Comment les institutions juives ont-elles réagi après le verdict prononcé à l’issue des quelques dix semaines de procès du « Gang des barbares  » ? De nombres associations communautaires s’accordent à considérer que les peines requises contre les co-accusés sont trop faibles.
Le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme a appelé à participer à la manifestation organisée par Gil Taïeb, lundi 13 juillet place Vendôme à Paris, pour réclamer un appel du parquet général. L’Union des Etudiants Juifs de France déplore que tout ait été mis en Å“uvre pour éviter de « tirer les leçons  » d’un crime antisémite.
Richard Prasquier président du CRIF [Conseil Représentatif des Institutions juives de France], se dit « inquiet  », « comme l’est la communauté juive de France  » et regrette principalement le huis-clos, qui a retiré la valeur exemplaire et pédagogique que le procès aurait dà » avoir. Explications.
« Je ne peux pas dire que je suis scandalisé  » a confié Richard Prasquier à Guysen International News, « la sanction a été donnée par un jury populaire, c’est une institution qui a un réel poids  ». « Suite aux réquisitoires des parties civiles, nous avions déjà déclaré que les peines étaient trop faibles, en ce qui concerne les accusés considérés comme « secondaires  ». Ces peines ont été abaissées, mais pas pour tous  », a ajouté le Président du CRIF, rappelant aussi que Youssouf Fofana a été condamné à la peine maximale existant dans le droit légal français.
« L’appât qui a servi de piège pour faire tomber le jeune Ilan a écopé de neuf ans de prison, quand l’avocat de la partie civile en demandait dix à douze années d’incarcération. Cette demande était déjà faible. Sachant qu’elle a déjà purgé deux à trois ans, elle risque de sortir bientôt et peut-être de croiser la maman d’Ilan…  »
Ruth Halimi, la mère d’Ilan, affirme « mal vivre  » le verdict. Pour elle, les complices de Fofana ont eu un « rôle plus efficace  » : « ils l’ont aidé et agi pour massacrer Ilan. Il faut qu’ils soient condamnés pour ce qu’ils ont fait  » a-t-elle confié au « Parisen.fr  ». Elle ne réclame pas un nouveau procès mais affirme que « l’important est de revisiter ce verdict, d’une manière ou d’une autre. Si ce procès s’était tenu en public, comme nous le réclamions, il aurait été plus percutant  ».
Le président du CRIF regrette aussi le jugement à huis-clos : « Ce procès n’a pas eu la valeur pédagogique qu’il aurait du avoir. Il fallait une réflexion plus large sur ce qu’il se passe dans la société française. Ce groupe [le Gang des barbares] ne vient pas de la planète Mars, ce sont des jeunes, comme il y en a un très grand nombre  ».
« Il n’est rien sorti de ce procès  », déplore le docteur Prasquier. Occasion manquée de dire l’horreur de l’antisémitisme, et des antisémites.
S’il refuse le terme de « scandale  » pour qualifier l’issue du jugement, le Président du CRIF se dit néanmoins scandalisé par les propos utilisés par l’avocat général. Celui-ci aurait déclaré à Fofana : « Vous rendez odieux l’antisémitisme  ». « Cela veut –il dire qu’il existe un antisémitisme qui ne le soit pas ?  », s’interroge Richard Prasquier.
Concernant le futur du déroulement judiciaire, sa position est claire : « le dossier est complet, il été remis au ministère de la Justice. Si un appel se fait, un nouveau procès ne doit pas se faire à huis-clos. A quoi bon appeler à ce que les accusés reçoivent deux, trois ans de prison supplémentaires, cela ne servirait à rien… Ce qu’il faut, c’est que si appel il y a, le huis-clos s’ouvre, pour que soit montrée à la France la gravité de cette histoire. Que ce procès recouvre une valeur d’exemple et de pédagogie pour l’avenir  », conclut-il.