Les pourparlers pour un accord de coalition portent actuellement sur les allocations attribuées par enfant. Le parti ultraorthodoxe Shas réclame une augmentation d’un milliard de shekels et Kadima considère que c’est trop. Pourtant, si Kadima considérait la menace démographique à sa juste valeur, au lieu de discuter du prix de l’augmentation, il réfléchirait au meilleur moyen de répartir cet argent.
Shas veut restaurer le système mis en place entre 2000 et 2003, où l’allocation par enfant s’élevait à 171 shekels pour les 1er et 2e enfants, à 343 shekels pour le 3e enfant, à 694 shekels pour le 4e, à 856 pour le 5e et au-delà .
Ce système profitait surtout aux juifs orthodoxes et aux Arabes, les seules communautés où les familles nombreuses sont la norme.
Cette structure encourageait en réalité la croissance démographique de deux groupes non-sionistes, en décourageant la majorité sioniste constituée majoritairement de familles d’un ou de deux enfants.
En 2003, le gouvernement a réduit les allocations en prévoyant de payer 144 shekels par enfant, quel que soit le nombre d’enfants par famille, mais cela n’a jamais eu lieu. Les deux objectifs de ces coupes étaient d’économiser de l’argent et d’encourager les haredim et les Arabes à travailler.
Mais aucune réflexion sérieuse n’a été faite sur l’utilisation des allocations pour influencer la démographie si l’on considère que les allocations ont un effet sur les naissances.
Deux ans après ces coupes, le taux de fertilité chez les musulmans a chuté de 4,5 à 4 enfants par femme, pour arriver à 3,9 en 2007. Chez les Bédouins, il est passé de 9 enfants en 2003 à 7,6 en 2005. Le taux de fécondité a également chuté dans les villes haredim : a Betar Illit par exemple, il est passé de 8,9 enfants par femme en 2001 à 7,7 en 2006, et de 9 à 8 enfants à Modiin Illit pour la même période.
Une étude effectuée en 2007 a révélé à quel point les allocations familiales influençaient le taux de natalité. C’est particulièrement vrai pour les familles pauvres. Les changements des montants des allocations ont donc un impact plus important chez les tranches de population les plus pauvres du pays.
Mais l’impact est également significatif chez les Juifs non-haredim. Ainsi, si ces allocations sont correctement ciblées, leur augmentation pourrait significativement améliorer la balance démographique.
Le taux de fécondité total des Juifs était de 2,8 enfants par femme en 2007 : 65 % des familles juives ont un ou deux enfants. Encourager financièrement ces familles à en avoir un troisième pourrait peut-être augmenter le taux de naissance juif.
Le système de Shas encourage uniquement les parents de 4 enfants ou plus à avoir un enfant supplémentaire. Seules 15 % des familles juives entrent dans cette catégorie, ce qui aurait un impact marginal sur le taux de naissance juive.
39 % des familles arabes ont 4 ou 5 enfants, et 38 % en ont 1 ou 2. Encourager les parents d’1 ou 2 enfants à en avoir un troisième encouragerait donc davantage le taux de naissance juive.
Est-il acceptable de structurer les allocations distribuées aux enfants dans le but d’influencer la balance démographique ? Pour tous ceux qui veulent rester un Etat juif, la réponse est oui.
En 2007, les Juifs constituaient 76 % de la population, en 1997, 80 % ; en 1987, 82 % ; en 1977, 84 % ; en 1967, 86 % et en 1957, 89 %.
En d’autres termes, malgré une immigration juive massive, la majorité juive est progressivement érodée par un taux de fécondité arabe plus important. Et cette tendance peut continuer à moins que le taux de croissance juif ne connaisse une augmentation.
Les données démographiques sont visiblement la raison d’être de Kadima. Contrairement aux parties qui se trouvent à sa gauche de l’échelle politique, qui préconisent de quitter les territoires pour atteindre la paix, Kadima préfère sécuriser la majorité juive d’Israë l.
Mais renoncer aux territoires ne résoudrait en rien son problème démographique. C’est pourquoi Kadima devrait trouver des moyens de bien distribuer les allocations attribuées aux enfants afin d’aborder le problème raisonnablement.
Au lieu de cela, il est prêt à accepter la formule de Shas pour donner l’argent aux familles nombreuses et ne fait que marchander la somme. Il opte ainsi pour empirer la balance démographique au lieu de l’améliorer.