Sharansky projette d’évoluer de la construction de l’Etat à celle de l’identité. L’Agence juive, l’une des plus grandes organisations juives dans le monde, va se transformer elle-même de fournisseur de dons pour la construction de la nation en une plateforme des expériences juives trans-culturelles destinée à inspirer aux jeunes Juifs le goà »t de s’affilier et de s’engager dans le monde juif au sens large.
Selon un nouveau plan stratégique soumis par la direction au sommet de l’Agence à son Conseil d’Administration cette semaine, l’organisation se chargera d’un nouveau rôle dans la vie juive, un pont entre les communautés disparates de l’archipel juif – et de plus en plus distantes
Le nouveau plan décrit ce qu’il désigne comme la « solidarité juive déclinante, le faible sens d’appartenance au Peuple juif et l’absence de liens significatifs entre les Israéliens et la communauté juive mondiale  ».
Pour combattre cette tendance, le plan appelle à une vaste augmentation des opportunités pour les jeunes Juifs de Diaspora de visiter Israë l, d’apporter la conscience et la connaissance des communautés juives aux Juifs israéliens qui souvent ne connaissent que peu ou pas du tout la Diaspora, et développer des « expériences évocatrices  » partagées, dont des programmes de service à l’étranger au cours desquels des Juifs israéliens et de Diaspora travailleront ensemble à des programmes d’aide au Tiers Monde.
« Le monde a évolué dans le sens de l’individuation et de l’individualisme  » selon le Dr. Misha Galperin, le futur directeur des opérations mondiales de l’Agence. « Cette réalité risque de saper le sens plus large de la vie collective juive  », ajoute-t-il.
Pour contrer ce courant, l‘Agence doit apporter « des expériences émotionnelles, éducatives et permettre aux jeunes Juifs d’agir sur leur identité  ».
Dans un environnement difficile de collecte de fonds, la nouvelle mission a aussi le potentiel de susciter de nouveaux fonds pour des programmes d’études et d’identité juives, ajoute-t-il.
« Il y a beaucoup d’argent de ce côté qui n’a pas été collecté  » pense Galperin, qui abandonne son poste de Directeur Général de la Fédération Juive à Washington D.C. pour prendre ses nouvelles fonctions à l’Agence Juive. « Nous n’avons pas créé des programmes qui entraînent les gens à donner  ».
C’est une bonne nouvelle, pense-t-il, puisque cela implique qu’une nouvelle série de projets centrés sur l’identité – depuis l’extension de Taglit-Birthright Israel à de nouveaux programmes sur la Diaspora dans le système éducatif juif – pourraient susciter de nouveaux fonds pour l’Agence.
Les donateurs sont là , considère le nouveau collecteur de fonds en chef de l’Agence, mais pas les programmes.
« Même si la collecte de fonds pour des pots communs [les fédérations] sont réduits ou restés étales, il y a eu une augmentation des choses liées à l’identité  », remarque-t-il.
Pour une organisation disposant d’un budget annuel de plus de 300 Millions de $, un changement aussi complet dans le centrage de son programme est une décision essentielle.
L’Agence Juive était depuis des décennies l’un des principaux bras exécutifs du Mouvement Sioniste, avec d’autres organisations bien connues comme le Fond National Juif. Ses principales fonctions ont été de drainer les dollars de la Diaspora pour la construction de la nation et des projets d’assistance sociale en Israë l, et de faire venir environ trois millions ‘d’olim’ en Israë l, parfois lors d’opérations de secours d’urgence complexes et dangereuses.
Tandis que ces fonctions demeurent sacrées pour l’Agence, selon le président Natan Sharansky, elles ne se produisent plus que de leur propre accord.
Au début du 21ème siècle, environ 94 % des Juifs vivent dans des pays libres et tolérants, et jouissent d’une prospérité relative, a déclaré Sharansky à l’assemblée de l’Agence Juive dimanche. Alors que la grande majorité des immigrants en Israë l y venaient parce qu’ils fuyaient l’oppression, la violence et l’extrême pauvreté, ces facteurs négatifs ne motivent plus l’aliya, qui a décliné et est restée obstinément à des niveaux historiques bas ces dernières années.
Dans le même temps, alors qu’Israë l a grandi et s’est développé, et que des courants financiers internationaux sont devenus simplifiés et efficients, les donateurs juifs de l’étranger s’écartent des organisations comme l’Agence au profit de relations directes pour des programmes de dons et des projets sur le terrain qui les intéressent.
