Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Interview de Claude Goasguen
par Ivan Levai
Article mis en ligne le 18 décembre 2007
dernière modification le 23 décembre 2007

Tribune juive : Après Annapolis, Paris. Pourquoi êtes-vous optimiste ? Claude Goasguen : La conférence de Paris est, àmes yeux, celle qui a probablement le plus de chances de réussir. Elle a été voulue par Nicolas Sarkozy, dont je précise que j’ai senti àplusieurs reprises, dans les entretiens que j’ai eus récemment au Proche-Orient, qu’il incarnait parfaitement, des deux côtés israélien et palestinien, le retour de la France dans cette région.

Le sommet de Paris va porter sur un point majeur : le développement économique de l’entité palestinienne. Il s’agit en effet de rassembler les grands donateurs, de vérifier la manière dont se font les dotations de manière àéviter "les évaporations" de la période Arafat marquée par une corruption effroyable.

La Palestine est une région délabrée, sans administration, dans les mains de chefs féodaux et des extrémistes du Hamas dans la bande de Gaza. On a besoin de reconstruire sainement àpartir d’une démarche économique plus transparente. J’ai eu l’occasion de rencontrer les 25 plus grands chefs d’entreprise de Cisjordanie, avec Jean-François Copé, et des chefs d’entreprise israéliens qui vont travailler avec les Palestiniens pour bâtir un pays.

Il faut éviter la paupérisation absolue d’un peuple et d’une région susceptible de constituer une zone de danger pour la Jordanie, pour l’Egypte, déjàen difficulté sur la frontière àGaza, et pour Israë l, bien sà»r. Nous avons tout intérêt àce que le développement économique favorise toute la région àcondition de l’établir sur un minimum de garanties politiques.


T.J : Toute la région, ou la Cisjordanie seule ?
C.G : Non, on ne fait pas l’impasse sur Gaza puisque c’est Salem Fayed et Mahmoud Abbas qui doivent gérer l’ensemble du problème. Mais c’est vrai. On s’est posé la question. Faut-il laisser dépérir Gaza ? Enfermer le Hamas ? Bien entendu, les conditions humanitaires s’imposent mais on ne peut pas continuer àrecevoir des bombes sur Sdérot. 17 Qassam y sont tombés en une matinée quand nous étions avec notre délégation de parlementaires. Il en tombe tous les jours.

Il faut poser la vraie question. C’est àpartir de l’Egypte que tout passe par les tunnels : la drogue, les armes, avec les denrées de première nécessité. Il est urgent que dans les conférences internationales àvenir cette situation soit réglée. Les Egyptiens avec leur paix froide ne jouent pas le jeu. Ils se reposent sur la corruption d’un certain nombre de fonctionnaires dont ils prétendent ne pas pouvoir réguler l’action.


T.J : Préparez-vous aux critiques. On va dire "Encore de l’argent. Donnez de l’argent. Aidez. Et la paix viendra." Mais cela fait des années que cela dure !
C.G : Des années parce que l’argent n’arrive pas. C’est pourquoi François Zimeray et moi avions déclenché plusieurs commissions d’enquête tant àl’Assemblée nationale qu’au Parlement européen. Mais les temps changent. Aujourd’hui les Palestiniens se rendent compte avec Salem Fayed, le Premier ministre, que l’Autorité palestinienne ne pourra pas s’en sortir avec la communauté internationale si elle continue la politique de Yasser Arafat.


T.J : Nicolas Sarkozy sera-t-il aussi bien entendu par les Palestiniens que l’était Jacques Chirac ?
C.G : C’est vrai que l’orientation beaucoup plus favorable àIsraë l qu’a pris Nicolas Sarkozy n’enthousiasme pas les Palestiniens. Mais que cela leu plaise ou non, la France dispose d’un poids considérable dans les négociations àvenir. Nul n’ignore qu’il y a un vieux fond de réticence. A cet égard, une anecdote. J’ai posé la question àRamallah àdes chefs d’entreprise : pourquoi continuez-vous àtolérer des livres qui sont des brà»lots antisémites ? Et j’ai vu àla violence de leurs réactions qu’il y avait encore beaucoup de travail àfaire.


