Boker Tov amis auditeurs de Radio J, depuis un certain temps et surtout la semaine dernière les medias n’ont cessé de nous matraquer avec ce terme curieux de Nakba, qui signifie en arabe la catastrophe et qui est devenu le nouveau concept emblématique des ennemis jurés d’Israë l. Il existe en hébreu un livre remarquable du professeur Yoav Gelber, titulaire de la chaire Herzl sur le sionisme, qui explique de manière absolument implacable, en s’appuyant sur les faits historiques, pourquoi cette notion de Nakba ne peut en aucun cas s’appliquer à la guerre qui opposa le jeune Etat hébreu aux armées arabes. Il montre le processus qui a conduit à l’effondrement du front arabe contre le jeune Etat.
La seule catastrophe c’est l’échec de la politique des dirigeants arabes qui, refusant la décision de l’Onu du 29 novembre, appelant à la création de deux Etats, préfèrèrent entamer une guerre totale pour détruire Israë l. Lorsque des journalistes, des universitaires ou des hommes politiques évoquent la Nakba cela ne signifie pas qu’ils s’identifient avec la tragédie des réfugiés palestiniens mais qu’ils regrettent donc l’échec des arabes à détruire Israë l, en 1948.
Mais en lisant le livre de Gelber, qui je l’espère sera un jour traduit en français, on trouve la réponse à une autre question. Quelle est l’origine du mot nakba et pourquoi l’utilise-t-on pour désigner les manifestations pro-palestiniennes ? Or on constate que ce mot n’a pas été appliqué au moment de la création de l’Etat d’Israë l le 14 mai 1948, mais qu’il désignait en 1920 l’année de la catastrophe Am al nakba lors des révoltes arabes en Syrie, en Irak et contre le mandat britannique en Palestine. Ces émeutes étaient dirigées au départ contre les puissances coloniales britanniques et françaises.
Un des historiens du nationalisme George Habib Antonius, lui-même chrétien orthodoxe libanais, cite cette expression dans son ouvrage The arab awakening, le réveil arabe. Ce livre paru en 1938, montre que le mot Nakba n’a pas été forgé en 1948 pour désigner l’exil des réfugiés, mais en 1920 et dans d’autres circonstances, notamment la volonté des arabes de Palestine de ne pas être séparés de leurs origines syriennes par la répartition des mandats coloniaux, puisque le protectorat français s’étendait sur la Syrie et le Liban et le mandat britannique en Palestine, sur les deux rives du Jourdain et en Irak.
Autrement dit c’est lorsque l’on a annoncé aux arabes de Palestine qu’ils n’étaient plus syriens qu’ils évoquèrent la Nakba. Et cela n’a rien à voir avec la guerre d’indépendance, qui se déroula de novembre 1947 à juillet 1949. Je rappelle qu’entre le 29 novembre 47 et le 14 mai 48, les combats avaient déjà fait plus de 1500 victimes du côté juif et qu’au terme de cette guerre il y eut près de 6000 morts, soit 1% de la population israélienne de l’époque. La question des réfugiés est directement liée au déroulement de la guerre et, comme l’indique l’historien Benny Morris, peu suspect de sympathie à l’égard du sionisme, il n’est en rien le fruit d’une politique délibérée de la part des dirigeants israéliens. Aucun document ne permet de l’affirmer.
Il est parfois important de savoir avant de parler, plus souvent ce serait encore mieux