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Caroline Glick , JERUSALEM POST | Adaptation française de Sentinelle 5768 ©
Article mis en ligne le 26 avril 2008

Mardi dernier a été un jour de triomphe, une fière journée pour les théoriciens du complot juif en Amérique. Des gens comme Joseph E. di Genova ont glapi de joie en voyant Ben Kadish, 84 ans, embarqué àla Cour du District fédéral de Manhattan sous l’accusation d’avoir livré des informations classifiées àIsraë l il y a 25 ans.

Il est comme Jonathan Pollard ont-ils crié. Un autre Pollard ! Au moins, nous avons la preuve qu’Israë l met en place des cercles d’espions et des cellules dormantes en Amérique ! Ils se sont vantés tant et plus, et ont souri sans mesure alors que leurs métaphores se faisaient plus déchaînées.

Des cellules dormantes ? Vous voulez dire des agents envoyés dans le pays pour se placer en attente de l’ordre d’une attaque ? Eh bien, pas exactement.

Di Genova s’est fait un nom comme le procureur fédéral qui a expédié Pollard en prison, condamné àperpétuité pour des délits qui en général auraient dà» lui valoir pas plus de quelques années en taule. Evidemment il a sa manière de parler. Et quand il a parlé au ‘New York Times’ de « cellule dormante  », apparemment il faisait allusion aux agents du FBI qui ont dormi pendant 23 ans, puis se sont réveillés brusquement et ont décidé d’embarqué un vieil homme de sa maison de retraite, et de l’accuser de crimes capitaux.

Autant le fait que Kadish ait été libéré pour une caution dérisoire de 300.000 $, et les détails rapportés sur son dossier montrent clairement qu’il n’était pas un espion très sérieux. La somme totale de ses actes présumés, survenus entre 1979 et 1985, auraient impliqué le vol de documents àla bibliothèque de l’arsenal Picatinny dans le Nord du New Jersey où il travaillait comme ingénieur en mécanique, et leur livraison àun agent du consulat israélien. Les documents n’étaient pas hautement classifiés car Kadish ne disposait que d’une autorisation de faible niveau.

Sur les 50 à100 documents qu’il a transmis en six ans, trois sont mentionnés dans l’acte d’accusation. Il aurait transmis un document lié aux armes nucléaires - armes dont Israë l, au début des années 1980, était grandement réputé disposer de son propre arsenal complet. Il aurait transmis des données liées au chasseur F15, qu’Israë l détenait déjà. Et il aurait transmis de l’information sur le système de défense par missile Patriot - que les USA ont donné àIsraë l cinq ans plus tard.

Il y a une raison pour laquelle les commentateurs israéliens crient àl’horreur au sujet de l’épisode Kadish. Selon les reportages des media, en 2004 - époque où les liens stratégiques entre les USA et Israë l étaient en délicatesse du fait des ventes d’armes israéliennes àla Chine, des ventes d’armes américaines àl’Arabie saoudite, et de l’adoption par les USA de la feuille de route anti-Israë l - l’administration Bush a fait pression sur le gouvernement Sharon pour reconnaître que 20 ans auparavant, quand Pollard transmettait des documents au rythme de centaines par semaine àses agents traitants israéliens, Israë l disposait d’un autre agent sur le terrain. On suppose que c’est alors qu’Israë l fut obligé de divulguer l’identité de Kadish aux Américains.

Selon les media Américains, suite aux déclarations confidentielles d’Israë l aux officiels américains, Kadish fut interrogé par le FBI et admit avoir transmis des documents àIsraë l. Il quitta alors le pays, voyagea en Israë l - où il aurait pu rester - et revint chez lui aux USA.

La plupart des commentateurs israéliens et des fonctionnaires anonymes déclarent avec colère que le moment de l’arrestation de Kadish a été choisi pour provoquer un dommage aux relations entre Israë l et les USA àune date clé. Dans deux semaines, le président George W. Bush voyagera en Israë l pour participer aux fêtes du 60ème Jour de son Indépendance. On a largement anticipé que, pendant sa visite, le gouvernement Olmert-Livni-Barak cherchera às’assurer l’accord de Bush pour commuer la condamnation de Pollard et le libérer de prison avant la fin de son mandat. Kadish, croit-on, a été arrêté pour bloquer toute éventualité de libération de Pollard.

