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Sur un « antisémitisme àgauche » qui n’existerait pas
par Meïr Waintrater | Éditorial de « L’Arche » n° 617 (octobre 2009)
Article mis en ligne le 25 septembre 2009

La résurgence, àgauche et surtout dans certains milieux d’extrême gauche, d’un antisémitisme sur fond de conflit israélo-palestinien est un phénomène préoccupant pour beaucoup d’entre nous. Des hommes de gauche en ont souffert, et je suis bien placé pour le savoir. C’est donc avec intérêt que j’ai abordé le livre de Michel Dreyfus « L’antisémitisme àgauche », qui vient de paraître aux éditions La Découverte

L’auteur est un spécialiste de l’histoire du mouvement social. L’essentiel de son livre porte sur l’évolution des discours antisémites au sein de la gauche française depuis 1830 ; je n’ai pas grand-chose ày redire, si ce n’est que quelques appréciations me semblent un peu rapides. En revanche, le dernier chapitre, consacré àla période contemporaine, est comme un condensé des erreurs, des approximations et des contresens qui grouillent aujourd’hui dans une partie de la gauche

La thèse défendue par Michel Dreyfus n’est pas originale. Elle consiste àdire que le seul crime des hommes de gauche taxés d’antisémitisme est de ne pas s’aligner inconditionnellement sur la politique du gouvernement israélien. Donc, il n’y a pas d’antisémitisme àgauche. Point àla ligne

Je lis cela, ébahi, effaré devant tant d’incompréhension. Et je me demande : mais a-t-il vraiment étudié le sujet dont il parle ? C’est alors que je tombe sur une citation de mon prédécesseur à« L’Arche », Roger Ascot. Une citation de trois mots seulement ; mais trois mots détournés de leur contexte, àtel point qu’il est impossible que Michel Dreyfus ait lu l’article dont ils sont extraits. Or la référence est bien là, en note : « L’Arche », juillet-aoà»t 2001

Cependant, un détail cloche. Le nom de Roger est écrit « Ascott », avec deux « t ». Une orthographe qu’il n’a jamais employée, ni à« L’Arche » ni ailleurs

Mais une orthographe qu’on trouve en un endroit, un seul : un pamphlet d’Alain Gresh (du « Monde diplomatique »), où sont reproduits les trois mots attribués à« Roger Ascott »

Voilàdonc comment on écrit l’histoire. Alain Gresh a lu de travers un article de « L’Arche ». Michel Dreyfus, lui, n’a même pas lu l’article en question, mais il a lu le pamphlet d’Alain Gresh et manifestement cela lui a suffi. Tout le reste est àl’avenant

La question de l’antisémitisme àgauche, aujourd’hui, est une vraie question. Elle mérite qu’on y réfléchisse, et qu’on ne se contente pas de recopier des textes partisans. Est-ce beaucoup demander, dans le climat de passion aveugle où nous vivons ?


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