La merveilleuse Irlande qui est peuplée de 4,2 millions d’ habitants (2008) ne compte pas moins que cinq prix Nobel de littérature et un prix Nobel de physique. La petite île au charme incontestable abrite aussi trois prix Nobel de la paix dont celui de Mairead Maguire, qui l’ a obtenu en 1976 après avoir mobilisé par deux fois, en 1966, avec Betty William (prix Nobel aussi) 10 000 et 35 000 femmes pour la paix en Irlande du Nord. Betty William qui est pacifiste fait aussi partie du comité de parrainage du tribunal Russel sur la Palestine.
!Mairead Maguire pacifiste également, est aussi proche des Palestiniens que la première puisqu’ elle s’ est déjà retrouvée à gaza en 2007, blessée par une balle en caoutchouc alors qu ’elle protestait contre la barrière de sécurité érigée par les Israéliens pour se protéger des attentats terroristes.
Mais c’ est plus au nom de son implication politique auprès des Palestiniens qu ’elle s’ est embarquée sur le bateau le Rachel Corrie pour forcer le barrage israélien et « alimenter  » ainsi Gaza en nourriture et autres, que parce qu ’elle a eu le Nobel de la paix car il s’ agissait là non pas de réunir deux peuples, mais bien d’ en provoquer un…. qu ’elle a accusé par ailleurs d’ instaurer un « lent génocide  » des Palestiniens. Mais s’ il n’ y avait qu ’elle en Irlande pour vouloir affronter les Israéliens.
Le Congrès des syndicats irlandais a appelé au boycott d’Israë l comme s’ il n’ y avait pas d’ autres problèmes dans le pays : crise économique, chômage en hausse, déficit budgétaire 1…Mais ce n’ est pas tout, le syndicat utilise les cotisations de ses membres pour dénigrer Israë l selon Ian O’Dorty du Independant. Déjà en 2009, le comédien Tommy Tiernan avait eu des propos antisémites inqualifiables et d’ une extrême violence, pendant un festival, clamant à la foule qu’ il « n’ aurait pas tué 6 millions de juifs, mais 10 à 12 millions 2  », c’ est à dire, la presque totalité du peuple juif en 1939…Propos heureusement condamnés par des journalistes…Puis, mardi 15 juin 2010, Michaë l Martin, le ministre irlandais des Affaires étrangères a aussi renvoyé un membre de l’ ambassade d’Israë l suite à l’ assassinat à Dubaï du Palestinien Mahmoud al Mabhouh 3…
Les Irlandais ont-ils perdu la mémoire ? j’ en appelle à son plus célèbre écrivain, qui pourtant n’ a pas eu de prix Nobel de littérature, James Joyce, dont l’œuvre principale est non seulement un immense hymne à l’Irlande et aux Irlandais, mais un plaidoyer pour le peuple juif, à travers Léopold Blum le héros d’Ulysse 4 (1922), son plus fameux livre et sans doute le plus grand roman du siècle. Depuis 1954, chaque 16 mai, le Bloomsday, fait revivre la mémorable journée de Léopold bloom, un juif dublinois qui se rend aux obsèques de Patrick Diggam, dit Paddy.
Ce faisant, par le biais du périple d’ une seule journée à Dublin, Joyce refait l’ histoire du monde. Cela en devient une véritable épopée. Ce jour-là , les Dublinois relisent Ulysse, et je n’en doute pas que s’ ils lisent bien cet immense hymne à leur ville et à leur peuple, qu ’ils s’ apercevront combien Joyce avait souligné que son pays et son peuple étaient liés au destin du peuple juif et à Israë l.
Joyce s’ était identifié à Léopold Bloom dont l’ identité représentait un formidable condensé d’ humanité, la condition de tout homme, en prise avec un exil permanent, non pas tant géographique que celui de la langue même.
L’exil, c’ est avant tout l’ exil de la langue, lalangue, dirait Lacan, écrit en un mot, et c’ est pourquoi, l’ oeuvre de Joyce surtout Ulysse et encore plus Finnegans wake 5 (1939) en fourmillent tant. Les juifs avaient perdu l’hébreu et les Irlandais le gaélique et tous deux à l’ époque militaient et se battaient pour leur indépendance, contre les Anglais.