Etant donné l’esprit de vengeance qui a marqué l’attitude de la communauté du renseignement des USA envers Pollard depuis son arrestation, il est possible que la crainte d’une grâce présidentielle explique la décision d’arrêter Kadish maintenant. Pourtant, il est loin d’être clair qu’un accord en vue de la libération de Pollard ait jamais été en jeu. Bush n’a exprimé aucune volonté d’envisager les appels israéliens àsa libération, et ni le gouvernement Sharon, ni le gouvernement Olmert-Livni-Barak n’ont fait de réels efforts pour assurer la liberté de Pollard. En effet, pour signifier leur mépris àson égard, son ancien agent traitant, Rafi Eitan, aujourd’hui ministre des retraités, siège au cabinet de sécurité dans le gouvernement Olmert-Livni-Barak.

Il est aussi possible que Kadish ait été arrêté pour obliger Israë l àfaire des concessions massives au groupe terroriste Fatah, de façon àassurer un « accord de paix  » entre Israë l et l’OLP avant que Bush n’achève son mandat. Dans le passé, les USA ont usé d’allégations sur l’espionnage israélien pour amadouer Israë l en vue d’atteindre sa ligne de compromis envers l’OLP. En 1997, l’administration Clinton laissa échapper des titres hystériques sur une taupe israélienne majeure nommée « Mega  », qui aurait pénétré les plus hauts niveaux de la communauté du renseignement américain. L’histoire était une totale invention, mais elle survint après qu’un attentat suicide àla bombe àJérusalem ait conduit le Premier Ministre d’alors, Benjamin Netanyahou, àrompre tout contact avec Yasser Arafat.

En 2004, les USA ont mis en accusation des membres de haut rang du groupe de pression AIPAC par une décision transparente politiquement, déclarant qu’ils pratiquaient un trafic de documents classifiés pour obliger l’administration Bush àfaire quelque chose pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires. Les membres de l’AIPAC attendent toujours leur procès, qui apparaît de plus en plus chaque jour comme une farce. Mais dans le même temps, les USA se sont dégagés de la pression israélienne de prendre au sérieux le programme nucléaire iranien depuis quatre ans.

Kadish a été inculpé le jour même où le ‘Los Angeles Times’ a révélé que le directeur de la CIA, Michael Hayden ferait un exposé au Congrès le jeudi sur la frappe israélienne du 6 septembre 2007 en Syrie. Depuis les six derniers mois, l’administration faisait tout son possible pour empêcher de paraître toute information sur la frappe israélienne. Enfin, Hayden a été appelé àinformer le Congrès sur les détails du raid après que le Parlement ait conditionné l’approbation du budget du renseignement àune pleine information sur la frappe aérienne.

Selon le rapport du ‘Los Angeles Times’ et les articles suivants, le témoignage de Hayden reconnaîtrait que les agences de renseignement américaines ont échoué àreconnaître les dangers du réacteur au plutonium construit par les Nord Coréens, que les Syriens avaient monté non loin de leur frontière avec la Turquie. Ce furent les Israéliens, plutôt que les agences de renseignement américaines, qui pénétrèrent dans l’installation, ramenèrent une vidéo et la preuve physique de ses caractéristiques, puis la détruisirent efficacement lors d’une frappe aérienne et d’un raid commando complexes.

Ainsi, selon les rapports des media américains, le témoignage d’Hayden démontrerait deux vérités fondamentales que les théoriciens de la conspiration juive dans la communauté du renseignement aux USA, et le Département d’Etat ne veulent pas révéler au public ou au Congrès : le renseignement israélien est supérieur au renseignement américain ; et l’alliance des USA avec Israë l est vitale pour la sécurité nationale des USA.

