Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Un condominium jordano-israélien
Par Amiel Ungar, Jerusalem Report | Traduit et adapté par Albert Soued, pour www.nuitdorient.com
Article mis en ligne le 13 septembre 2009

Le Congrès du Fatah’ est venu puis il est parti, marqué par un changement de génération, mais toujours obstiné dans une idéologie du refus de l’autre. La 2ème génération des "durs" du Fatah’, comme Mohamed Dahlan, JibrilRajoub et Tawfiq Tirawi, était parvenue au sommet. Et ce sont ces gens qui, en contrôlant l’appareil multi-têtes palestinien de sécurité, l’ont transformé en un racket de protection lucratif.

Quand il contrôlait Gaza, comme chef des forces de sécurité préventive,Dahlan recevait une prébende sur tout sac de ciment qui entrait dans la bande. Israë l avait bâti beaucoup d’espoir sur ces "durs" qui, selon la logique erronée de Yitsh’aq Rabin, auraient dà» aider Arafat àjuguler la terreur, sans les inconvénients des cours de justice et des organisations des droits de l’homme. Ils n’ont rien fait de tout cela, suivant leur maître Arafat qui savait comment naviguer le jour, comme chef d’état, et la nuit, comme terroriste. Même comme "durs", ils ont échoué – comme en témoigne la rapide prise du pouvoir par le Hamas àGaza.

La rhétorique qui ressort du Congrès du Fatah’ àBethlehem est celle de la compétition avec le Hamas dans la résistance contre "l’occupant israélien" et dans l’insistance pour que "tous les réfugiés retournent en Israë l", assurant ainsi la liquidation de cet état.

Tous les spécialistes des "processus de paix" restent imperturbables devant ces réalités. Et la recrudescence du radicalisme arabe incite même la nouvelle administration américaine d’Obama àengager de plus belle des discussions. Certains vont même jusqu’àdire qu’un processus de paix "bidon" est meilleur qu’aucun processus de paix, car l’alternative au Fatah’, c’est le Hamas. Mais si ces 2 entités ont les mêmes objectifs, àtravers des rhétoriques légèrement différentes, il faudrait qu’on recherche une autre voie qu’un processus "bidon".

D’habitude, la réponse des libéraux de gauche, quand on les accuse de dénigrement, est de dire que leurs critiques favorisent l’alternative àl’interminable conflit. On peut leur rétorquer aisément que même un long et difficile conflit est quand même plus souhaitable que l’auto-liquidation pure et simple de son propre pays. Pourtant, je n’esquiverai pas le problème fondamental, celui de trouver une solution équitable et acceptable.

La meilleure solution intérimaire de longue durée, c’est de rappeler ce que le Mandat britannique (1920-1948) promettait aux Juifs : les territoires actuels d’Israë l, la Jordanie, Gaza, la Judée et Samarie (ou Cisjordanie). La Jordanie (appelée autrefois la Transjordanie) a été donnée àl’émir Abdallah (arrière grand père du roi actuel), comme prix de consolation de la perte par son père Hussein du royaume du Hedjaz, conquis par la tribu des Ibn al Saoud (originaire du Najd, en Arabie centrale). Et la Syrie, promise àFaisal, frère de Hussein, a été donnée àla France, Faisalrecevant ce qu’on appelle aujourd’hui l’Irak comme royaume (Syrie du Sud).

La solution que je préconise n’est pas du tout de dire "la Jordanie, c’est la Palestine", car il n’est pas question ici d’un transfert quelconque de population. Je préconise une souveraineté partagée Israélo-jordanienne sur la Judée-Samarie, un condominium administré conjointement par les 2 états, avec la même proportion de Juifs qu’il y a d’Arabes en Israë l (1). Les Juifs de Judée-Samarie dépendront de l’état d’Israë l et voteront pour la Knesset de Jérusalem. Les Arabes voteront pour le Parlement d’Amman (2).

Vous allez me dire que récemment, lors d’une visite àWashington, le roi Abdallah a parlé d’une apocalypse imminente si un état Palestinien n’était pas créé immédiatement. Il ne faut pas prendre ces propos pour argent comptant. S’il y a un régime au monde qui ne veut pas du tout d’un état palestinien, c’est bien la Jordanie.

La Jordanie a une majorité palestinienne et toutes les fonctions importantes du 1er ministre jusqu’àla reine ont été remplies parfois par des Palestiniens, à2 exceptions – le Roi et son ministre de l’Information. Les relations familiales et commerciales entre la Jordanie et la Judée-Samarie sont beaucoup plus fortes que celles avec Gaza. Les prédécesseurs du roi Abdallah se sont battus pour maintenir leur influence sur la région, jusqu’àce que la pression de la Ligue arabe ne les en évince. Ce n’est pas la droite israélienne, mais le prince Hassan, oncle d’Abdallah, qui disait quela Jordanie c’était la Palestine et vice et versa.

Si on prend en compte la Jordanie dans l’équation, beaucoup de problèmes seront aisément solubles. Ici je traite d’un schéma territorial nouveau et généreux. L’état souverain d’Israë l y compris le Golan a une superficie de 22 000 km2. Il abrite une population arabe de 1,3 million personnes. La Judée-Samarie qui couvre 5640 Km2 abrite 300 000 Juifs. La Jordanie qui a une superficie de 89 324 km2 a 0 juif et une loi qui condamne àmort celui qui vend une terre àun Juif. Gaza qui a 360 km2 a0 Juif depuis 2005.

Dans cette perspective, en Judée-Samarie, on peut concevoir raisonnablement une population juive et un territoire juif en proportion de la population arabe et de la superficie du territoire arabe, au sens large des promesses de la Déclaration Balfour d’origine (1).

Les arrangements de sécurité seront plus aisés avec la Jordanie qu’avec un état palestinien, qui sera "démilitarisé" comme l’a été le Sud Liban avec le Hezbollah ou Gaza avec le Hamas. Et on doit bien faire la différence entre une force de police pour le maintien de l’ordre et une véritable armée. Ce qui n’est pas très aisé.

Les monarchies héréditaires survivent dans la région grâce àleur appareil de sécurité et aux services rendus àla population – mais ceci n’est pas comparable aux dynasties des Windsor et des Orange. Ainsi les al Saoudne règnent que depuis 90 ans.

Des documents du département d’Etat des années 50 considéraient le régime hashémite de Jordanie comme moribond. Cette dynastie leur a démontré le contraire, grâce àson courage et sa capacité àgouverner. Et l’histoire recommande vivement de préférer le régime hashémite au Hamas ou au Fatah, qui tous les deux ne peuvent rien promettre d’autre qu’un nouvel Afghanistan ou une nouvelle Somalie.

Albert Soued : www.nuitdorient.com



Note de la traduction

(1) Bien que le texte original en anglais ne soit pas d’une clarté limpide, d’après des calculs approximatifs, Amiel Ungar proposerait des enclaves juives en Judée-Samarie correspondant àenviron 20% à30% de sa superficie.

(2) On peut aussi partager ce condominium en cantons où les allégeances seraient distinctes et librement choisies entre les 2 états