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Un auteur qatari : nos médias défendent des causes étrangères alors qu´ils gardent le silence sur les affaires intérieures
MEMRI Middle East Media Research Institute
Article mis en ligne le 30 juillet 2010

Dans un article paru le 28 juin 2010 dans le quotidien qatari Al-Raya, le Dr Ali Khalifa Al-Kuwari, professeur d´économie àl´université du Qatar, fustige l´autocensure des médias qataris. Il note que ces médias se considèrent comme le porte-parole des opprimés dans le monde, défendant les valeurs démocratiques et la liberté d´expression dans d´autres pays – tout en gardant le silence sur les problèmes intérieurs affectant les Qataris eux-mêmes, censurant les auteurs d´opinions controversées. Extraits :

"Ces médias, tout occupés qu´ils sont àscruter le monde, sont-ils incapables d´évoquer les problèmes des Qataris eux-mêmes ?"

"Il est malheureux que la presse qatarie soit retournée àson ancienne habitude d´étouffer les opinions et de se cacher la tête dans le sable, alors même que les médias du Qatar, Al-Jazeera en tête, se considèrent comme une tribune pour tous ceux qui n´en ont pas. Ces médias, tout occupés qu´ils sont àscruter le monde, sont-ils incapables d´évoquer les problèmes des Qataris eux-mêmes ? Sont-ils incapables de consacrer du temps sur leurs ondes àun débat transparent concernant les affaires du pays, alors que le pays a un bon indexe de transparence, abrite une organisation [consacrée à] la liberté de la presse, répand la démocratie en [hébergeant] des conférences internationales et nomme des personnes [àla défense de] la démocratie, comme la Fondation arabe pour la démocratie, financée par le Qatar ?

C´est une honte de prêcher au monde entier le dialogue, de tenter de réconcilier les différents pays et sociétés, alors que nos journaux refusent, sans raison, de publier les articles d´opinions de personnes [données]. [Ces journaux] pourraient confronter différentes opinions ou revendications au lieu d´interdire des publications par décret du rédacteur en chef… Cette [censure] a été appliquée par plusieurs journaux ce mois-ci, et porte sur un groupe de plus en plus important d´auteurs qataris, ce qui reflète une politique médiatique étroite d´esprit.

Les citoyens du Qatar ont des préoccupations légitimes relatives àleur identité arabe islamique, àleur avenir, vu le fossé [social] qui ne cesse de se creuser, les conséquences des lois reliant achat immobilier ou profit que l´on peut en tirer et statut de résident permanent – sans tenir compte du besoin de travailleurs [étrangers]. Ils sont en outre mécontents que l´anglais ait remplacé l´arabe dans les domaines de l´éducation et de la gestion, et que le Qatar soit de plus en plus dépendant de cadres ne parlant pas l´arabe. Ils sont déprimés de ne pouvoir fonder des syndicats ou des organisations caritatives, en plus du fait que les lieux d´expression leur soient interdits d´accès.

Ils attendent patiemment l´application de la constitution qatarie permanente, approuvée par le gouvernement en 2004, et celle des Articles 76 – 116. Ces quarante Articles [qui stipulent l´existence d´un parlement partiellement élu, inexistant jusqu´àce jour au Qatar] permettent [aux citoyens], au moyen de leurs représentants, de faire entendre leurs préoccupations et de comprendre les considérations qui motivent le gouvernement àadopter des décisions relatives aux affaires publiques… Ces Articles permettent aussi aux représentants du peuple de recevoir des rapports [gouvernementaux sur les décisions prises] et de contester le budget général du pays ainsi que [la gestion des] des réserves financières et de la dette publiques , si dette il y a.

[La mise en application de ces Articles] pourrait permettre [aux Qataris] de faire entendre les interrogations chuchotées quant àl´absence d´institutions adéquates susceptibles de les représenter et de recevoir une réponse [gouvernementale]. Leur amour-propre s´en trouverait accru, car ils pourraient alors se considérer comme des citoyens [àpart entière] ayant des droits et des devoirs et ne pouvant être dédaignés.