Les Irlandais connaissent la famine en 1916, qui provoque l’ insurrection de Pâques, tandis que Lord Balfour cette même année signe son accord pour l’ établissement d’ un foyer juif en Palestine. Les élus du Sin Fein proclameront leur indépendance en 1921-1922, les juifs en 1948. Dès 1921, a éclaté la guerre anglo-irlandaise en même temps que la guerre civile entre catholiques et protestants. Elle durera jusque mai 1923. Le mandat britannique sur la Palestine commence en 1922. Même guerre entre Arabes, Juifs et Britanniques pour l’ indépendance qu’Israë l décrètera en 1948. En 1949, l’Irlande reconnaîtra de facto l’Etat d’Israë l et, de jure, en 1963.
Les Irlandais se souviennent-ils qu’ à Zurich où Joyce a écrit Ulysse, il n’ ignore pas que c’ est aussi en Suisse, à Bâle qu’en 1897, Herzl inaugura le premier congrès sioniste. Dans sa bibliothèque, il possède l’ édition de 1922 de l’Etat juif de Herzl et dans la lointaine Irlande qu’ il a quittée, moins de 8 000 juifs y vivent encore dont Chaïm Herzog (1883-1893, né à Belfast), arrivé en Palestine mandataire en 1935. Il devint le sixième président d’Israë l (1983-1993), tandis que son père avait été grand rabbin de Palestine jusqu’ en 1948.
En 1985, Chaïm Herzog, alors président d’Israë l inaugura la synagogue-musée du 3/a Walworth road à Dublin, en souvenir aussi de sa famille qui y était très connue. Ecrit à Zurich, Ulysse, le roman de Joyce commence le 16 juin 1904, l’année où l’écrivain rencontre sa future femme Nora, mais c’est aussi l’année de la mort de Theodor Herzl que Joyce ne peut ignorer, l’année encore du seul pogrom antijuif d’Irlande qui a lieu à Limerick, mais heureusement, sans faire de victime. En Irlande, faut-il rappeler l’antisémitisme de l’IRA.
Faut-il aussi rappeler que les protestants sont plutôt pro-israéliens et les catholiques, peut-être en souvenir de l’antisémitisme de l’IRA pro-Palestiniens. Dans Ulysse, Léopold Bloom subira aussi des insultes antisémites. A Zurich, Joyce, catholique, fréquente de nombreux sionistes dont le rabbin Moïse Duglacz dont il donne le nom dans Ulysse au charcutier de l’épisode Calypso.
Joyce fréquente encore Italo Svevo qu’il rencontre à Trieste et qui est l’ami du rabbin sioniste, et encore Simeone Levi. Il connaît aussi le trio bulgaro-tchèque Machnich Rebech-Novac avec qui il fonde à Dublin le premier cinéma6…Dans son roman, Joyce prévoit la création de l’Etat d’Israë l comme il milite pour l’indépendance irlandaise contre le joug britannique. Pendant la guerre, il sauve encore 16 juifs qu’il fait passer en Angleterre….
Alors, juifs et Irlandais, même combat historique, même histoire d’émancipation et de désir d’indépendance, même relation étroite entre leurs héros, leurs hommes célèbres, leurs romanciers et le destin de leurs peuples.
Aussi, fidèles à une histoire que nos deux peuples partagent, nous ne voudrions pas aujourd’hui que les Irlandais perdent la mémoire…Alors, monsieur James Joyce : réveillez-les !
1. http://philosemitismeblog.blogspot.com
2. http://www.drzz.info/article-36500414.html
3. Jerusalem post du 15 juin 2010.
4. James Joyce, Ulysse, Gallimard, Pléiade, tome II, 1995.
5. James Joyce, Finnegans wake, Gallimard, 1983.
6. Jean Paris, Joyce, Seuil/Ecrivains de toujours, 1981, p. 67.