Depuis l’indépendance d’Israë l il y a 60 ans, et en particulier depuis que les liens stratégiques entre Israë l et les USA se sont épanouis après la Guerre des Six Jours, Washington a manifesté deux états d’esprit àl’égard de l’Etat juif. Le premier état d’esprit public, c’est qu’Israë l est l’allié le plus puissant et le plus fiable au Moyen-Orient, et que l’alliance USA- Israë l est forte parce qu’elle repose sur des valeurs et des intérêts partagés.

Le second est qu’Israë l est une charge. Selon la vision des porteurs de cette opinion, Israë l est le « Fagin*  » national. Il est sournois, arriviste et indigne de confiance. De fait, en ce qui concerne les antisémites àWashington, Israë l est la source de toutes les difficultés des USA dans le monde arabe et même en Europe.

Depuis des années, les porteurs de cette seconde opinion ont véhiculé une politique étrangère indépendante concernant Israë l totalement opposée àla politique officielle des USA adoptant Israë l comme allié. En effet, le Département d’Etat a sapé chaque tentative présidentielle de bien traiter Israë l depuis 1948.

Pourtant, aussi bien l’attaque israélienne contre le programme nucléaire syrien, et l’attitude d’Israë l àl’égard de l’espionnage montrent combien est vraiment ridicule et contre-productive cette politique non officielle - bien que constante - des USA envers Israë l. Dans le cas de l’opération en Syrie, mises àpart les protestations de la Gauche israélienne se refusant àembarrasser le dictateur syrien Bashar Assad, Israë l a clairement intérêt àmontrer la nature de la cible aussitôt que possible. De plus le premier ministre Ehud Olmert a un intérêt politique àexposer les détails du raid au public israélien dès que possible.

Pourtant, se pliant aux exigences des USA, Israë l a imposé des règles de censure draconiennes sur les articles des media concernant la frappe. Pour complaire aux semblables de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, qui continue de s’accrocher àla notion que ses brillantes compétences diplomatiques lui permettront de convaincre les Nord-Coréens d’abandonner leur arsenal nucléaire, Israë l a accepté de cacher l’information sur sa mission vitale, et son énorme succès, aussi bien àson propre Peuple et au public du monde entier.

Et pour l’espionnage, comme le nota autrefois Itzhak Rabin, d’années en années, Israë l découvre un nouvel agent des USA se livrant àl’espionnage contre l’Etat. Plutôt que d’en faire un ‘fromage’, et malgré le fait qu’une part de l’information dérobée soit hautement dommageable àla sécurité nationale d’Israë l, par courtoisie envers Washington, Israë l garde le secret sur les scandales et expulse en général les espions.

En arrêtant un vétéran de 84 ans de la seconde Guerre Mondiale, de manière àplacer Israë l sous un nuage de suspicion alors que sont triomphe militaire en Syrie est publié àla face du Peuple américain, les USA démontrent hélas de nouveau àIsraë l que les bons gars finissent les derniers. Si Israë l veut être traité avec respect par les USA, la leçon de l’affaire Kadish, du raid syrien, et de l’affaire Pollard, c’est qu’Israë l aurait mieux fait de revenir en arrière.

La première chose qu’il doit faire est d’arrêter les fonctionnaires suspects de transmettre des matériels classifiés aux USA sans autorisation. Il devrait ensuite publier les noms et les détails des espions américains qu’Israë l a attrapés auparavant et traités avec des gants. Ensuite, il devrait exiger publiquement que Bush relâche Pollard de la prison où il moisit, alors que les semblables de l’agent du Hezbollah Nada Prouty - qui a pénétré àla fois la CIA et le FBI - s’attend àêtre condamnée àune peine de six mois de prison pour ses crimes.

Quand Bush arrivera pour fêter le 60ème anniversaire de la naissance d’Israë l, les dirigeants de l’Etat juif feraient bien de lui montrer qu’à60 ans, Israë l est un pays adulte. Et comme tel, il exige d’être traité avec le respect dà» àl’allié le plus fiable des USA au Moyen-Orient.


Note du traducteur :

* Fagin est un personnage de l’Å“uvre de Dickens - Oliver Twist. Personnifiant un juif, il est le chef d’un groupe d’enfants auxquels il apprend le vol àla tire et d’autres vilénies.


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