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L’ONU en perspective
par Herb Keinon - Jerusalem Post | Adaptation française de Sentinelle 5771 ©
Article mis en ligne le 13 avril 2011

La désinformation caractérise les discussions sur ce que la reconnaissance d’un Etat palestinien par l’Assemblée Générale peut signifier. Depuis des années, le Parti Likoud et la Droite ont été accusés de répandre la peur, de jouer sur les vraies préoccupations de sécurité du pays pour tourner le dos àla paix.

En de multiples occasions, Benyamin Netanyahou – pendant son premier mandat de Premier ministre, puis comme chef de l’opposition, comme membre du gouvernement d’Ariel Sharon, et maintenant comme Premier ministre pour la deuxième fois – a été accusé d’exagérer les menaces auxquelles le pays est confronté pour éviter de faire des concessions aux Palestiniens. En de nombreuses occasions, on s’est moqué de lui, avant le retrait d’Israë l de la bande Gaza, pour avoir dit que les roquettes tomberaient sur Ashdod et Ashkelon si Tsahal se retirait.

Pendant une décennie avant cela, Yitzhak Rabin, quand il était Premier ministre, déclara dans des commentaires enregistrés qui tournent actuellement sur ‘YouTube’, que « les histoires cauchemardesques du Likoud sont bien connues. Ils nous ont promis des Katyushas depuis Gaza. Depuis près d’une année, la bande de Gaza est pour la plus grande part sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne ; il n’y a pas eu de Katyusha, et il n’y en aura aucune. Etc… etc… etc. En d’autres termes – le Likoud est mortellement effrayé par la paix. La peur de la paix, voilàle Likoud d’aujourd’hui, ce n’est pas le Likoud de Menah’em Begin…  » Oubliez un moment que les scénarios de cauchemar, tels les roquettes sur Ashkelon, se sont produits ; la Droite n’est pas la seule partie du spectre politique du pays qui puisse répandre la peur. Ces temps-ci, elle provient de la Gauche (et aussi pour certains du Centre), avec des scénarios catastrophe classés selon ce qui va arriver si l’Assemblée Générale de l’ONU adopte une résolution en septembre reconnaissant un Etat palestinien.

Un argument qui gagne du crédit est que si l’Assemblée Générale de l’ONU reconnaît de fait un Etat palestinien, alors àla minute où elle ferait cela 600.000 Israéliens vivant àl’Est de Jérusalem et sur la Rive Occidentale seront, selon la loi internationale, considérés comme les occupants d’un autre Etat de l’ONU, et les conséquences internationales sous forme de sanctions seront àcoup sà»r sévères et vives. Mais cela est très excessif. Depuis la conquête des Hauteurs du Golan en 1967, Israë l a été considéré par la communauté internationale comme occupant le territoire d’un autre pays. Pourtant Israë l n’a pas été ostracisé, et des sanctions n’ont pas été prises contre lui.

De plus, selon la loi internationale, il n’y a pas de différence si l’on occupe la territoire d’un Etat souverain, comme ce serait le cas si l’ONU reconnaissait un Etat palestinien, ou si l’on occupait un Etat non souverain, ce qui est le cas aujourd’hui en Judée et en Samarie.

Si l’ONU reconnaît un Etat palestinien en septembre, alors le statut des Israéliens vivant làne sera pas différent de celui des Israéliens vivant depuis plus de trois décennies sur les Hauteurs du Golan. D’accord, cela a un coà»t sur le long terme pour Israë l, dans la région et pour l’opinion mondiale, mais on est loin de dire que cela va automatiquement modifier la position légale d’Israë l dans le monde.

Mais savoir si l’Assemblée Générale reconnaîtra un Etat palestinien en septembre est en soi un « grand Si  ». Et toute décision de l’ONU doit être mesurée àtrois niveaux : ce que la déclaration elle-même peut bien dire, àquelles mesures opérationnelles elle appelle, quelles sont les implications d’une telle résolution.

Tout d’abord, ce que dira une résolution reconnaissant un Etat palestinien n’est pas clair

Puisque les résolutions de l’Assemblée Générale sont avant tout politiques et symboliques par nature, les Palestiniens ont voulu historiquement disposer de la plus large majorité d’Etats possible. Les Palestiniens dans le passé n’ont pas recherché des résolutions qui écarteraient les pays européens, mais ils ont plutôt recherché le plus petit commun dénominateur qui maintiendrait des pays comme la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne en relation avec eux.

Ce qui se produit souvent c’est que quand les Palestiniens apportent une résolution, les Européens proposent une contre résolution, et après un grand marchandage diplomatique, on en arrive àune solution moyenne.

Sur la question de la résolution, les Palestiniens devront déterminer àquel point ils peuvent s’avancer sans perdre l’Europe. En conséquence, la résolution qui pourrait, en dernière analyse, venir àl’Assemblée Générale sera certainement plus légère que bien des gens ne le craignent, tout simplement parce que bien des membres de l’Union Européenne sont peu enclins àsoutenir une déclaration palestinienne reconnaissant un Etat palestinien comme tel àl’intérieur des lignes de 1967, avec Jerusalem Est pour capitale, sans être capable d’assurer le contrôle palestinien sur ce territoire.

