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Le retour du "bazar"
Albert Capino
Article mis en ligne le 16 février 2004
dernière modification le 12 avril 2004

Les propos rassurants de M. de Villepin, témoignant de la « pertinence de sa démarche politique  » consistant àce que nous soyons confiants dans les intentions pacifiques de la République islamique d’Iran, se voient dernièrement contrariés.

Force est de constater que, non seulement Téhéran ne renonce pas àpoursuivre l’enrichissement d’uranium, mais encore son Ministre des Affaires Étrangères, Kamal Kharazi, a-t-il menacé ce samedi, de mettre àprésent le précieux combustible nucléaire en vente àl’étranger. Comme un vulgaire sous-produit.

Le retour du célèbre bazar, si ce n’est que cela ne prête absolument pas àrire.

Car c’est bien de menaces qu’il s’agit, qui vont bien au-delàdes seuls pays de la région du Golfe persique.

Ceci fait suite aux révélations d’Abdul Qadeer Khan, le père de la « bombe  » pakistanaise, qui a admis avoir vendu la technologie nucléaire permettant sa fabrication par des pays comme la Corée du Nord, la Libye et l’Iran.

En complément, il faut encore rappeler qu’en vue de résoudre le contentieux Eurodif datant de 1985, la France concéda àl’Iran l’autorisation d’utiliser 10% de sa capacité de production de combustible nucléaire, àdes fins civiles, dans le cadre d’un protocole d’accord signé en 1993 par François Mitterrand.

Afin de rassurer la Communauté Internationale - inquiète d’une utilisation àdes fins militaires - mais surtout d’obtenir un nouveau report de sanctions éventuelles, l’Iran s’engageait le 21 octobre dernier, auprès des ministres allemand, britannique et français des Affaires étrangères à"suspendre volontairement toutes ses activités d’enrichissement et de retraitement d’uranium".

Téhéran obtenait ainsi un nouveau répit jusqu’àla prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, le 8 mars prochain.

Il s’agit du troisième renvoi de la signature du traité de non-prolifération nucléaire, pour lequel Téhéran n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Des propos affirmant que cette suspension était "volontaire et provisoire" ont alterné avec les promesses d’une "coopération et d’une transparence totales".

L’acceptation d’un contrôle renforcé de son programme nucléaire, eut le don d’achever de convaincre l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de ne pas saisir le Conseil de sécurité de l’ONU en vue de sanctions.

Entre temps, l’AIEA a fait état de la découverte de plans d’installations nucléaires secrètes et se déclare très préoccupée.

Depuis novembre, on sait maintenant officiellement que l’Iran a procédé pendant 18 ans àdes dissimulations sur son programme nucléaire et l’on peut, àjuste titre, s’inquiéter d’une violation des nouveaux engagements de la République islamique.

Kamal Kharazi continue de ’jouer la montre’ et déclare : "Nous répondrons àtoutes les questions en suspens. Comme, nous l’avons déjàdit, nous n’avons aucun programme de fabrication d’armes nucléaires".

Tout comme pour l’Irak, seuls les Américains semblent vouloir agir, en l’absence d’implication du Conseil de sécurité.

Ce qui a provoqué une réaction virulente de M. Kharazi : "Les Américains cherchent àfaire pression sur les membres du Conseil des gouverneurs" de l’AIEA. Et d’ajouter « aucun gouvernement ne peut renoncer àce qui est un objet de fierté nationale  », mettant l’accent sur "la nécessité de préserver la technologie acquise".
On se souvient effectivement du dernier défilé militaire àl’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique, exhibant « fièrement  » les nouveaux missiles de la « technologie acquise  » arborant les inscriptions telles que " Nous écraserons l’Amérique sous nos pieds " et " Israë l doit être rayé de la carte ".

Ces dernières semaines, le ministre de la Défense iranien, Ali Chamkhani, se faisait fort, dans des déclarations fracassantes, d’offrir « la qualité de l’Ouest àdes prix orientaux  », mettant ainsi « les technologies acquises  » àla portée de tous les pays qui en feraient la demande, en s’assurant toutefois que ces équipements ne seraient pas « utilisés contre d’autres pays musulmans  ».

Une déclaration anodine ? Ou une manière de laisser entendre que ceux qui n’ont pas eu accès aux technologies de l’Ouest ne se contenteront plus dorénavant d’abattre des tours habitées àl’aide d’avions civils remplis de passagers ?

Les envolées de M. de Villepin, débordantes de confiance et empreintes de pacifisme, font suite àcelles de trois gouvernements successifs de la République française, ayant tous contribué par leurs actions àce que « la première arme de dissuasion mondiale  » devienne, avec l’aide d’un ’docteur Folamour’ pakistanais, la « première menace nucléaire de dimension planétaire  ».

Et si, contrairement àM. de Villepin, nous ne sommes pas rassurés, au moins nous voilàprévenus...