmans et Mahomet le sceau des prophètes. »
Ce fonctionnement délirant : « je parle au nom des autres » empêche douvrir la porte à des considérations autres principalement quand ces considérations autres se placent sur le terrain du dialogue politique. Nous sommes là en présence dun discours fermé sur lui-même, qui permet au paranoïaque dasseoir son pouvoir sur une autojustification. Et qui dénie de ce fait même tout vis-à-vis, tout « autre ».
Ce type de fonctionnement psychique a besoin dune idéologie politique ou religieuse ou un mélange des deux pour se convaincre dexister et davoir une valeur à exister. Si lidéologie venait à se craqueler des sentiments de dévalorisation profonds apparaîtraient et ce nest en aucun cas envisageable. Le paranoïaque préfèrera la mort à la vérité sur lui-même.
Lidéologie est la structure extérieure qui vient se mettre en lieu et place de limpossibilité pour le paranoïaque de sajuster à la réalité. Lidéologie lui tient lieu de colonne vertébrale. Sans idéologie il nexiste pas car il ne sait pas quon peut penser par soi-même et être en relation constructive avec dautres. Lidéologie quant à elle est sans faille, avec elle on ne prend pas le risque de se tromper ni dêtre déstabilisé dans ses croyances par un point de vue différent.
Prenons une nouvelle fois comme exemple un passage de la charte du Hamas : Le Nationalisme, du point de vue du Mouvement de Résistance Islamique, fait partie du credo religieux. Rien dans le nationalisme n'est plus signifiant ou plus grave qu'un ennemi qui menace la terre musulmane. Résister et réprimer l'ennemi devient le devoir individuel de chaque Musulman, homme ou femme.
Quand ceux qui veulent entamer le dialogue se placent sur le plan religieux ou politique, ils sont voués à léchec quoiquils fassent car il ne sagit pas dopinions différentes obéissant à la soi-disante « liberté dexpression » mais bien de structure psychique inatteignable. (A moins dêtre fou soi-même !...)
B - FACE A CETTE REALITE PATHOLOGIQUE, QUE FAIRE ?
Par quels critères allez-vous démontrer au paranoïaque quil a tort puisquil ne tient pas compte de la réalité objective et mélange allégrement politique et religion, objectivité et subjectivité ? Quand il sagit dun problème anecdotique cela na que peu de conséquences et vous pouvez vous détourner et passer à autre chose, mais quand nous sommes dans le domaine public, dans le domaine de la politique et que vos interlocuteurs fonctionnent selon ce mode, comment faire, comment se comporter ?
Comment faire valoir une position « juste » (cest-à-dire ajustée en toute relativité- à la réalité objective) par rapport à une position de principe dictée par des considérations dordre subjectif : « Allah est son point d'ancrage, le Prophète est son modèle, et le Coran, sa constitution : la Jihad est son chemin et la mort pour la cause d'Allah est le plus grand de ses vux, » et dont on sait quelle conduira inévitablement à la violence ?
Comment faire prévaloir les valeurs démocratiques face à la dictature dune idéologie religieuse ?
Comment faire pour ne pas imposer son point de vue par la force, alors que nous savons que la logique mise en place conduira à léchec des négociations ?
Comment faire pour ne pas imposer son point de vue par la manipulation mentale, la manipulation de limage, comme le fait notre interlocuteur ?
Comment faire pour éviter de se battre avec les mêmes armes que ladversaire : le mensonge, la falsification de la vérité, la réécriture de lhistoire, loubli de lobjectivité des faits, etc
Comment faire pour se poser dans sa vérité face à la pathologie du vis-à-vis ? Cet autre qui fait de la vérité une valeur absolue ? Ou vous faites partie du même absolu ou vous êtes un infidèle
Comment prouver que le paranoïaque ce nest pas vous ?
