Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Ilan, va en paix
Serge Benattar
Article mis en ligne le 18 juillet 2009
dernière modification le 17 juillet 2009

Ilan, quand donc vas-tu trouver le repos ? Si àchaque fois que ton nom est prononcé une infime étincelle montait vers toi, ce serait aujourd’hui des faisceaux de lumière qui t’envelopperaient tant ton nom est sur toutes les lèvres, dans tous les écrits. Mais as-tu besoin de cette effervescence pour rayonner ?

Ton âme brille déjàauprès des justes, et c’est suffisant pour que tu puisses enfin te diriger définitivement vers les cieux sans être encore obligé de toujours te retourner vers ton passé. Va, va en paix, même si nous devons ici mener encore bataille pour que la sentence soit àla hauteur de ta souffrance.

Nos combats ne sont plus les tiens. Va, et retrouve enfin cette éternelle sérénité, celle que tu es en droit d’exiger, sans te soucier de ce qui pourrait nous arriver. Nous pensions qu’il y aurait un temps pour tout. Un temps pour pleurer, pour se révolter, pour juger, et enfin pour s’apaiser. Mais les hommes en ont décidé autrement.

La justice a manqué le dernier rendez-vous. On l’attendait depuis tant d’années, elle s’est àpeine dévoilée pour s’en retourner sans montrer son vrai visage, celui qui aurait pu un tant soit peu nous consoler. Cette justice n’a pas su, ou voulu, s’attarder plus longtemps dans le regard de ta maman, Ruth. Que de lassitude et de souffrance y aurait-elle vues ? Tu connais, mieux que quiconque ta mère, elle ne réclamait pas vengeance, seulement l’équité de la sentence.

Mais la justice ne sait plus lire dans les yeux, ne sait plus écouter les silences. Quel poids ont-ils face aux paroles de repentance des bourreaux qui apitoient et réclament la clémence ? Elle a choisi l’indulgence. Cette justice n’a pas été totalement présente àl’appel, et le parquet a fait appel.

Tout est donc àrecommencer, ou presque. Ilan, va en paix. N’attends plus ces attendus de procès, tu ne pourrais qu’en être déçu. Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis sceptique, qu’est-ce qui serait bénéfique dans ces nouvelles batailles juridiques ? Comment ce qui fut àhuis clos sera dorénavant public ? Ce que l’on nous a refusé pour des raisons d’éthique, comment l’obtiendrons-nous dans cette seconde réplique ?

Ta mémoire ne sera que polémiques, ton souvenir un enjeu politique. Dans ce charivari, on finira par oublier ta fin tragique. Tu sais, ici, rien n’a beaucoup changé. Des voix commencent às’élever contre cet appel. Les unes sont nuancées, les autres plus explicites. Voilàque resurgit le spectre du lobby juif, des pressions communautarismes. La violence antisémite verbale va prendre le pas sur celle qui a mis fin àtes jours.

Avions-nous encore besoin de cela ? Les langues se délient : " Encore et toujours ces juifs, jamais contents. Ils veulent toujours plus ". Oui, je sais, nous ne savons rien de ce que nous obtiendrons de ce remake de procès. Nous serons peut-être déçus de nos attentes. Tout au plus quelques broutilles, un ou plusieurs mois supplémentaires pour certains, le risque d’allègements de peines pour les autres. Mais Ilan, au nom de tes souffrances, au nom de tes cris de douleur que personne n’a entendus, pas même le voisin de palier, nous n’avions pas le droit de nous taire. Les jurés, la voix du peuple, par leur clémence, ont banalisé l’antisémitisme. Leur sentence aurait pu être exemplaire, elle fut arbitraire. Tu n’étais pas une victime ordinaire. C’est parce que tu étais juif, qu’ils furent àce point sanguinaires. Ce qui fut la cause première, pour ce jury populaire, n’a été que secondaire. Ilan, toi, va en paix. Laisse-nous nous débattre et combattre pour que les peines prononcées contre les auteurs de ton calvaire soient exemplaires. Mais ceux qui seront le plus àplaindre seront ta mère et toute ta famille. Ils devront encore et encore témoigner, écouter tes tortionnaires et leurs acolytes, être face àeux et croiser leurs regards, vivre et revivre les récits de tes souffrances. Ils auront beau être accompagnés et soutenus, ils seront ô combien seuls avec leurs souvenirs, et durant toutes ces nuits où tes cris les hantent. Qui de nous pourra les assurer de leur constante présence ? Qui pourra jurer de ne pas les oublier lorsque l’actualité aura d’autres priorités ? Qui pourra imaginer ce que sera encore et toujours leur quotidien ? Leur affliction est toujours là. Ils vivent, ou plutôt, ils survivent avec. Ilan, toi qui es, àne plus en douter, près des justes, trouve le moyen que tu veux, que tu peux, pour dire àRuth, ta mère, qu’elle cesse de se torturer àforce de porter tes blessures dans sa chair. Elle se sent toujours coupable de ne pas avoir pu te sauver. Et cette responsabilité nous la portons tous plus ou moins en nous. Trois ans déjàque tu nous as quittés, trois ans que la douleur ne s’est pas atténuée pour ceux qui te sont chers. Ilan, va en paix. Ilan, fais en sorte que ta famille trouve enfin la sérénité pour les aider dans ces combats qu’ils devront ànouveau affronter. Intertitre : " La justice ne sait plus lire dans les yeux, ne sait plus écouter les silences. Quel poids ont-ils face aux paroles de repentance des bourreaux qui apitoient et réclament la clémence ? Elle a choisi l’indulgence. Cette justice n’a pas été totalement présente àl’appel, et le parquet a fait appel. Tout est donc àrecommencer, ou presque ".