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De quoi se mêlent-ils ?
Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international
Article mis en ligne le 29 juillet 2010

Au point de presse du porte-parole du Quai d’Orsay du jeudi 29 juillet, il a été fait état de l’appel lancé, la veille, au gouvernement français, par cinq organisations chrétiennes françaises, dont le Secours catholique et la Cimade (protestante) lui demandant d’agir pour mettre "un terme àl’impunité accordée àl’Etat d’Israë l" en matière de droit international, et notamment "de faire pression pour (...) qu’Israë l respecte les droits fondamentaux des Palestiniens".

A la question qui lui était posée : « Quelle est votre réaction ?  », le porte-parole du Quai d’Orsay nous paraît, pour une fois, avoir donné une bonne réponse, après avoir exprimé le souhait de la France de voir « la tenue d’un sommet de relance de la paix :  » : « Dans ce contexte, il est nécessaire de s’abstenir de part et d’autre de toute mesure ou déclaration de nature àempêcher la poursuite du dialogue  ».

Pour notre part, nous voudrions souligner l’aspect grotesque, voire scandaleux, de la démarche des associations chrétiennes en question.

En effet, ces associations expliquent, selon la-croix.com, avoir été "interpellées par les chrétiens palestiniens" sur un décret militaire du gouvernement israélien qui "permet l’expulsion de milliers de Palestiniens de Cisjordanie".

Or, il y a plusieurs mois, ici-même (v. « Candeur ou mauvaise foi ?  » le 13 avril 2010), nous avions fait litière du procès d’intention fait àIsraë l àpropos d’un texte pris en vue de tenir compte de l’article 64 de la 4ème convention de Genève sur la protection des personnes civiles en temps de guerre en vue d’assurer le maintien de l’ordre.

Le texte incriminé n’a aucun caractère d’automaticité, mais donne toute latitude aux commandants locaux de l’armée israélienne pour ordonner l’expulsion, au cas par cas, d’ « infiltrés  » en Cisjordanie (généralement en provenance de la Bande de Gaza, donc susceptibles d’être àla solde du Hamas).

A priori, on est donc loin d’envisager « l’expulsion de milliers de Palestiniens de Cisjordanie  », même si effectivement plusieurs milliers de personnes sont, potentiellement, concernées par ce texte.

Israë l s’est simplement doté d’un texte lui permettant d’expulser des trublions.

Périodiquement, les forces israéliennes sont obligées d’intervenir pour démanteler plusieurs réseaux terroristes en Cisjordanie, ce qui prouve que l’Autorité (sic) palestinienne n’est pas aussi fiable qu’on veut bien le dire, en matière de maintien de l’ordre.

Il est donc grotesque de soutenir que ce texte illustrerait la violation par Israë l des « droits fondamentaux des Palestiniens  ».

Comme par hasard, les médias, y compris l’interlocuteur du porte-parole du Quai d’Orsay n’ont pas donné d’illustration de cette accusation.

Il suffit d’affirmer un gros mensonge pour frapper l’opinion publique.

Mais la démarche des associations françaises est également scandaleuse, car on aurait aimé une même attitude de protestation àl’égard du comportement des terroristes palestiniens, soutenus par des Etats arabes et/ou musulmans.

Pourquoi ne pas avoir dès la mise en Å“uvre, en 1948, par les Juifs du plan de partage de la Palestine, décidé par l’ONU, fait appel au gouvernement français pour qu’il fasse pression sur ces Etats pour qu’ils fassent respecter « les doits fondamentaux des Israéliens  » ?

Comme chacun sait ou devrait savoir, ce n’est que depuis 1967 que l’on parle des droits d’un peuple palestinien.

Jusqu’alors le camp hostile àIsraë l s’en tenait au rejet du plan de partage, dans la mesure où il conduisait àétablir un Etat juif, mais sans pour autant se prévaloir, car c’eut été insoutenable, qu’un nouvel Etat arabe avait vocation àse substituer àl’ancienne puissance mandataire.

Mais, on peut se demander si la « protestation  » de ces associations chrétiennes n’est pas inspirée par des arrière-pensées, difficiles àavouer.

En effet, il faut souligner que le Conseil oecuménique des Eglises (protestant) voire, àcertains moments, le Vatican ont adopté, àdifférentes reprises, des positions hostiles àl’égard d’Israë l, qui ne peuvent s’expliquer que par le souci de ne pas susciter des réactions dirigées contre les populations chrétiennes dans les Etats musulmans.

Au Moyen-Orient, le titulaire du Patriarcat latin de Jérusalem a toujours été un adversaire d’Israë l.

Ceci était manifeste jusqu’en 2008 de la part de Mgr Michel Sabbah.

Et même depuis, son successeur Mgr Fouad Twal, certes moins violent dans ses paroles, ne manque jamais une occasion d’emboîter le pas de ceux qui n’ont qu’une vue critique de la politique israélienne.

On a nettement l’impression qu’au même titre que Pie XII a, sans doute, choisi de ne pas condamner officiellement les persécutions nazies àl’égard des Juifs, pour éviter des représailles contre les catholiques, de même, certains milieux chrétiens choisissent, de nos jours, de condamner Israë l pour ne pas passer pour des « collaborateurs  » d’Israë l et risquer ainsi de susciter des réactions d’hostilité àl’égard des populations chrétiennes en terre d’Islam.

Or, une injustice ne suffit pas àjustifier le souci d’éviter une autre injustice.

« Charité bien ordonnée, commence par soi-même  » n’est pourtant pas une maxime tirée des Evangiles….