La résurgence, à gauche et surtout dans certains milieux d’extrême gauche, d’un antisémitisme sur fond de conflit israélo-palestinien est un phénomène préoccupant pour beaucoup d’entre nous. Des hommes de gauche en ont souffert, et je suis bien placé pour le savoir. C’est donc avec intérêt que j’ai abordé le livre de Michel Dreyfus « L’antisémitisme à gauche », qui vient de paraître aux éditions La Découverte
L’auteur est un spécialiste de l’histoire du mouvement social. L’essentiel de son livre porte sur l’évolution des discours antisémites au sein de la gauche française depuis 1830 ; je n’ai pas grand-chose à y redire, si ce n’est que quelques appréciations me semblent un peu rapides. En revanche, le dernier chapitre, consacré à la période contemporaine, est comme un condensé des erreurs, des approximations et des contresens qui grouillent aujourd’hui dans une partie de la gauche
La thèse défendue par Michel Dreyfus n’est pas originale. Elle consiste à dire que le seul crime des hommes de gauche taxés d’antisémitisme est de ne pas s’aligner inconditionnellement sur la politique du gouvernement israélien. Donc, il n’y a pas d’antisémitisme à gauche. Point à la ligne
Je lis cela, ébahi, effaré devant tant d’incompréhension. Et je me demande : mais a-t-il vraiment étudié le sujet dont il parle ? C’est alors que je tombe sur une citation de mon prédécesseur à « L’Arche », Roger Ascot. Une citation de trois mots seulement ; mais trois mots détournés de leur contexte, à tel point qu’il est impossible que Michel Dreyfus ait lu l’article dont ils sont extraits. Or la référence est bien là , en note : « L’Arche », juillet-aoà »t 2001
Cependant, un détail cloche. Le nom de Roger est écrit « Ascott », avec deux « t ». Une orthographe qu’il n’a jamais employée, ni à « L’Arche » ni ailleurs
Mais une orthographe qu’on trouve en un endroit, un seul : un pamphlet d’Alain Gresh (du « Monde diplomatique »), où sont reproduits les trois mots attribués à « Roger Ascott »
Voilà donc comment on écrit l’histoire. Alain Gresh a lu de travers un article de « L’Arche ». Michel Dreyfus, lui, n’a même pas lu l’article en question, mais il a lu le pamphlet d’Alain Gresh et manifestement cela lui a suffi. Tout le reste est à l’avenant
La question de l’antisémitisme à gauche, aujourd’hui, est une vraie question. Elle mérite qu’on y réfléchisse, et qu’on ne se contente pas de recopier des textes partisans. Est-ce beaucoup demander, dans le climat de passion aveugle où nous vivons ?
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