Cette réalité a provoqué de profondes diminutions du budget de l’Agence ces dernières années, qui ont conduit à des coupes sombres dans ses programmes et son personnel dans le monde.
Quand il a pris ses responsabilités de président en juin 2009, Sharansky a lancé un nouvel effort pour redessiner le rôle de l’Agence dans le monde juif qui traitera mieux de ces nouvelles contraintes.
Jeudi, le Conseil d’Administration de l’Agence juive votera un plan en 5.000 mots qui apportera seulement un simple schéma sur sa nouvelle mission. Son approbation autorisera les officiels de l’Agence à retourner à la table de dessin pour développer un programme et un budget détaillés à présenter au conseil d’administration lors de sa prochaine réunion à Jérusalem en Octobre.
Le plan final, disent les dirigeants de l’Agence, inclura des modifications significatives de la structure de l’Agence et des mécanismes de collectes de fonds.
« La structure et la culture actuelles [de l’Agence] ne conviennent pas à ces nouvelles orientations  », a déclaré dimanche Alan Hoffman, Directeur Général de l’Agence
Les planificateurs cherchent à mettre en place une culture quasi-entrepreneuriale en partant d’une structure quasi-gouvernementale, ajoute-t-il. A la fin du processus, l’Agence « ne devrait faire que des choses pour lesquelles elle est équipée  ».
Le plan, bien qu’encore simplement un schéma d’intentions des auteurs de la réforme, a déjà ses critiques, en particulier parmi les observateurs qui se préoccupent de ce qu’il va marquer une rupture avec le rôle traditionnel de l’Agence comme facilitateur de l’aliya.
« D’abord ils ont vendu l’aliya à ‘Nefesh B’Nefesh’, et maintenant ils l’abandonnent complètement parce qu’ils l’ont décrite impossible  » a accusé un dirigeant de base senior, qui a requis l’anonymat.
A l’Assemblée de l’Agence Juive réunie à Jérusalem dimanche, des officiels se sont efforcés de contrer ces préoccupations.
La nouvelle vision sur l’éducation et l’identité est la meilleure manière de parvenir à l’aliya, disent-ils.
N’étant plus en danger face à la violence ou à la faim, les Juifs du monde « doivent faire le libre choix [de faire leur aliya], un choix qu’ils feront seulement s’ils se sentent reliés au Peuple juif  » a dit Sharansky.
« En aucun cas l’Agence Juive n’abandonne l’aliya  » a insisté Hoffman.
La plupart des observateurs pensent que le plan sera adopté à la réunion du Conseil d’Administration jeudi. Il bénéficie du soutien non seulement du président de l’Agence et de sa direction professionnelle, mais aussi du système des fédérations américaines, le plus grand pourvoyeur de fonds de l’Agence.
« Nous sommes parvenus à rester juifs dans un monde disposant de beaucoup d’options et virtuellement sans pressions extérieures. C’est une bonne chose  », dit Stephen Hoffman, Directeur Général de la fédération juive de Cleveland.
Mais cela s’est traduit aux USA par « une sérieuse préoccupation sur la façon dont la prochaine génération se reliera judaïquement à ses identités et à Israë l  ».
L’Agence, ajouta-t-il, a servi de lieu où cette conversation peut prendre place, où les gens qui se préoccupent passionnément de cela autour du monde peuvent en discuter et dire : « Essayons le  ».
Selon John Ruskay, dirigeant de la fédération juive de New York et membre du comité d’examen du nouveau plan stratégique : « Je crois que Sharansky a affirmé correctement que l’identité est aujourd’hui la motivation de tout ce dont nous nous préoccupons. Chacun doit s’identifier positivement comme Juif pour simplement envisager l’aliya, ou pour se sentir concerné par l’alimentation des Juifs ou l’avenir de l’Etat d’Israë l  ».
Cependant, le plus gros du travail est encore devant nous, prévient-il.
« D’abord nous devons clarifier ce que l’histoire requiert de notre part, dit-il. Mais ensuite nous devons traiter avec les questions d’exécution, de structure, de budget, et d’organisation culturelle  ».
http://www.jpost.com/JewishWorld/JewishNews/Article.aspx?id=179022