Comment faire reconnaître le bien fondé de votre position alors que lapparence est contre vous ? Exemple : « je suis agressée ⇒ je me défends ⇒ je suis accusée dagressivité. Prenons lexemple de la guerre de Gaza : Israël se fait attaquer durant huit années avant de réagir et cest Israël qui est accusé davoir « commis un crime contre lhumanité » .
Comment faire pour réinscrire un événement dans une histoire face à un vis-à-vis qui a un intérêt psychique à ne prendre en compte que votre réaction face à laction quil aura intentée pour la provoquer ?
Voici lhistoire suivante. Deux voisins se rencontrent : lun des deux possède une bague de grand prix et lautre convoite cette bague. Il cherche alors un moyen de lobtenir. Il dit à son ami : - « Jai acheté aujourdhui une bague sertie dun diamant et je ne sais pas si elle vaut le prix quon men a demandé ». Le propriétaire de la bague la retire alors de son doigt, la lui tend et lui dit : - « Regarde cette bague, je lai payée 10 000 Dirhams, ainsi tu pourras comparer». Lhomme prend la bague la regarde attentivement et la met dans sa poche.
- « Que fais-tu » lui dit son ami ?
- « Eh bien je remets la bague dans ma poche » lui répond le voleur, avec toupet.
- « Mais cest ma bague ! » sécrie lhomme
- « Pas du tout ! ta bague je te lai rendue, celle-ci cest la bague que je me suis achetée ce matin ! »
La dispute senvenime entre les deux hommes jusquà ce que lhomme qui a été volé exige daller devant le juge.
- « Non, je ne peux pas aller avec toi devant le juge car je nai pas dhabit suffisamment correct à me mettre. » lui répond le voleur.
- « Ce nest pas un problème, prend mon manteau et allons-y ! » lui répond lautre.
- « Mais je nai pas la force de faire tout ce chemin à pied. » objecte le voleur.
- « Monte sur mon âne, et pressons-nous ! »
Ils arrivent devant le juge et là le propriétaire de la bague raconte ce qui vient de lui arriver.
Le juge interroge alors le voleur : - « Quas-tu à répondre à cela ? »
Le voleur répond : - « Monsieur le juge, que puis-je bien vous dire ? Mon voisin est un grand menteur et je peux le prouver : il prétend que cette bague lui appartient mais il peut aussi très bien, sans aucune honte, vous dire que le manteau que je porte est le sien ! »
- « Bien sûr que ce manteau est le mien ! » répond lhomme
- « Navais-je pas raison ! Et il va aussi prétendre que lâne sur lequel je suis venu lui appartient également. »
Le volé, très en colère, sécria : - « Mais bien évidemment que cet âne aussi mappartient ! »
Le juge était maintenant certain que lhomme qui était venu se plaindre était un menteur et décréta que cétait le voleur qui avait raison : celui-ci sen retourna donc, revêtu du manteau de son voisin, sur son âne, avec à son doigt la bague tant convoitée.
Ce conte est significatif à plus dun titre : il nous montre comment la ruse vient à bout de lhonnêteté ; en quoi elle constitue une stratégie et comment elle anticipe les réactions spontanées du vis-à-vis. Face à de tels procédés la seule arme à notre disposition : notre discernement.
C - LA SOLUTION
הבחנה vient de la racine החנ qui signifie : épreuve, test, examiner, scruter.
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Le discernement saccompagne toujours dune épreuve, à savoir : construire son identité. Car il faut le préciser, le discernement nest pas lobjectivité ou encore, le discernement ce nest pas « seulement » rester objectif face à une situation.
Le discernement est lié à un ressenti. On éprouve une situation comme étant juste ou fausse à partir du moment où lon ressent un malaise. Et cest à partir de ce ressenti que la réflexion va sexercer.
Face à la manipulation, à la confusion, lindividu, le groupe ou létat concerné vit une épreuve exemplaire qui va lobliger à analyser, à séparer, à discerner, en un mot à sortir de la confusion. Contraint à se construire ou à mourir.
