Ce n’était pas le grand amour hier au Caire et on peut aussi douter que ce qu’on a vu soit une réconciliation ou le début d’une union. Ce qu’on a pu voir était, sans aucun doute, de la haine envers Israë l et de la complaisance envers l’Egypte. Aussi bien Khaled Mashal qu’Abou Mazen ont tâché de satisfaire leurs spectateurs dans le monde arabe. Chacun dans son style.
Il était important pour Abou Mazen de ne pas apparaître comme un collaborateur d’Israë l, d’affirmer que le Hamas et lui sont dans le même bateau face à Israë l. C’était le discours de quelqu’un qui n’espère plus rien du processus diplomatique avec Israë l et qui, s’il doit terminer sa carrière sans accord de paix, veut au moins entrer dans l’histoire palestinienne comme celui qui a permis l’union nationale. Le sommet du Caire est certainement un abîme pour les relations entre Israë l et l’Autorité palestinienne.
Sur le fond, Abou Mazen et Khaled Mashal n’ont pas présenté au Caire de programme commun, ils n’ont pas évoqué le moindre sujet sur lequel ils seraient d’accord. Ils ont pris garde à ne pas marcher sur les plates-bandes l’un de l’autre, ce sont préoccupés de questions d’honneur – qui serait assis où, qui parlerait et combien de temps – et ont lancé des slogans d’unité.
Ce qui s’est passé en coulisses hier est bien plus intéressant que les images de la télévision nationale égyptienne. Il semble en effet que la tentative israélienne de présenter le Hamas comme souhaitant cette réconciliation à cause de la détresse politique dans laquelle il se trouve ne reflète pas tout à fait la réalité. Hors caméra, les dirigeants du Hamas ont exprimé leur joie et ne semblaient pas du tout contraints et forcés tandis que depuis plusieurs jours, les dirigeants du Fatah expriment eux leur confusion et leur défiance.
Si les dirigeants du Hamas ont accepté la réconciliation, ce n’est pas seulement à cause du prestige politique qu’ils en retirent. C’est aussi, comme on l’a appris, parce que les Egyptiens sont parvenus à des ententes secrètes avec le Hamas, à condition qu’il signe. Avant-hier, par exemple, était au Caire l’émir du Qatar qui a promis des investissements spectaculaires dans la bande de Gaza. Le ministre égyptien des Affaires étrangères a lui promis l’ouverture totale du poste-frontière de Rafah, même s’il est peu probable que cela se réalise. Le Hamas a donc reçu des offres qu’il ne pouvait refuser et, semble-t-il, d’autres promesses qui n’ont pas été révélées. Le document qu’ont signé le Hamas et le Fatah n’a d’ailleurs lui non plus pas été dévoilé.
La Fatah et le Hamas ont eu près d’une semaine avant la signature d’hier pour s’entendre sur les questions de fond. Cela n’a pas été le cas et on a pu s’en rendre compte dans les discours prononcés au Caire. On y a entendu de vagues messages d’unité mais aucun consensus. Abou Mazen a parlé d’une force armée unique, d’une Autorité unique et d’un pouvoir unique. Khaled Mashal a lui aussi parlé d’une force armée unique, mais il est peu probable qu’ils aient la même chose en tête. Ni l’un ni l’autre n’a parlé des élections.
Les Palestiniens essaient de « blanchir  » l’union avec le Hamas en créant un gouvernement de technocrates apolitiques. Les Américains, du moins pour l’instant, ne marchent pas. Si la ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne avait l’intention de venir à la cérémonie de signature, les Américains l’en ont dissuadée.
Pour l’heure, sur le terrain, rien n’a changé. Les forces de sécurité palestiniennes n’ont pas reçu de nouveaux ordres face au Hamas. Il y a quelques jours à peine, les services de sécurité de l’Autorité palestinienne ont découvert un immense arsenal dans la région de Naplouse ; avant-hier, un haut responsable du Hamas a été interpellé en Cisjordanie. A Gaza non plus, rien de nouveau. Ces derniers jours on a eu connaissance de projets d’enlèvement de soldats israéliens et la contrebande d’armes se poursuit comme si de rien n’était.
Le véritable préjudice pour Israë l est médiatique et diplomatique. L’image d’un peuple palestinien uni risque d’insuffler un vent nouveau dans la rue palestinienne et arabe, ce qui risque d’avoir des conséquences sur l’ampleur des événements du « jour de la Naqba  », le 15 mai, et plus encore à l’approche de septembre