Le Grand rabbin de la synagogue de la rue de la Victoire, Gilles Bernheim, a été élu Grand rabbin de France par 184 voix, contre 99 voix au Grand rabbin Joseph Sitruk, a annoncé dimanche le président de la commission électorale devant l’assemblée générale du Consistoire. Il est élu pour un mandat de 7 ans qui prendra effet le 1er janvier 2009. Au premier tour Gilles Bernheim avait eu 180 voix et Joseph Sitruk 102.
Le nouveau Grand rabbin de France, âgé de 56 ans, est agrégé de philosophie et auteur de plusieurs ouvrages dont le plus récent, Le rabbin et le cardinal (Stock), a été écrit avec le cardinal Philippe Barbarin. Rabbin strictement orthodoxe, il est réputé homme d’ouverture et de dialogue. Gilles Bernheim se veut d’abord "le rabbin des rabbins" et le "guide de la communauté".
Présenté par ses opposants pendant la campagne comme un intellectuel distant, face au Grand rabbin Sitruk effectivement très populaire, Gilles Bernheim est plutôt urbain, soucieux de pédagogie et d’exactitude des mots. "J’ai un discours serré", dit-il en souriant, ajoutant qu’il est important de "donner à penser". Il insiste particulièrement sur son orthodoxie religieuse "égale à celle du Grand rabbin Sitruk", en référence aux moments les plus polémiques de la campagne qui a été extrêmement tendue.
Améliorer la formation des rabbins
Gilles Bernheim a été élu sur un programme "pour l’avenir du judaïsme en France" dans lequel il s’est engagé à "diriger de façon moderne, accessible et transparente", à "renforcer les piliers de la vie juive" (rabbinat, éducation, casherout), à "rassembler les juifs dans la solidarité et l’ouverture" et "à représenter l’ensemble de la communauté avec le souci du dialogue et de l’exemplarité". Il veut "pratiquer le dialogue et la recherche du consensus", "travailler en équipe" et également "prendre position" c’est-à -dire "énoncer une position juive sur les problèmes de l’heure pour éclairer la communauté". Sa première préoccupation quand il prendra ses fonctions -le 1er janvier 2009- sera d’améliorer la formation des rabbins.
Joë l Mergui, 50 ans, actuel président du Consistoire de Paris, a pour sa part été élu dimanche président du Consistoire central, succédant à Jean Kahn qui ne se représentait pas. Il a obtenu 170 voix au second tour contre 99 à Zvi Ammar, président du Consistoire de Marseille. Le mandat est de 4 ans. Joë l Mergui est médecin dermatologue de profession. Son élection est l’aboutissement d’un engagement d’une trentaine d’années dans la vie communautaire, qui a commencé au sein d’une communauté de banlieue.
M. Fillon félicite Gilles Bernheim et Joë l Mergui pour leur élection
Le Premier Ministre François Fillon a adressé "ses félicitations les plus sincères" à Gilles Bernheim élu dimanche Grand Rabbin de France, et à Joë l Mergui élu président du Consistoire central, dans un communiqué transmis à l’AFP.
M. Fillon "assure le nouveau Grand Rabbin de France et le président du Consistoire central du souci de tout le Gouvernement de voir se poursuivre le dialogue attentif entre les pouvoirs publics et les instances qu’ils animent, afin notamment de continuer à lutter avec force et détermination contre l’antisémitisme dont l’actualité montre malheureusement encore toute la pernicieuse menace pour toute notre société".
Le Premier Ministre "tient à rendre un hommage particulier" au Grand Rabbin Joseph Sitruk et au président Jean Kahn, auxquels ils succèdent "pour leur engagement personnel, constant, constructif, tout au long des années où ils ont exercé les plus hautes responsabilités au sein de la communauté juive de France".
Le Premier ministre avait condamné dimanche "avec la plus extrême fermeté" l’agression "lâche et révoltante" dont a été victime un jeune juif samedi à Paris, promettant les "poursuites judiciaires les plus sévères".
Alliot-Marie félicite Gilles Bernheim et Joë l Mergui pour leur élection
Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, a félicité dimanche le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, et le président du Consistoire central israélite de France, Joë l Mergui, après leur élection, dans des courriers transmis à l’AFP.
"Cette élection, témoignage de grande confiance de vos pairs et de nos compatriotes de confession juive, s’inscrit dans le droit fil d’un engagement ancien et diversifié auprès d’eux mais aussi pour notre pays et ses idéaux de paix, de justice et de tolérance", écrit-elle au premier.
Au second, la ministre dit se réjouit de poursuivre avec lui "un dialogue chaleureux et confiant", soulignant "l’attachement ancien et définitif de l’Etat pour le Consistoire".