T.J : Mahmoud Abbas est-il si solide qu’on puisse traiter avec lui seul ?
C.G : Il appartient àla vieille génération. Je ne crois pas trop àl’avenir de cette génération là. Je miserais davantage sur un homme comme Salem Fayed qui a moins d’autorité politique, mais qui dispose d’une bonne formation d’économiste. Il a travaillé au FMI, àla Banque mondiale, et en l’espace de quelques semaines, il a réussi àmontrer qu’il pouvait assainir une partie des finances délabrées par la corruption. Cela paraît idiot, mais payer les fonctionnaires avec des chèques et non plus en liquide constitue un réel progrès.


T.J : Un mot de la majorité UMP àl’Assemblée nationale. Longtemps vos collègues ont été favorables àce qu’on a coutume d’appeler "la politique arabe de la France".
C.G : C’est exact.


T.J : Ont-ils pris le tournant du rééquilibrage Sarkozy ?
C.G : C’est vrai que pendant les années difficiles, nous n’étions pas nombreux sur cette ligne. Aussi bien àdroite qu’àgauche d’ailleurs. Mais tant du côté UMP que du côté socialiste et du nouveau centre, j’ai constaté une évolution très rapide. Nicolas Sarkozy a confirmé ce progrès et l’a amplifié. C’est pourquoi je pense que le travail que nous menons et que je conduis àla tête du groupe d’amitié parachève l’Å“uvre d’une meilleure connaissance et d’une présentation plus juste d’Israë l.


T.J : Combien de parlementaires représentez-vous ?
C.G : On doit être 130 pour le moment. Nous sommes le groupe d’amitié le plus important. Quand j’emmène des députés qui ne connaissent pas Israë l, ils n’en reviennent pas de voir le pays tel qu’il est. Ils mesurent en particulier le dynamisme et la volonté de paix qui émanent des Israéliens, quelle que soit leur tendance. Ce peuple est un peuple majeur, qui veut la paix et cherche àjouir du fruit de son intelligence dans la concorde. Ils n’en reviennent pas parce qu’ils étaient persuadés qu’il y avait des militaires partout, qu’Israë l ne voulait qu’écraser ses voisins. Or c’est un peuple qui a la volonté de progresser non seulement par la recherche et la haute technologie, mais aussi de développer l’ensemble de la région pour que chacun en profite.


T.J : Comment voyez-vous 2008 ?
C.G : Année faste dans la réconciliation et le rapprochement, j’espère le plus profond possible, entre la France et Israë l car c’est le 60ème anniversaire de ce jeune Etat. C’est d’ailleurs une chance extraordinaire que d’avoir Sarkozy et Israë l qui cherchent en même temps les meilleures conditions de pacification de la région.


T.J : Vous pourriez ajouter Kouchner ?
C.G : Kouchner, bien sà»r, est sur la même ligne que nous. Il n’y a pas de droite ou de gauche làdedans. On sent venir un consensus qui ressemble davantage àcelui du début des années 1960 qu’au consensus négatif que l’on a vécu au début des années 1990. Il reste bien entendu quelques poches de résistance au Quai d’Orsay. Mais je crois que l’intention de Nicolas Sarkozy est d’aller le plus loin possible dans la recherche d’un meilleur équilibre.


T.J : Au printemps vous serez àParis au Salon du livre qui a la bonne idée d’inviter Israë l ?
C.G : Je suis moi-même en train de préparer un ouvrage qui sortira je l’espère pour le salon du livre et qui posera les questions en termes politiques : pourquoi la France, ce pays qui a été le plus proche d’Israë l pendant près de 15 ans, s’est-il éloigné pendant une vingtaine d’années ?


T.J : Les 15 ans de bonnes relations, c’était sous la 4ème. Et puis... il y a eu en novembre 1967 la petite phrase du général De Gaulle sur le peuple dominateur.
C.G : En effet. Je ne l’oublie pas évidemment. Ni les conséquences qui ont été considérables. Pas plus que la politique d’embargo qui a finalement promu, et c’est le paradoxe, la liberté israélienne en matière de haute technologie. On a vu plus tard comment cette politique a été aggravée par la volonté du Quai d’Orsay de jouer la seule carte arabe au lieu de chercher l’équilibre. C’est ainsi qu’on a marginalisé la France dans la région. Mais je pense que la Conférence de Paris et le 60ème anniversaire d’Israë l vont remettre tout cela d’aplomb.