Alors qu’il y a de profonds désagréments entre Israë l et les Européens sur des questions telles que les implantations, beaucoup d’Européens comprennent aussi qu’il n’est pas raisonnable d’exiger d’Israë l de se retirer de zones qu’il a prises lors d’une guerre défensive, sans apporter d’abord une sécurité adéquate.

Une autre question est : que signifie la reconnaissance ? La résolution dira-t-elle que l’Etat existe le jour même et doit être reconnu ? Ou bien dira-t-elle que la reconnaissance doit être conférée quand l’Etat sera établi ? Si cette dernière est retenue, alors cette résolution ne sera pas très différente d’un grand nombre d’autres résolutions de l’ONU appelant àl’établissement d’un Etat palestinien le long des lignes d’avant 1967.

Et si c’est la première qui prévaut, et que l’ONU reconnaît un Etat palestinien in situ, alors il est peu probable qu’elle obtienne le soutien européen, puisque beaucoup d’Etats en Europe comprennent que la situation est trop compliquée – avec la présence israélienne sur la Rive Occidentale, et le contrôle du Hamas àGaza, et les négociations dont l’UE déclare vouloir la reprise.

Concernant la signification opérationnelle, les résolutions de l’Assemblée Générale de l’ONU sont largement politiques et symboliques, avec des ramifications uniquement àl’intérieur du système de l’ONU. Une résolution de reconnaissance d’Etat pourrait appeler un avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIP), comme ce fut le cas quand l’AG renvoya la question de la barrière de sécurité àla Haye en 2004. La CPI trancha contre Israë l, mais la barrière demeure.

Selon la Charte de l’ONU, pour devenir membre, une nouvelle nation a besoin d’un résolution du Conseil de Sécurité, et une majorité des deux tiers au sein de l’Assemblée Générale. Il est très peu probable que les USA laissent passer une telle résolution au Conseil de Sécurité, aussi les Palestiniens se contenteront-ils de la majorité àl’Assemblée Générale.

Selon ce scénario, l’espoir palestinien est que cela leur confèrerait de pleins droits comme Etat au sein du système de l’ONU, dont la reconnaissance de la prohibition de l’usage de la force contre lui. Mais même l’ONU reconnaît le droit àl’autodéfense, ce qui signifie qu’Israë l disposerait de droits légaux pour répondre aux attaques provenant du territoire palestinien.

Concernant les sanctions, l’Assemblée Générale peut recommander des sanctions, mais cela ne lierait personne juridiquement.

En 1981, quand l’assemblée Générale de l’ONU recommanda des sanctions contre l’Afrique du Sud pour promouvoir l’indépendance de la Namibie, ces sanctions furent adoptées largement parce que le monde considérait l’Afrique du Sud comme illégitime et avait intérêt àce type de sanctions. Ce n’est pas notre cas concernant Israë l.

Hors les marchandises des implantations, il n’y a pas de réels échanges en Europe àcette date sur un mode de sanction global contre Israë l. Alors que l’idée suscite quelque faveur sur les campus et les collèges de la Gauche radicale, les gouvernements des démocraties dans le monde - en dépit de toutes les ‘semaines de l’apartheid anti Israë l’ – n’en sont pas là. La décision récente de l’université de Johannesburg de rompre ses liens avec l’Université Ben Gourion est l’exception, non la règle.

De plus, l’Assemblée Générale ne peut pas obliger Israë l àse retirer. Il est important de se souvenir que l’ONU ne crée pas d’Etat. Il les reconnaît. Dans ce domaine, il est quelque peu ironique que les Arabes, qui ont rejeté en 1947 le vote de l’ONU en faveur de la partition puis ont attaqué l’Etat juif naissant, se tournent maintenant vers le même organisme comme l’autorité morale pour la création d’un Etat palestinien.

La vraie question tourne autour des conséquences de cette décision au-delàdu contexte de l’ONU, et cela n’est en aucune manière une question insignifiante. Une telle déclaration serait un stimulant pour ceux qui cherchent àmarginaliser Israë l, et illustrerait le degré auquel le monde veut une chose, et Israë l quelque chose d’autre.

La reconnaissance d’un Etat rendrait un retour aux négociations bien plus difficile, donnant de la puissance àl’idée fausse qu’une solution imposée peut prendre la place de celle sur laquelle on s’accorde, en changeant toute la trajectoire de la « négociation  » du processus diplomatique des deux décennies passées.

Et enfin, une telle décision pourrait bien déclencher un autre soulèvement populaire palestinien.

Mais même avec tout cela en tête, il faut continuer de garder un œil lucide sur ce que peut exactement faire et ne pas faire une décision de l’Assemblée Générale de l’ONU, det ne pas exagérer l’impact d’une résolution de l’AG.


http://www.jpost.com/DiplomacyAndPolitics/Article.aspx?id=216356