Puisque le vis-à-vis manipulateur est dans une position de pouvoir obligé, ce nest pas en tentant de lui damer le point quon réussira à se libérer de son emprise. Bien au contraire. Le paranoïaque ne peut pas céder car ce serait alors toute sa fausse identité qui seffondrerait. Le paranoïaque ne peut que tuer ou mourir. La personne, le groupe ou létat qui est obligé, par les circonstances de la vie, de vivre dans lombre dun paranoïaque ne peut se confronter à cette folie. Il lui faudra pourtant vivre à côté delle. Vivre avec. Comment rester sain, sain et sauf, saint, dans ce telles conditions ?
Le paranoïaque sera le prétexte à la construction dune identité. En aucun cas il ne devra être ou ne pourra être un interlocuteur.
Un interlocuteur est une personne avec qui vous avez un intérêt commun quil convient de découvrir au-delà des divergences. Le paranoïaque, quant à lui na quun seul intérêt : vous détruire pour être conforté dans la « justesse de sa position folle ».
Le savoir permet de ne pas se leurrer et dinvestir son énergie là où elle doit être investie à savoir dans la construction de son identité et dans laffirmation de sa spécificité.
Pratiquement en quoi cela consiste-t-il ?
Cela consiste en des actions simples, dénuées de toute ambition de pouvoir :
souligner les contradictions de ladversaire ; non pas pour le faire changer car cest impossible mais pour aider à la construction de sa propre personnalité.
témoigner de son point de vue même si tout le monde le juge mensonger.
affirmer les valeurs qui sont les nôtres.
Le reste ne nous appartient pas. Cest un travail qui, jugé en apparence, est à fond perdu mais qui est le seul et le vrai chemin pour se protéger efficacement contre la violence car seule la conscience de ce qui Est nous protège en vérité. (Cette position psychique nexclue évidemment pas des moyens de défense bien concrets ; indispensables).
Les pièges
Dans cette épreuve de positionnement nous rencontrons de nombreux pièges dans lesquels il ne faut bien sûr pas tomber :
les bons sentiments : la compassion, la compréhension de ladversaire, la justification,
laveuglement quant à sa position réelle,
le fait de croire aux bonnes paroles sans prendre en compte lintention qui les sous-tend ou labsence dactes qui les suivent,
se laisser influencer par ceux qui ne peuvent juger que sur lapparence,
et savoir que lapparence est toujours du côté du manipulateur ; celui qui est en vérité est toujours maladroit, pris de court, naïf, et à court darguments,
sidentifier à lagresseur, pour éviter de ressentir sa propre agressivité,
etc.
Le paranoïaque quant à lui, même et surtout sil se présente comme une victime, est dans un système de pouvoir. Toute sa stratégie est mise en place dans le but dobtenir la suprématie sur lautre ou déradiquer lautre purement et simplement, psychiquement et/ou physiquement. Son vis-à-vis est dans une position daccusé et mis en demeure de se défendre alors même quil est innocent. Mais il ne faut pas oublier quaux yeux de ce manipulateur, lautre, son vis-à-vis, est coupable dexister et de vivre là, à cet endroit précis où il se prend justement à vouloir être. Avant que la place ne soit occupée, le paranoïaque sen désintéressait mais maintenant quelle est occupée il na plus quun seul désir en tête, en déloger celui qui, légitimement, est venu sy installer. Pour arriver à ses fins il va chercher à se faire des alliés et le meilleur moyen quil ait trouvé pour y parvenir est de jouer la carte de la victime et de réinterpréter la situation à son seul avantage, suscitant ainsi la compassion et les bons sentiments de ceux qui sidentifient à lui ou qui ont un intérêt quelconque à prendre son parti et à le croire.
