Deux évènements méritent d’être rapprochés, pour mieux percevoir pourquoi nos dirigeants de droite comme de gauche mènent la politique étrangère comme jadis le Gouverneur avec les Cadis. Le régime tunisien tombe en quelques jours, et voilà le président Ben Ali devenu le dictateur Ben Ali, tandis qu’en Israë l, Ehud Barak joue un tour pendable à l’opposition au gouvernement.
Pourquoi rapprocher ces deux évènements ? Pour souligner le fait que les dirigeants européens aiment critiquer la politique d’un gouvernement démocratiquement élu, si démocratiquement que les jeux d’appareils changent les alliances en une journée, et préfèrent traiter sereinement avec des despotes au grand sourire qui règnent trente ans en chauffant la place à leurs enfants.
En effet, le syndrome du cadi ou du calife est toujours présent dans les méthodes de nos gouvernants, qui n’aiment rien tant qu’un régime dit « stable  » dans l’orient compliqué, ce qui permet de discuter au long cours des contrats d’import-export, de monter des opérations aussi compliquées que l’Union de la Méditerranée avec des assurances de papier, et d’agrémenter le tout avec des séjours privés dans des palais de tel raïs, roi, ou président à vie.
Ce néo-colonialisme vient du fait que les dirigeants occidentaux continuent à juger les peuples orientaux comme des peuples enfants, incapables de s’auto-gouverner, et toujours plus heureux avec un despote « éclairé  » qu’avec des élections à répétition. En effet, comment traiter avec Israë l qui change si souvent de majorité ? Comment se boucher le nez devant Lieberman pour ensuite être contraint de négocier avec lui ? Mieux vaut un souverain jordanien ou saoudien qui perpétuera une maisonnée pendant des décennies, des relations amicales et commerciales durables, et une « stabilité  » que tant de nos élus aimeraient pouvoir vivre. Mitterrand et Chirac en France ont de ce point de vue été capables de durer, d’installer ce type de relations de monarque à monarque et non plus de gouvernement à gouvernement.
Israë l continue à faire tache dans cet univers feutré des palais d’Orient, avec une véritable opinion mesurée au fil d’élections et non d’insurrections urbaines, de créations artistiques et intellectuelles, voire de projets qui dament le pion à ceux des européens. On se souvient de Chirac se pinçant le nez devant Netanyahu et célébrant les obsèques de l’inusable Abou Amar alias Yasser Arafat, ou de Mitterrand ne sachant que dire lors du putsch communiste contre Gorbatchev. Le Quai d’Orsay préfère les palabres subtiles aux négociations brutales, les filières obscures aux contrats commerciaux privés, les liens personnels aux relations d’état.
A la vérité, démocratie signifie incertitude. Et nos dirigeants européens n’arrêtent pas d’invoquer « la stabilité de la région  », au mépris du désir des peuple et de la justice. Car les fortunes amassées par les uns et par les autres ne reviennent jamais aux peuples, fà »t-il palestinien.