En cultivant ainsi sa position de victime, il attirera à lui tous ceux qui fonctionnent selon ce même mode : celui des croyances en lapparence comme étant la seule et unique réalité, en un mot : la majorité des êtres humains ! Cette adhésion à lapparence sétaie sur la croyance en des valeurs dites « humaines » : de pitié, de compassion, et de haine de lagresseur automatiquement désigné par la victime elle-même, bien évidemment.
Nous retrouvons ce mode de fonctionnement à tous les niveaux du tissu social et pour ceux qui sont englués dans de telles problématiques, le chemin pour sen libérer est long et semé dembûches.
Pour un observateur extérieur quels sont les critères qui vont nous permettre de faire la différence entre une position fausse et une position juste ?
On pourrait penser que le fait, lacte, lévénement, non en tant que tel mais réinscrit dans une dimension historique et mis en perspective dans un contexte précis peut prétendre à un statut dobjectivité, et par conséquent faire lunanimité. Or, nous remarquons que ce nest pas le cas, loin sen faut. Il existe des situations où la priori subjectif est tel que lobjectivité est invalidée au profit de la croyance qui lui préexiste. Cest pourtant la réinscription dun fait dans une histoire qui permet dentrevoir la motivation qui le sous-tend. Linterprétation qui en est alors donnée ne peut plus être le fait dune projection subjective et par conséquent manipulatoire, mais bien lobjectivité dune logique mise en place qui témoigne alors dune réalité à prendre en compte.
Prenons un exemple :
Cest laspiration du peuple juif à revenir sur sa terre qui a permis que durant les 20 siècles dexil lintégrité du peuple soit restée intact. Cest Jérusalem qui symbolisa cette intention du retour.
On peut aisément comprendre que les nations, par définition non juives, ne souscrivent pas à ce projet puisquil ne leur appartient pas. Et lon peut également comprendre quelles entravent par tous les moyens à leur disposition la réalisation dun tel projet car depuis lexil des juifs de leur terre les nations se sont construit des histoires, des idéologies, quelles veulent en lien avec le judaïsme tout en invalidant cette origine afin de se créer une origine spécifique.
Ainsi, pour elles, reconnaître un sens à lHistoire leur est impossible et elles préfèrent mettre en balance, en parallèle, lhistoire dun peuple avec les événements séparés jalonnant lhistoire. Ainsi les musulmans prétendent que cette terre leur appartient parce quils lont conquise en . Mais les chrétiens pourraient prétendre la même chose. Des combats, des conquêtes, ne peuvent être comparés à lHistoire dun peuple ni être mis en parallèle.
A nous donc de développer notre discernement afin de ne pas être piégé dans ces manipulations du langage et de la pensée car limpossibilité des nations à reconnaître la spécificité juive ne doit pas influer sur notre destin, sur notre identité ni sur la construction de notre devenir.
En conclusion je dirai quil nexiste pas de position juste ou de position fausse. Il existe un mouvement, un devenir, une Histoire et un peuple, héros de cette Histoire. Comme dans toutes les histoires le héros rencontre la perversité, la méchanceté, la jalousie, la violence, non pas pour en être détruit mais bien pour que ces expériences de confrontation au mal lui permettent daccoucher de son identité.
Si la pathologie paranoïaque observable chez un individu peut sappliquer à un groupe dirigeant, le devenir dun sujet avec toutes ses vicissitudes peut également sappliquer à un groupe. Et ce groupe, précisément, est illustré par le peuple juif.
Israël est une démocratie. Sa terre lui a été octroyée par lONU. Le judaïsme nest pas une religion mais un mode de vie. Le juif pense par lui-même et nest jamais soumis à un mot dordre.
Le Judaïsme nest pas prosélyte et adhérer au Judaïsme est un véritable parcours du combattant . Combat mené avec soi-même et non orienté vers la destruction de lautre au nom de .
Léternité du peuple juif ne sexplique pas par une idéologie meilleure quune autre mais bien plutôt par lélaboration dune expérience de vie millénaire qui fait de lui un peuple « en vérité » et non pas un peuple « dans la Vérité ».